Cf, di Meo, op. cit., t. X, pp
4. Les Ann. Cassin., ad an. 1148, dans M.G.H.SS., t, XIX, p. 310, sont en contradiction avec Romuald de Salerne, qui place en 1149, ind. 12, la mort du duc Roger; on ne saurait admettre que Roger soit mort après le 1er septembre, date à laquelle Romuald commence l’année; car la date du 2 mai, obit d’un duc Roger dans le Necrol. Cas., et le Necrol. Panorm., loc. cit., ne peut être celle de la mort du fils de Guillaume Ier, Roger,
Guillaume avait reçu de son père les fiefs possédés auparavant par Alphonse et Roger, Falcand a certainement commis un oubli volontaire ; on s'en convaincra facilement en lisant le passage où le nouveau roi est présenté au lecteur ; le ton général est nettement hostile et le chroniqueur s'est appliqué à présenter Guillaume sous le jour le plus défavorable.
Reste le prétendu testament de Roger II en faveur du comte de Conversano. Il ne me paraît point que l’on doive tenir compte de ce que Falcand raconte à ce sujet. Le chroniqueur s’est fait ici l'écho d’un bruit répandu sans doute par Robert de Loritello pour justifier sa révolte contre l'autorité royale. Ce pseudo-document n'a d’ailleurs jamais été produit, En outre, tous les actes de Roger indiquent clairement que bien loin de vouloir déshériter son fils, il s’est appliqué à lui assurer son héritage. Comment admettre que le fondateur de la monarchie normande ait, en 1151, pris le soin d'associer son fils à la couronne afin d’assurer la paisible transmission de ses États et ait en même temps cherché à détruire en sous-main tout l'effet de cette mesure. Il y aurait là, dans la conduite de Roger II, une contradiction flagrante, qu'il serait bien difficile d'expliquer.
qui mourut en mars 1061. Ce qu’il y a de certain, c'est qu’en octobre 1151, ind. XIV, 4150, n. s., on compte, à Terlizzi, la deuxième année de Guillaume comme duc de Pouille, Cod. dipl. Bar., t. II, p. 85. À Bari, en octobre 1451, ind. XIV, 1150, n. s., on compte la troisième année du règne, Cod. dipl. Bar., t, V, p. 177. La date d'année change donc en octobre, ce que confirme un diplôme du 6 novembre 1151, ind. XIV, 1150, n. s., dans lequel on compte la troisième année du règne, Cod. dipl. Bar., t. I, p. 91. Guillaume a donc été investi du duché de Pouille en octobre 1148. Ces documents confirment l'opinion de di Meo, op. cit., t. X, p. 155.
À partir du moment où il a le titre de duc de Pouille, Guillaume, dans les actes, n’a plus celui de prince de Capoue el duc de Naples, cf. Gattola, Acc., t. I, p. 256; dans un acte de Richard de Fondi on ne compte que les années du règne de Roger II. Cf. également les documents cités plus haut où Guillaume n’a que le titre de duc de Pouille.
Toutefois, à Aversa, en mars 1149, dans un acte de donation, on compte encore l’année de règne de Guillaume comme prince de Capoue et due de Naples, di Meo, op. cit., t. X, p. 165. Peut-être le notaire suit-il encore l'ancien usage. Dans tous les cas, Roger avait investi du principat de Tarente un de ses bâtards, Simon, Falcand, p. 51. Cf. Chr. Ferrar., p. 28, qui donne pour mère à Simon la sœur d'Hugues, comte de Molise, et en fait un prince de Capoue.
Le caractère de Guillaume T° tel qu'il ressort de sa conduite, pendant les douze années de son règne, ne ressemble guère à celui que lui ont prêté les chroniqueurs. Guillaume I°" nous apparaît comme le continuateur de l’œuvre politique de son père ; son éducation politique porte d'une manière indiscutable l'empreinte de Roger IL. Nous constaterons que partout dansle gouvernement intérieur de ses États comme dans la politique extérieure, Guillaume I° n'a rien innové et n'a fait que suivre les idées paternelles. Entouré d’anciens serviteurs du feu roi, Guillaume ÎI°" leur a continué sa confiance ! ; sous l'influence de ces conseillers formés par Roger II l'orientation générale de la politique normande est restée sensiblement la même que sous le règne précédent. Élevé dans la défiance de l'aristocratie, dont il a pu connaître l'esprit d’insubordination, le fils de Roger IT a choisi ses conseillers et ses ministres parmi les hommes de la classe moyenne. Ceux-ci tirant de la faveur royale toute leur autorité, n'étaient entre ses mains que des instruménts dociles. C'est la un fait indiscutable, mais à mon avis on a singulièrement exagéré la portée. On a, à ce sujet, attribué à Guillaume [° des idées démocratiques qui lui étaient bien étrangères ?. Jamais le roi n’a songé à opposer la démocratie à l'aristocratie, en s'appuyant sur
4. Falcand, p. 7, dit : Quos familiares pater habuerat, eos partim condempnavit exilio, partim carcerum depulavit angustiis. Ceci est complètement inexact ; ces mesures de rigueur ne furent prises qu'après la révolte. On pourrait invoquer ici pour appuyer Falcand le témoignage de Richard le Trésorier, qui, dans le Dialogus de Scaccario, éd. Stubbs, Select Charters (Oxford, 1870), t. I, p. 181, dit que Thomas Brown, qui avait joué un rôle important à la cour de Sicile, sous Roger IT, quitta la cour normande parce que le nouveau roi poursuivait de sa haine les conseillers et son père. Il n'y a peut-être pas lieu de faire grand cas de ce témoignage ; en effet, la présence de Brown en Angleterre n’est connue que depuis 1159 ; il est donc fort possible qu’il ait été compromis dans les intrigues dont nous parlerons plus loin et ait été obligé, mais seulement alors, de quitter la Sicile. Cf. sur ce personnage, Hartwig et Amari. Su la data degli sponsali di Arrigo VTcon la Costanza erede del trono di Sicilia e sui divani dell'Azienda normanna in Palermo, dans Atti della reale Academia dei Lincei, série 3, t. II (1878), pp. 5-7 du tirage à part, et Pauli, Magister Thomas Brunus dans les Nachrichten von d. k Gesellschaft d. Wissensch. zu Gültingen (1878), p. 523.
