SYNÉSIUS
lisme peu orthodoxe. De tous les modes de divination, le songe lui paraît le plus utile et surtout le plus commode. L'estimable rhéteur refait, avec moins d'esprit sans doute et plus de sentiment, cet éloge du sommeil et des songes que Fronton se proposait d'écrire i. Il s'extasie sur cette délicate attention de la Providence qui met ainsi la consolation à la portée de toutes les bourses et donne le moyen d'employer si bien un temps qui autrement serait perdu.
Dans sa théorie, tous les songes sont vrais; mais il faut que chacun apprenne à les déchiffrer en lui-même et se fasse une éducation personnelle à laquelle ne sauraient suppléer les « liasses de livres (pi6X(« ou/và) » écrits sur la matière. Selon lui, à l'âge de vingt-quatre ans, un homme est inexcusable d'avoir encore besoin d'interprètes*.
Synésius croit devoir se montrer sévère pour ceux qui négligent d'apprendre la langue de la révélation divine; mais que dirar-t-il de ceux qui, comme ce Cléon ou ce Thrasymède dont parle Plutarque», n'ont jamais eu de songes? Il faudra les déclarer abandonnés de Dieu, et c'est une conclusion bien dure pour une doctrine si charitable.
Tandis que l'Église d'Orient restait ainsi ouverte à la philosophie, pour laquelle elle avait un invincible penchant, rÉglise latine, disciplinée comme une armée, arrêtait l'ensemble de ses croyances sous la dictée de saint Augustin.
Augustin fixa l'opinion orthodoxe dû christianisme occidental sur la question des oracles dans un écrit spécial intitulé de DUAnatione dœmonum. Il restreint beaucoup la part de la supercherie dans le fonctionnement des oracles, car il en trouve tout le mystère suffisamment expliqué par l'intervention des mauvais anges. Un homme assez pénétré de la
{) Fronto. JEpi5t. ad Jf. Autel, ^ I, 4-5. De feriis AUiens., 3. — 2) Synks. Ibid.f p. 153-154. -•- 3) Plutaech. Def. orac, 50.
croyance au merveilleux pour expliquer comment le démon agissait sur l'imagination d'une vache égyptienne, afin de lui faire engendrer un veau qui répondît au signalement d'Apis \ ne devait pas être tenté de réduire les consultations des oracles à n'être plus qu'un artifice grossier. Toute révélation qui ne vient pas de Dieu vient des démons. Dieu a parlé jadis, soit par allocution directe, soit par des voix mystérieuses; soit en songe aux patriarches d'Israël; par inspiration aux prophètes et même aux sibylles, pour lesquelles Augustin ressent une véritable admiration. L'admission des sibylles au sein de la « cité de Dieu » est peut-être une inconséquence chez un docteur qui damne en masse tous les Gentils, mais cette décision eut désormais force de loi et les sibylles prirent place à côté des prophètes. Dieu se réserve encore d'envoyer de temps à autre des avis au moyen d'apparitions ou de songes. Augustin raconte lui-même qu'une femme, nommée Innocentia, affligée d'un cancer au sein, vient d'être avertie en songe de la façon dont elle doit se traiter pour être guérie*.
Les révélations des démons affectent les mêmes allures, parce que le diable imite autant qu'il le peut les procédés divins. Il y a donc des songes et des prophéties diaboliques, et ce sont là les seules formes de divination qui puissent tromper les chrétiens *, car toutes les pratiques de la divination conjecturale sont évidemment d'origine démoniaque.
Pour rendre compte de la prescience des démons, Augustin combine les diverses raisons alléguées avant lui. D'abord, les démons ont des facultés supérieures aux nôtres. Capables de se transporter rapidement d'un lieu à un autre,
{) Augustin. Civ. Dei, XVllI, 5.-2) Comme, par exemple, les voix qui sortaient (le l'arche. (AuGUST. ^ïï'. lJei,X, 17.) — 3) Augustin. Civ.Deif XX1I,8. — 4) Voy. Tadjuralion à IVndroit des songes diaboliques [noctium phantasmata), dans l'hymne liturgique Te lucis ante terminum. Cf. Nuyia... çidULat' ^vefpiov. (EuRip. Jphig, Taur,^ 1231.)