CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE LA ROYAUTÉ
montre mieux ce caractère sacré de la royauté normande que l’Assise qui déclare sacrilèges tous ceux qui discuteront les actes du roi : « Disputare de regis iudicio, consilus, institutionibus, factis, non opportet. Est enim par sacrilegio disputare de eius iudiciis, instilulionibus, factis atque consilus ! ».
La légitimité du pouvoir du souverain provient de l'élection. De même qu'à l'assemblée de Melfi, Guiscard fut reconnu comme chef par les comtes normands jusqu'alors indépendants, de même, à sa mort, son fils, Roger, se fait reconnaître par l’armée. Roger I, quand il se décida à prendre le titre de roi, convoqua près de Salerne un certain nombre de ses vassaux. Cette première assemblée paraît avoir été assez restreinte, à en juger par les termes employés par l'abbé de Telese : « Convocatis aliquibus ecclesiasticis perilissimis atque competentioribus personis, nec non quibusdam principibus, comitibus, baronibus, simulque alus, qui sibi sunt visi, probalioribus viris » ?. Le duc exposa son désir de prendre le titre de roi; il fut approuvé par l'assemblée qui lui demanda de ne pas prendre seulement le titre du roi de Sicile, mais d'ériger également en royaume, les territoires d'Italie qu'il possédait par ses victoires ou par héritage. Ainsi l'assemblée non seulement reconstitue, mais encore agrandit l’ancien royaume de Sicile. Fort du consentement de ses vassaux (/s{orum itaque dux consiliis atque veridicis asserlionibus roboratus) ?, Roger IT convoqua à Palerme une assemblée générale, à laquelle prirent part les ecclésiastiques et les grands du royaume, ainsi que le peuple (de populis pusilli). On délibéra sur la demande du duc (causa investigata atque tractata ab omnibus) et finalement l'assemblée accorda à Roger le titre de roi. Les mots dont se sert Alexandre de Telese indiquent clairement l'élection (regia promotio).
Pour Guillaume [*', nous trouvons, lorsqu'il est associé par son père, une assemblée du clergé *, mais les sources ne mentionnent pas une réunion des vassaux; il est toutefois fort probable que celle-ci a eu lieu. Dans tous les cas, quand Guillaume succède à
Assise, t. XVIT, éd. Brandileone, p. 103.
Al. Tel, 2;p.102:
Ibid,, 1, 3,:p.:102
. Historia pontificalis, dans M.G.H.SS., t. XIX, p. 539.
son père, nous trouvons expressément mentionnée une assemblée des vassaux !. La nécessité de l'élection nous est encore attestée par le fait suivant. Lors de l'emprisonnement de Guillaume fr, les rebelles qui veulent proclamer son fils, le duc Roger, soumettent leur choix à la ratification du peuple : « dicentes hunc (Rogerium) totius populi consilio coronandum » *. Pour Guillaume IT qui n'a pas été associé à la couronne du vivant de son père, il y eut une véritable élection par le clergé, les barons et le peuple : «consilio archiepiscorum, baronum et populi, in regem est promotus * ». De même, à la mort de Guillaume II, l’assemblée électorale fut appelée à se prononcer entre l’héritière légitime et ses compétiteurs, le comte d'Andria et le comte de Lecce. C'est ce dernier qui l'emporta et fut élu ‘.
L'élection du souverain est suivie, à partir de Roger Il, de la cérémonie du sacre. Celle-ci a lieu dans la cathédrale de Palerme ; elle comprend deux cérémonies distinctes : l’onction et le couronnement. L'onction est conférée à Roger II par un cardinal
délégué par le pape Anaclet, et c’est des mains du prince de
Capoue que Roger reçut la couronne. Guillaume I*' et Tancrède reçurent l’onction des mains de l'archevêque de Palerme, Guillaume JT de celles de l'archevêque de Salerne.
La fonction principale du souverain est de maintenir la justice, de faire respecter le droit de chacun de ses sujets, de supprimer les abus, de faire régner l’ordre et la paix. « Prava dampnare, injustla corrigere » *, tel est le but que doit se proposer le prince. « Il appartient à la majesté et à la clémence royale, dit le roi, de prêter l'oreille à ceux qui demandent justice et de terminer les procès de ceux qui sont en désaccord, soit par un jugement légal, soit par un arrangement convenable » 6, ou ailleurs « Nous