‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 26 sur 157 · LE DÉMON DE S 0 C R AT E · texte numérisé non relu

LE DÉMON DE S 0 C R AT E

des instruments de la révélation. Xénophon. dans la Cyropêdie\ conseille aux rois, par la bouche d'Astyage, d'apprendre eux-mêmes la mantique pour ne dépendre de personne, et Platon a soin de garantir son État modèle contre l'abus de la révélation.

En limitant ainsi l'usage de la divination, Socrate n'établissait pas de distinction entre les diverses méthodes divinatoires. Il acceptait sans doute toutes celles qui étaient consacrées par l'usage. Cependant il avait une prédilection particulière pour la révélation intérieure, celle qui met l'âme en communication directe, bien que confusément perçue, avec la divinité. Il était convaincu qu'il portait en lui-même un oracle dont il écoutait la voix avec déférence. C'était là ce qu'il appelait son Démon ou Génie, être mythique par lequel il désignait une inspiration divine, distincte de sa propre conscience2. Il croyait de même aux songes et aux pressentiments3, qui ne diffèrent pas sensiblement des autres formes de la révélation intérieure.

Socrate pratiquait ainsi la divination pour son compte et même pour celui des autres ; il était prophète en répétant les avertissements de son génie4, devin en interprétant les songes, comme il le fit pour lui-même quelques jours avant sa mort5. La foi en la mantique n'a reçu de Socrate aucune atteinte; elle a même été introduite par lui dans la philosophie avec son caractère surnaturel et mise à laplace d'honneur.

Le platonisme héritera de cet esprit religieux en le poussant du coté du mysticisme, mais les premiers socratiques furent moins accommodants. Ils rompirent, au profit de la raison discursive, l'équilibre maintenu par le sens pratique de Socrate, et firent table rase de ces croyances sentimentales.

1) Xenoph. Cyrop., I, 6, 2. — 2) Xenoph. Apolog., 2. — 3) Plat. Criton, 2, 44; Phcdon, 00; Apolog., 33. — \) Xenoph. Apolog., 3. — il) Plat. Crilon, 2.

Antistliône donna le premier assaut au surnature], et Diogênese rua par la brèche avec son sans -gène habituel. Il disait qu'en voyant des interprètes de songes et des devins, et surtout les croyants qui les écoutent, il était tenté de considérer l'homme comme la plus sotte créature qui fut au monde1. Les cyniques, qui plaçaient le bonheur dans la possession de soi, n'avaient que faire de tout ce qui tire au dehors l'attention de l'homme et tend à remettre en question son indépendance. Ils ne niaient pas l'existence d'un Dieu invisible; mais, si sa providence pouvait, à son gré, conseiller le troupeau des humains, elle n'avait rien à dire au sage qui savait trouver en lui-même sa fin et son bonheur. Ou la divination n'était qu'une supercherie, ou elle n'était faite que pour des esprits malades.

Les cyrénaïques, plus francs encore dans leur athéisme, durent accabler du même mépris l'inquiétude intérieure que satisfait, que console la divination. Toute la philosophie consistait pour eux à savoir tirer parti du moment présent, sans curiosité pour le passé, sans souci pour l'avenir. C'est d'eux que vient, contresigné par Épicure, le mot d'Horace : « Garde-toi de chercher ce qui doit arriver demain2. »

Enfin, l'école de Mêgare fît assez entendre ce qu'elle pensait des pratiques religieuses en général et de la divination en particulier, le jour où son plus brillant dialecticien, Stilpon, dit à Craies qu'on ne pouvait parler de ces choses-là dans la rue3. S'il est vrai que Stilpon ait prétendu avoir eu en songe un entretien avec Poséidon, entretien dans lequel il persuada au dieu qu'il avait tort d'exiger des sacrifices de taureaux1, on voit assez que c'était là un moyen ingénieux de mettre son incrédulité sous la sauvegarde même des dieux.

n Diog. Laert. VI, 24. — 2) IIorat. Ocl. I, ix, 13. — 3) Dior.. Laert., Il, 116. —4) Plut, l'rof. in virl., 12.

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