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CHAIRE DE CHIMIE

9 cet. 1840

(création)

18 mars 1841,

6 janv. 1854, 23 janv. 1866, 26 avril 1878,

8 févr. 1866, 10 juil. 1868^

8 févr. 1894,

Malaguti, chargé du cours.

— Professeur titulaire.

— Doyen.

— Recteur de l'Académie de Rennes.

— décédé à Rennes.

Lechartier, chargé du cours.

— Professeur titulaire.

— Doyen.

— titulaire et Doyen actuel.

i*^ nov. 1895 13 cet. 1894

r*" nov. 1894 t I" nov. 1899 ^

I" nov. 1894,

Maîtres de conférences.

f VÉZES,

actuellement Maître de conférences à la Faculté de Bordeaux .

Cavauer, actuellement Maître de conférences à la Faculté de Marseille.

PouGET, chef des travaux pratiques.

i**" nov. 1898, Perrier, Maître de conférences actuel, i**^ nov. 1899, Job, Maître de conférences actuel.

24 mars 1900, Poucet, Maître de conférences actuel.

MALAGUTI, C. *, C. +, I. O,

Correspondant de l'Institut.

SAVANT aussi modeste qu'illustre, Malaguti a exprimé dans son testament le désir qu'aucun discours ne fût prononcé à ses obsèques et que le Recteur s'abstint, à la rentrée solennelle des Facultés, de faire son éloge.

Sa volonté a été respectée ; quelques mots d'adieu seulement exprimèrent dans les deux cérémonies qu'il avait spécialement désignées, les regrets profonds et le deuil respectueux de ses collègues, de ses admirateurs, de ses amis.

Plus libres que nous, ses anciens compatriotes, en Italie, ne s'arrêtèrent pas devant le vœu qu'il avait formulé et c'est à l'éloge qu'en a fait un savant professeur de l'Université de Bologne, que je suis heureux d'emprunter une grande partie des notes que l'on va lire. Je me suis borné à résumer son discours en y ajoutant un certain nombre de détails et de considérations dont le professeur italien ne pouvait apprécier l'importance spéciale pour notre région. J'ai cru cependant devoir traduire littéralement quelques passages caractéristiques. Que la grande âme de Malaguti me pardonne cette infraction à son exigeante modestie. II y va de la gloire de notre Université de Rennes où il a débuté, qu'il a dirigée comme Doyen et comme Recteur, de cette ville qui l'avait adopté, où il a laissé tant d'impérissables souvenirs.

L*on m'excusera de ne point suivre pas à pas le Professeur Cazali (0^ car je dois me renfermer dans le cadre d'une courte notice.

(i) Faustino Malaguti e le sue opère; per Adolfo Cazali, Professore di Chimica ne! R. Instituto tecnico di Bologna. Memoria letta alla Societa agraria di Bologna, 16 Febbrario 1879.

a Amabat nesctri, » Telle fut la devise à laquelle Malaguti demeura fidèle toute sa vie et jusque par delà la mort. Je n'entreprends point ici sa biographie complète, je veux seulement retracer la carrière laborieuse de cette èminente personnalité italienne que fut Malaguti <>), de ce savant qui, par son génie merveilleux, par son activité qui ne s'est jamais démentie, par son jugement limpide et son esprit clair, ordonné et riche de profond savoir, mérite d'être appelé « une véritable abeille de la Science » .

Malaguti était de haute stature ; sa démarche était grave et posée, sa personne droite, sa figure belle et noble. Il avait ce teint pâle à fond brun qui caractérise la belle race de Bologne ; l'œil petit, vif, noir, le front spacieux et ouvert ; sa barbe, qui encadrait son visage, laissait voir un menton un peu ample, et la bouche révélait un je ne sais quoi de grave sans affectation. Sa voix harmonieuse, sa diction simple rendait pleine de charme une parole facile et colorée.

Malaguti est né près de Bologne le 15 février 1802; il était le troisième de neuf frères. Il y suivit les cours de l'Université où il obtint à seize ans le diplôme de pharmacien ; il devint assistant à la clinique médicale ; puis le gouvernement pontifical le délégua à la Douane pour l'examen des drogues et médicaments. Mais les événements de 1851 forcèrent Malaguti à s'expatrier. Il se réfugia à Paris, où il acquit des idées plus larges et cette liberté intellectuelle qui lui faisait tant défaut en Italie.

