‹ Histoire de la domination normande en Italie et en SicileChapitre 218 sur 742 · MANUEL COMNÈNE ET HADRIEN 1V · texte numérisé non relu

MANUEL COMNÈNE ET HADRIEN 1V

Il me paraît évident que Manuel Comnène a voulu Jouer auprès du pape le rôle que Frédéric n'avait pas tenu. C'est la première fois qu'apparaît avec évidence l’idée du basileus byzantin, désireux d'assumer le rôle de protecteur de la papauté. Déjà Alexis Comnène avait songé à rétablir l'unité de l'empire ! ; son petit-fils ne faisait que reprendre cette politique; on verra que, quelques années plus tard, il cherchera par tous les moyens à la faire triompher ©, On ne peut malheureusement savoir ce qu'il faut entendre par les trois villes maritimes dont il est question. Le texte ne permet pas de préciser et tout ce que l’on peut dire à ce sujet ne repose sur aucune base réelle. Manuel n'a jamais pu sérieusement penser à borner ses prétentions en Italie à la possession de trois villes. Peut-être a-t-1l, au début, songé à n occuper que les villes du littoral, mais il devait même à ce moment songer à étendre sa domination à l’intérieur des terres.

Le grand intérêt de la démarche tentée par Paléologue consiste dans le fait de voir l'empereur grec se poser en protecteur du Saint-Siège. Les offres de Paléologue furent agréées, semblet-1l, par Hadrien IV. Le pape, à partir du moment où Barberousse renonça à attaquer le royaume de Sicile, dut se regarder comme affranchi des obligations que lui imposait le traité de Constance. Nous voyons, en effet, qu'il entra. en rapports avec les envoyés de Manuel Comnène. Au moment où Doukas rentrait à Bari, après son infructueuse expédition contre Monopoli, arrivèrent des envoyés d'Hadrien IV chargés de demander aux représentants du basileus, que l’un d’eux se rendit auprès du pape pour conclure un accord définitif 3, Hadrien LV faisait savoir qu'il avait levé des troupes et qu'il était prêt à entrer en campagne. Les généraux grecs Jugèrent que la situation de la Pouille, ne leur permettait pas de quitter le théâtre de la guerre ; 1ls se bornèrent

donc à envoyer au pape un des seribes impériaux, un certain

Rome, au moment où il entre en l'apport avec Paléologue. Il y a là une légère inexactitude, car le pape a quitté Rome avec Barberousse, mais il est resté dans les environs. Cf. Jaffé-L., 10079-10090.

CE Chalandon, Essai sur le règne d'Alexis Ier Comnène, pp. 260-263. 2. Cf. Norden, Das Papsttum und Bysanz, p. 88 et suiv. 3. Kinnamos, IV, 5, pp. 146-147,

Basilakios. Ce dernier fut chargé de remettre à Hadrien des subsides. Nous ignorons quelles furent les suites de cette négociation ; il me semble, toutefois, que l'on peut à bon droit conjecturer que les pourparlers se prolongèrent et amenèrent le pape à traiter directement avec l'empereur !. On possède, en effet, une lettre, malheureusement non datée, par laquelle Hadrien IV recommande à Basile, archevêque de Thessalonique, deux notaires pontificaux qu'il envoie au basileus ?. On verra plus loin que la politique de Manuel en Italie, pendant la lutte de la papauté contre Frédérie I°', fut inspirée par le désir de se faire attribuer la couronne impériale. Pour atteimdre ce but, Manuel offrira d'accomplir la réunion de l'Église grecque à l'Église romaine. Or, précisément dans la lettre du pape à l'archevêque de Thessalonique, il est question de la réunion des Églises. Il est donc fort probable que, dès le moment où Byzance est entrée en négociations avec Rome, Manuel a songé à se faire accorder la couronne impériale, et c'est dans ce but qu'il s'est posé en protecteur de la papauté et a proposé son appui pour résoudre la question du royaume normand.

Les négociations de Paléologue et d'Hadrien IV eurent comme résultat immédiat d'amener dans les affaires de l'Italie du sud l'intervention active de la papauté. Aïdé par les subsides byzantins, Hadrien IV put lever des troupes, à Rome et en Campanie ?; il vit, en outre, se grouper autour de lui la plupart des exilés normands, dont les espérances avaient été déçues par le départ de Barberousse. Il semble d'ailleurs qu’en partant celui-ci ait donné aux seigneurs normands toute liberté d’agir #. L'ancien prince de Capoue, Robert, Richard d’Aquila, comte de Fondi, et André de Rupe Canina promirent au pape de le reconnaitre comme leur suzerain légitime s’il les aidait à rentrer en possession de leurs terres. Il y eut aussi des offres analogues, faites

1. Guillaume de Tyr, XVII, 7, dans R. des Hist. occ. des Croisades, L. f, p. 828, parle de la correspondance engagée entre le pape et Manuel Comnène.

2, Mansi, op. cüt.,t. XXI, p. 795.

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