2, Gabrieli, Un grande statista barese del secolo XIT vittima dell” odio feudale (Trani, 1899).
la première pour faire échec à la seconde. La meilleure preuve,
que l’on puisse avancer à cet égard, est l'appui que la bourgeoisie et le peuple des villes prêtèrent aux vassaux de la couronne, rebelles à l'autorité royale.
S'il est le disciple de Roger IT, quant à la manière de gouverner, Guillaume [* n’a point hérité l’activité et l'application aux affaires qui caractérisent son père. Le fondateur de la monarchie normande gouvernait réellement ; il semble que presque toutes les affaires aient passé par ses mains; il n’en fut pas de même de son fils. D'un caractère indolent, aimant le plaisir, très adonné aux femmes !, Guillaume I paraît avoir été peu appliqué aux affaires. Entouré des ministres, auxquels il avait donné sa confiance, le roi paraît, en général, leur avoir laissé les soins du gouvernement ; il se contenta sans doute de donner à la politique une orientation générale. Un petit fait est caractéristique et montre bien la différence qui existe entre les caractères de Roger IT et de son fils. Le premier souscrivait presque tous les actes émanés de la chancellerie royale ; avec le second cet usage a cessé et les actes sont expédiés par le chancelier, sans que le roi les souscrive ?.
Entouré de Maion de Bari, d'Hugues, archevêque de Palerme, d’Asclettin et d'Henri Aristippe, le roi aimait entendre discuter les questions littéraires ou des sentences philosophiques et se plaisait à poser des questionsdifficiles arésoudre. C'est à la demande du roi qu’Aristippe traduisit les œuvres de saint Grégoire de Nazyance, et l’on aura une idée des préoccupations de cette cour de lettrés quand nous aurons rappelé que l'on doit également à Anstippe des traductions du Phédon et du Ménon, du IV* livre des Metereologica d’Aristote, ainsi que de Diogène de Laërce ?.
Aimant peu se montrer en public, vivant très retiré au fond de son palais où les ministres seuls avaient accès auprès de luif, Guillaume Ie préférait, aux soucis des affaires, la
. Falcand, p. 87.
. Kehr, op. cit., pp. 177-178.
. Falcand, pp. 8 et 13; Chr. Ferrar., p. 29.
. Cf. Rose, Die Lücke im Diogenes Laëértius und der alte Uebersetzer,
vie molle et voluptueuse qu'il menait dans sa somptueuse résidence de Palerme ou dans la villa de la Ziza qu'il fit construire et dont il se plut à créer et à embellir les jardins. Tout ce que les chroniqueurs nous apprennent de la vie de Guillaume I®" nous fait involontairement songer à la vie de quelque souverain oriental. Peut-être même est-ce à l'influence de son entourage musulman qu'il dut Le fatalisme qui paraît avoir été un des traits les plus marqués de son caractère. Le roi aimait peu l’action, il pensait que le temps est un grand maître et arrangeait bien des choses sans que l’homme ait à intervenir. Aussi voyons-nous Guillaume I se décider à agir par luimême seulement quand il est pressé par la nécessité. Prendre une décision était un effort qui lui coûtait ; pour qu'il s'y résolve, il faut qu'il soit pressé de bien près par les hommes ou par les événements !. Mais une fois que le roi a pu surmonter sa paresse, nous le voyons apporter à l'exécution des mesures décidées une énergie incroyable dont la source est peut-être simplement le désir de se débarrasser au plus vite d’un sujet de préoccupation. A diverses reprises, nous constaterons dans sa conduite un manque de décision incroyable, lorsque, débordé par les événements, 1l se trouvera abandonné à lui-même. Par exemple, après l'assassinat de son ministre favori, 1l hésitera longtemps à punir les coupables, et, lors de la sédition de Mathieu Bonnel, le roi, une fois échappé au danger, ne saura que répandre des larmes. Toutefois, au point de vue militaire, on retrouve en Guillaume les fortes qualités de sa race. Quand il s'est résolu à quitter son palais et ses femmes, et qu'il se trouve à la tête de ses chevaliers, le roi se montre infatigable; grand donneur de coups d'épée, il fait preuve d’une réelle habileté militaire et d'une non moindre bravoure.
dans Hermès, Zeitschrift für classische Philologie, t. 1 (1866), p.376 etsuiv., et Hartwig, Die Uebersetzung-Litteratur Unteritaliens in der normannischstafischen Epoche (Leipzig, 1886), in-8, pp. 3 et suiv. La préface d'Henri
Aristippe au Phédon fournit quelques détails curieux ; nous voyons que ‘
l'on connaît en Sicile la Mécanique de Hiéron, l’Optique d'Euclide, les œuvres d'Aristote, Anaxagore, Plutarque, etc., Rose, op. cit., p. 388. 1. Cf. Falcand, p. 18.