PREFACE III
formuler sur le plus ou moins de sincérité des devins ou des oracles, sur la candeur de leurs clients, et sur les artifices qui pouvaient accréditer, des siècles durant, des prétentions ridicules. S'il est trop tôt peut-être pour traiter les questions que j'indiquais tout à l'heure, il est trop tard pour discuter longuement celle-ci. Elle n'était intéressante que lorsqu'elle servait de prétexte à un conflit de passions actuelles; les uns voyant dans les pratiques divinatoires des machinations diaboliques, et les autres, des impostures de prêtres effrontés. C'est une vérité banale aujourd'hui que les créations du sentiment religieux ont, comme toutes choses, leur jeunesse, pleine d'énergie et de séduction, un âge ou la foi qui les accepte est sincère. Les croyances, quelles qu'elles soient, ne paraissent déraisonnables et n'ont besoin de l'hypocrisie que quand elles sont délaissées par l'opinion. Van Dale faisait œuvre utile quand il débarrassait l'histoire de la divination païenne des démons qu'y avait installés la théologie traditionnelle : il allait trop loin quand il les remplaçait partout par des charlatans habiles.
Notre curiosité n'a plus ces allures belliqueuses. Elle ne demande plus aux sciences naturelles l'explication de tous les phénomènes prodigieux invoqués par les « sciences occultes, » comme faisait encore, il y a cinquante ans, E. Salverte, représentant attardé de la tradition évhémériste en faveur au siècle dernier. On n'a pas besoin d'expulser le merveilleux du domaine de la raison, puisqu'il est la négation même de l'ordre rationnel et que son intervention rendrait le monde inintelligible; mais .il ne faut pas essayer non plus de le poursuivre sur le domaine du sentiment. Là, il est chez lui et peut défier les efforts d'une puissance qu'il ne reconnaît pas. On ne trouvera donc ici, en fait d'appréciations portant sur la valeur intrinsèque des conceptions religieuses de l'an-