LIEUX ET SORTS ASTROLOGIQUES
fut étudiée de plus près par un tout autre système que nous rencontrerons plus loin. Le cercle des douze lieux fut particulièrement consacré à l'analyse des biens et des maux, distribués en autant de classes qu'il y a de lieux.
Les astrologues s'accordaient assez mal dans cette répartition. Pour montrer jusqu'où allait l'écart des systèmes, il suffît de dire que Manilius place la mort là où Firmicus rencontre les noces, le mariage dans la case de l'activité professionnelle, et les maladies dans celle de la progéniture. En tout cas, la tâche de l'astrologue était d'apprécier l'influence des signes et surtout des planètes et de leurs domiciles sur chacun des douze lieux. Firmicus expose tout au long les décrets des planètes prises une à une, puis en conjonction avec une autre planète, dans chacune de ces stations, en tenant compte des influences exercées simultanément, suivant les aspects, par les autres astres, et cela pour les horoscopes diurnes, d'une part, et nocturnes, de l'autre1.
A côté de ce système, s'en établit un autre, tout à fait analogue, mais qui prenait un point de départ différent. On lui trouvait sans doute l'avantage d'introduire une différence plus marquée entre les horoscopes diurnes et les horoscopes nocturnes. C'est le système des sorts («^.a) que Manilius expose et que Firmicus applique sans nous édifier autrement sur le rapport qu'il pouvait avoir avec le précédent2.
Les sorts, au nombre de douze comme les lieux, et pourvus d'attributions analogues, se comptent à partir d'un point qu'on appelle le « lieu de la Fortune1, » espèce d'horoscope artificiel qui n'est plus donné par l'observation directe, mais qu'il faut déterminer par le calcul.
1) Firmic., III, 3-1 i. — 3) Voy. le tableau des XII Sorts, dans Manilius (III, 96-159.) Cf. Firmic, IV, 10. — 2) C'est surtout de celte Fortune-là que la foi astrologique disait, par la bouche de Juvénal : « Si Foriuna volet, fies de rhetore consul. » (Jdven. Sat., VII, 197.)
A cet effet, si l'horoscope est diurne, on prend en degrés la distance qui sépare le Soleil de la Lune, en suivant l'ordre des signes. Cette distance est précisément celle qu'il faut compter à partir de l'horoscope, dans le même sens, pour trouver le lieu de la Fortune. Si l'horoscope est nocturne, il faut renverser le calcul, c'est-à-dire prendre la distance de la lune au soleil en suivant l'ordre des signes ou, ce qui revient au même, la distance du soleil à la lune en rétrogradant, et compter cette distance à partir de l'horoscope, dans le sens direct, suivant les uns, dans le sens rétrograde, suivant les autres1. Le sort de la Fortune une fois pointé sur le cercle, les onze autres sorts se succèdent, échelonnés par divisions régulières, absolument comme les lieux.
On alla plus loin. L'ordonnance des lieux, comme celle des sorts, est trop régulière, et on trouvait qu'elle n'utilisait pas assez les caractères spéciaux des planètes, qu'on y avait pourtant domiciliées. Si réellement Saturne représentait la paternité, la Lune, la maternité, Mercure et Vénus la qualité de fils, Mars celle de mari, et Vénus celle d'épouse, on avait peut-être mieux à faire que d'écrire une fois pour toutes sur chaque case les indications de« mariage, »« parents,» « progéniture. » On pouvait se servir, pour prévoir ces graves incidents de la vie et déterminer la position respective des lieux ou des sorts, des rapports de position constatés entre les planètes au moment de la naissance.
i) Firmicus (IV. 10) dit que la théorie ordinaire compte toujours les degrés à partir de l'horoscope dans le sens direct, mais que les habiles les comptent dans le sens rétrograde [ad dextram horoscopi) pour les horoscopes nocturnes. Le calcul exposé ci-dessus n'est pas la seule manière de déterminer la position de l'horoscope arliliciel. Annubion (Frac/m. éd. Kœchly), qui appelle celui-ci de son vrai nom (6>prj wpov^oç), le trouve de la manière suivante. Pour les naissances diurnes, chercher l'astre propriétaire de la maison où se trouve le Soleil : compter la distance de cet astre à la Lune en suivant l'ordre des signes; transporter cette valeur angulaire, avec le Soleil pour point de départ : l'horoscope sera le point d'arrivée. Pour les naissances nocturnes, remplacer le Soleil par la Lune.
