‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 32 sur 157 · LE FATALISME STOÏCIEN · texte numérisé non relu

LE FATALISME STOÏCIEN

Ils auraient pu, si l'esprit rigoriste de la secte n'avait été ennemi des moyens termes, s'en tenir à un fatalisme mitigé, d'origine aristotélique, qui pourrait prendre pour devise « de minimis non curât prœtor. » Dans ce système, Dieu règle le plan général, l'enchaînement des grandes causes; mais, dans les cadres restreints que forme l'intersection de ces grandes lignes, il y a place pour la liberté. La divination aurait pu faire connaître les faits inévitables et ceux-ci permettre de prévoir les actes contingents.

Chrysippe crut avoir assez fait pour la liberté humaine en disant que nos actes ne sont pas réglés dans le détail par la fatalité, mais sont nécessités par la nature même de nos penchants, par une impulsion initiale dérivant du Destin. Il comparait la volonté humaine à un cylindre que le destin lance sur une pente et qui continue à rouler en raison de sa forme et de son poids1. On rencontre, plus tard, cette opinion modifiée dans un sens favorable à la liberté par des raisonneurs plus accommodants. « Ils nous laissent le choix de notre vie, dit Tacite, mais ce choix, dès qu'il est fait, entraîne une suite de conséquences inévitables2. « Cette explication même, à supposer que l'historien l'ait exactement rendue, ne contenta personne, et l'on put dire des stoïciens, sans les calomnier, qu'ils persistaient dans le fatalisme absolu. Au fond, les stoïciens étendaient la fatalité à tous les actes sans exception et n'admettaient le libre arbitre ou faculté de vouloir librement que chez le sage. C'est en vue du sage qu'ils persistaient à affirmer l'utilité de la divination, car le sage devait trouver dans cette connaissance anticipée de l'avenir l'avantage de s'identifier spontanément avec la volonté divine, de savoir et de vouloir plus tôt ce qu'elle voulait, en un mot, de faire acte de sagesse pendant plus longtemps que ne le lui aurait permis le cours ordinaire des choses.

l)Cic. De fato, 18. Geu.., VIT, 2. - 2) Tac. Annal., VI, 21 .

Voilà pourquoi ils tenaient en médiocre estime la prière et les expiations, qui visent à modifier l'avenir, tandis qu'ils se faisaient les défenseurs convaincus de la mantique1.

Ils ne parvenaient cependant pas de cette manière à détruire l'objection tirée de leur fatalisme même, car, si la divination est fatale, il n'y a pas lieu de la recommander ou de rechercher l'utilité dont elle peut être; il suffît de constater qu'elle est.

La réalité de la divination ne faisait pas de doute pour les stoïciens. Ils suppléaient à l'insuffisance de leurs preuves logiques par le grand nombre de preuves historiques qu'ils recueillirent de toutes parts avec un zèle infatigable. Personne n'a autant écrit que les stoïciens sur ce sujet. A la suite de Chrysippe, le docteur de l'école, Sphseros, Diogène de Séleucie, Antipater de Tarse, Posidonius, Boethus, accumulèrent des provisions d'arguments et d'exemples.

L'agent de la connaissance divinatoire n'est autre que la Providence parlant à l'âme au moyen de signes. Ces signes peuvent êtres perçus directement, autrement dit, contemplés (eewpetv) par l'âme, ou trouvés par voie d'exégèse dans des phénomènes extérieurs. Les stoïciens définissaient donc la divination « science théorique et exégétique des signes donnés aux hommes par les dieux2. » Ils la divisaient conséquemment en deux parties, divination spontanée, ou naturelle (fayyoç,dlotôaxxo?) et divination artificielle (Ivis^voç), faisant rentrer dans ces deux grandes catégories tous les modes connus3.

La divination spontanée ou intuitive consiste dans une communication directe de l'âme avec la divinité, communication qui a lieu soit pendant le sommeil, soit dans l'enthousiasme4. La révélation divine émane, suivant les cas,

\) Senec. Qwest. Nat., II, 35. Epist. ,XLl, 1 . — 2) V. ci-dessus, p. 9. — 3) Cic. Divin., I, 18; II, H. Plut. Vit. Ilom., 212. — 4) Cic. Divin., 1, 30. Plut. Placit. philos., V, \ .

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