‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 39 sur 157 · REACTION SCEPTIQUE · texte numérisé non relu

REACTION SCEPTIQUE

contre les oracles une polémique impitoyable'. Non-seulement il fit ressortir, au point de vue de la théorie, l'incompatibilité qui existe entre la prescience et la liberté, la prédétermination et la morale ; mais il suivit sur le terrain des faits les défenseurs imprudents des instituts mantiques. Il cita notamment l'oracle de Delphes devant l'opinion publique, lui reprochant d'avoir causé la mort d'une foule d'hommes, les uns dupes, les autres victimes de ses conseils; d'avoir trompé sciemment ses clients; d'avoir fomenté les guerres civiles, flatté les tyrans, et abaissé la religion ellemême jusqu'au fétichisme. Il conclut cette brûlante invective, où Eusèbe lui-même trouve « de l'acrimonie cynique » en déclarant « que les oracles, si admirés des Grecs, n'émanent pas même des génies, à plus forte raison des dieux. Il les considère comme l'œuvre ténébreuse et l'artificieuse supercherie d'hommes adonnés à la magie, qui disposent tout pour en imposer à la multitude 2. »

Sextus Empiricus, pyrrhonien érudit et froid, rejftit plus tard la question au point de vue théorique. Il démontra aisément, sans avoir besoin d'arguments nouveaux, que les événements futurs devant être ou nécessaires, ou fortuits, ou produits par des agents libres, la divination était inutile dans le premier cas et impossible dans les deux autres3. Mais le scepticisme qui s'attaque à tout ne détruit rien et pousse plutôt du côté des doctrines sentimentales les esprits affamés de certitude. Les sarcasmes d'Œnomaos, les raisonnements de Sextus Empiricus et les boutades de Favorinus 4 purent être répétés à satiété dans cette quantité d'ouvrages qui, au

1) Eu&eb. Prxp. Evang., V, 18, 3, 21, 4; VI, 6, 52. Theodoret. Cur. yrœc, affect., VI, p. 561. Julian., VII, p. 209 b. — 2) Euseb. Przp. Evang., V, 21. — 3) Sex. Empiric. Adv. Malh., V, 45-49. — 4) Gell., XIV. Ce chapitre contient une réfutation en forme des théories astrologiques et conclut contre la divination en général, considérée comme dangereuse pour la paix de l'àme.

rapport d'Eusèbe1, avaient été écrits contre les oracles, sans ébranler la loi à une science surnaturelle dont le monde ne voulait pas se passer. Le rire mordant de Lucien lui-même se perdit dans le bourdonnement des hallucinations mystiques. La philosophie renonçait à modérer l'entraînement général et le vide se faisait peu à peu dans les écoles qui représentaient jadis la libre pensée. Le cynisme, qui avait pris tout à coup une allure agressive avec Œnomaos, n'était pas dangereux pour les doctrines favorables à la divination. Associé au stoïcisme par Épictète, poussé d'ailleurs vers le merveilleux par le mépris de toute culture scientifique, et déshonoré par ces fanatiques grossiers que Lucien nous montre dans l'entourage de Pérégrinus, il n'avait produit que par exception un polémiste comme le philosophe de Gadare.

L'épicurisme, si dédaigneux jadis pour la divination, la respectait ou feignait de l'accepter depuis que les progrès du christianisme et sa propre faiblesse l'avaient contraint de faire cause commune avec la religion hellénique. Celse, platonicien éclectique et adversaire acharné des chrétiens, a pu passer pour un épicurien aux yeux de son contradicteur Origène, après avoir fait une véritable profession de foi en l'honneur des oracles. « Que de villes, s'écrie Celse, ont été remises en voie de prospérité, débarrassées de contagions et de famines par les oracles ! Combien d'autres, pour avoir négligé ou méconnu leurs conseils, ont péri misérablement! Combien ont été poussées à coloniser, et. après avoir exécuté les démarches prescrites, ont vécu heureuses"!... »

Il no restait plus, en fait de doctrines capables d'agir sur l'opinion, que le stoïcisme vieillissant qui défendait encore,

1) Eoseb. Prssp. Evang., IV, 1-2. — 2) Cels. ap . Origen. Contra Cc's., VIII, i.'i. V. la restitution du Discours Véritable de Celse par M. Aube. Histoire des persécutions de l'Église. — La "Polémique païenne à la fin du II" siècle. Paris, 1877.

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