LA MAGIE DISTINCTE DE LA DIVINATION
Ainsi, enchaînée par un lien théorique à la divination, mêlée à un grand nombre de pratiques divinatoires, et cela dès Torigine, la magie semble constituer une partie intégrante de notre sujet. Cependant, comme l'extrême rigueur logique conduirait ici à une confusion qui a été généralement évitée dans la pratique, et nous ferait sortir du domaine des faits pour nous faire entrer dans celui de la spéculation, il vaut mieux considérer les caractères par où divergent la magie et la mantique et placer notre point de vue au-dessous de la région où elles se rencontrent. Après avoir constaté, une fois pour toutes, la présence d'un élément magique dans la divination, nous regarderons cet élément comme trop complètement assimilé à la mantique pour qu'il soit utile de l'en distinguer, et nous tiendrons pour choses de tout point séparées, d'un côté, la magie ou science active qui permet à la volonté humaine de disposer des puissances surnaturelles, de l'autre, la mantique, ou science contemplative qui met la pensée divine à la portée de l'intelligence humaine. La première est un agrandissement de l'activité et de l'initiative humaine aux dépens de la liberté divine; l'autre est comme un surcroît de puissance visuelle ajoutée à l'entendement.
LA DIVINATION ET LE FATAUSME THEOLOGIQUE
Difficultés soulevées par l'exercice de la divination. — Que l'avenir doit être immuable pour que la divination soit possible, et conditionnel pour qu'elle soit utile. — Conception populaire et poétique du destin. — La fatalité dans Homère, Hésiode, Pindare, les tragiques. — Système des ajournements. — Le problème resté sans solution.
Sous sa forme la plus simple, la foi à la divination admet que la divinité, connaissant l'avenir, juge parfois à propos de faire part aux hommes de cette connaissance, dans la mesure oïl elle peut leur être utile, usant pour cela de divers moyens; soit du langage direct, perceptible aux sens; soit du langage symbolique des signes; soit enfin d'une révélation intérieure infusée dans l'âme humaine. Mais, d'autre part, cette croyance suppose résolus un certain nombre de problèmes qui, soumis à l'analyse philosophique, se montrent à peu près insolubles, et ces difficultés sont de telle nature que la logique populaire elle-même, si complaisante pour le merveilleux, n'avait pu les aborder sans embarras.
La conscience religieuse de l'antiquité avait foi dans l'utilité de la divination comme dans l'efficacité de la prière. La prière a pour but de provoquer une modification de la destinée humaine dans un sens déterminé, par le fait de l'intervention divine. Le but de la divination n'était pas sensiblement difl'érent. La prescience devait fournir à l'homme