COURONNEMENT DE ROGER II
On a voulu voir là la réunion d'une sorte de parlement. Les termes d'Alexandre de Telese sont malheureusement trop vagues pour nous permettre de caractériser cette assemblée. Pourtant on ne saurait, Je crois, parler d’assemblée générale; les mots quibusdam et aliquibus me donnent à penser que l'assemblée fut fort restreinte et se composa en majorité des fidèles de Roger. Pourtant la présence de quelques princes paraît indiquer que Robert de Capoue et Grimoald de Bari y assistèrent, car le mot principes ne convient guère, à ce moment, qu'à ces deux personnages. On ne saurait de même affirmer qu'il faille voir des représentants des villes dans les probatiores viri, quoique le sens de boni homines et de probi homines, dans les actes de ce temps, paraisse indiquer qu'il s'agisse de quelques notables des villes.
De Salerne, Roger IT regagna la Sicile, aprèsavoir fixé Palerme comme lieu, et le 25 décembre comme date de son couronnement. Tous les vassaux du nouveau roi furent invités à se rendre à Palerme à l'époque indiquée.
Les fêtes du couronnement eurent lieu avec la plus grande pompe, en présence d’un immense concours de peuple. Le duc fut oint, puis couronné solennellement dans la cathédrale. Durant les fêtes qui précédèrent et suivirent la cérémonie de son sacre, Roger, désireux de faire aux yeux de ses vassaux étalage de sa puissance et de son faste, déploya la plus grande magnilicence. Le palais royal tout entier était tapissé des plus riches étolfes, et les rues jusqu’à la cathédrale étaient couvertes de tapis multicolores. Le cortège, qui se déroula solennellement à travers les rues de Palerme, comprenait une grande quantité de chevaux dont tout le harnachement était recouvert d’or et d'argent. Dans le banquet qui eut lieu au palais royal, le nouveau roi ne déploya pas un moindre luxe; tous les convives de la table royale furent servis dans de la vaisselle plate par des officiers du roi, tous vêtus de riches étoffes de soie. Alexandre de Telese
1. On a prétendu que Roger II avait été couronné dès 1129, et couronné de nouveau en 1130. Cette opinion ne repose sur aucune base sérieuse. Cf. Weinreich, op. cit., p. 93 et suiv. On trouvera toute la bibliographie de la question dans Caspar, op. cit., Regeste n° 66, a. (par erreur le n°.66 est indiqué comme n° 69).
insiste longuement sur l'effet produit par ce déploiement de richesses.
Une des conséquences de l'accord de Roger II avec Anaclet, fut de permettre au roid'organiser définitivement l'Église de Sicile. Par respect de la tradition, la papauté s'était jusqu'alors opposée à tout remaniement des diocèses de Sicile et l’on a vu qu'Urbain II avait refusé de laisser ériger Lipari en évêché!. Une bulle, du 27 septembre 1130, fixa la province ecclésiastique de Palerme et accorda comme suffragants à l'archevêque de la capitale, les évêques de Syracuse, Girgenti, Mazzara ou Catane. Ce premier acte fut bientôt complété et Roger Il obtint d'Anaclet que Messine serait érigé en archevêché®? et aurait pour suffragants Catane et Lipari (érigé en évêché le 14 septembre 1131) et Cefalu (érigé en évêché à la même date‘). C’est à ce moment que le roi entreprit la construction de l’église de Cefalu, qui fut terminée en 11485. Aïnsi se trouva achevée l’œuvre de réorganisation de l'Église sicilienne que Roger II compléta en soumettant la plupart des monastères grecs à l'abbaye du Saint-Sauveur de Messineî.