DETERMINATIONS ARBITRAIRES 243
Aussi Firmicus, tout en exposant, à l'usage des commençants, la théorie vulgaire des lieux, déclare-t-il ailleurs que ce système grossier n'a aucune valeur et qu'il va apprendre la vraie manière de trouver les régions fatidiques1. On se sert pour cela de la méthode employée pour trouver le sort de la Fortune.
Supposons que, pour un horoscope diurne, on veuille trouver le lieu de la paternité : on prend la distance du soleil à Saturne, et on compte un nombre égal de degrés à partir de l'horoscope. Pour une naissance nocturne, on prendrait la distance complémentaire, de Saturne au soleil. Des calculs analogues donnent les autres positions, et on examine alors quelles sont les planètes qui se trouvent dans les divisions obtenues.
Ces belles inventions venaient du « divin Abraham et du très-prudent Achille2 » et ont exercé la patience de leurs disciples. Plus étrange encore était la recette imaginée, dit-on, par les Babyloniens3, pour expliquer tout ce qui restait d'inexplicable dans un thème horoscopique, A les entendre, pour bien connaître l'influence d'un astre clans une position donnée, il fallait se reporter à son « douzième (ôwos/.aTrju.oofov) » que l'on trouvait comme il suit. Supposons la planète en question clans le Bélier, à 5° 5', dans le signe : on multiplie 5° 5', par 12, et on obtient 01°, que l'on compte sur le cercle à partir de 0° du Bélier. On arrive ainsi à 1° des Gémeaux, où l'on trouve installée l'influence lunaire. Cette méthode, dont ceux-mêmes qui l'exposent ne se faisaient pas une idée bien nette4, bouleverse tout le thème de la géniture; mais, précisément pour cette raison, elle est d'un grand secours à l'occasion. Elle s'appliquait également bien aux lieux etauxsorts.
1) Ftauic, VI, 32; IV, 10. — 2) Firmic, IV, 10. — 3) Firmic, III, 15. — 4) Voy., sur les supputations dodécalémorique?, Manil., II, 707-722; Firmic, II, 15.
Firmicus recommande, au cas où les sorts se montreraient malheureux, cle chercher avec soin le douzième de la Fortune, de peur de passer à côté de la vérité (.
Après tant de fastidieux calculs, les astrologues pouvaient espérer tenir tous les renseignements imaginables. Cependant ils ne pouvaient encore répondre à la plus intéressante des questions qui leur étaient posées. Pour trouver, dans le thème horoscopique, la durée de la vie promise par les astres, il fallait s'adresser a la planète « maîtresse de la géniture, » « maîtresse de la maison (o&toSeenréTTjç) », à celle qui était censée « donner la vie-. » Quelle était-elle? Les uns désignaient la planète qui, au moment cle la naissance, se trouvait a la fois dans sa maison et sur un centre; les autres, la planète chez laquelle se trouvait le Soleil, si la naissance est diurne, la Lune, si l'horoscope est nocturne; d'autres tenaient absolument pour celle qui hébergeait la lune; enfin, l'opinion à laquelle se range Firmicus, auteur d'un ouvrage spécial sur la matière3, accordait ce privilège à la planète chez laquelle la lune se préparait à entrer en sortant du domicile qu'elle occupait. Le Soleil et la Lune, « maîtres du tout, » dédaignent ces souverainetés particulières; ce qui n'empêche pas Firmicus de les inscrire ailleurs à leur rang dans le tableau des dispensateurs de la vie (p««p&opsç)*.
Selon que le « maître de la géniture » est bien ou mal, ou médiocrement bien disposé, il accorde une vie longue, ou courte, ou moyenne. Les astrologues savaient, par ans, mois, jours et heures, jusqu'où allait la libéralité de chaque planète5. Le soleil pouvait donner jusqu'à cent vingt ans: la lune, cent huit: Vénus, quatre-vingt-deux; Jupiter, soixante-dix-
DFnuiic, IV, 10. — 2) Faune, Il, 28; IV, 12. — 3) Cet ouvrage est perdu. Cf. Paullus d'Alexandrie, nep\ oîscoSsujwm'aç. (Voy. Ruelle, Arch. des miss, scientif., 187b, p. 556 sqq.) — 4) Kirmic, II, 28. — 5) Fjrmic. Ibid. Cf. Serv. ././'.. IV, Co3.