Malaguti, à côté de Pelouze, fréquentait le laboratoire de Gay-Lussac ; il y rencontra Liebig. Il obtint de suivre les cours de l'École Polytechnique, puis il travailla sous la direction de Brongniart; ses premiers travaux, publiés dans les Annales de Physique et de Chimie, lui valurent l'amitié du baron Thénard, de Dumas et de Biot. Il collabora aux recherches de ce dernier sur la décomposition de la lumière.

(i) A U création de la Faculté, en 1840, Malaguti fut chargé du cours de Chimie m attendant ses lettres de grande naturalisation. Ce n'est que quelques mois plus tard (mars 1841), qu'il fut naturalisé et devint Professeur titulaire. Si donc sa patrie d'origine peut revendiquer uue part de ses travaux, c'est comme Français, Français par sa volonté, que la plus grande part de son œuvre appartient à l'Université de Rennes.

Il fut alors nommé chimiste- adjoint à la manufacture de porcelaine de Sèvres ; il se donna corps et âme à sa nouvelle fonction, où rapidement il conquit Testime de tous, si bien qu'un jour le directeur Brongniart, recevant une délégation de savants italiens, put le leur présenter en ces termes : « Voici le prince des chimistes italiens. »

Par ses recherches patientes il arriva, ce qui est une gloire i Sèvres, à produire une nouvelle couleur, un rouge œillet, dû au mélange de Tacide métastannique, de la craie et de l'oxyde de chrome.

Malaguti prit à cette époque le grade de Docteur es Sciences. II fut chargé par Brongniart d'étudier VOiochérite ou cire fossile. En 1837, il publia une note sur le Rubis artificiel, une autre sur la Cystine, et, en collaboration avec Brongniart, il inaugura une série de recherches sur les Kaolins qui reçurent l'approbation universelle.

Tout en effectuant ces travaux spéciaux, Malaguti poursuivait d'importantes études sur les substitutions organiques qui donnaient alors lieu, surtout de la part de Berzélius, à d'importantes controverses et occasionnèrent des recherches capitales de Dumas ; il publia une série de notes qui définitivement attirèrent l'attention sur lui. C'est de cette période que datent ses travaux sur les éthers muciques, Vacide mucique, Véther citrique, cbloro-oxalique, pyromucique, Vacide camphorique, les éthers acétique, benxpique, formique, etc., sur les amides et leurs alliés. Il prouva que la substitution du chlore à l'hydrogène avait réellement lieu atome par atome, que ces phénomènes se réduisaient à une double décomposition et que les produits de substitution étaient vraiment analogues par leur structure et leur fonction â ceux du groupe originaire.

C'est à ce moment que l'on créait la Faculté des Sciences de Rennes. Il y fut nommé Professeur de Chimie (»>. Jusque-là, Malaguti, enfermé dans son laboratoire, ne s'était fait connaître que du monde savant. Sa nomination à Rennes lui ouvre un autre horizon : il va se faire Professeur. La science n'y perdra rien, l'enseignement y gagnera tout. C'est en effet la période où il publie des travaux sur les phosphates de soude, Vacide litbophélique (en collaboration avec son préparateur Sarzeau),

(i) On a vu plus haut que Victor Cousin avait voulu nommer k Rennes des savants d'une valeur incontestable ; ainsi s'explique et se justifie le choix de Malaguti.

sur les béipards, sur Vaciion de l' ammoniaque liquide sur Us chromâtes magnésiens.

Toute une autre série de travaux fut exécutée en collaboration avec son collègue de Minéralogie, Durocher : sur la laumonite, sur la métallurgie du plomb et de l'argent et notamment sur les minerais de Pont- Péan, sur la présence de l'argent dans l'eau de mer, sur les composés de ï argent et leur association fréquente avec d'autres minéraux; ce travail est très important au point de vue de la métallurgie ; ils firent encore des recherches sur la présence de la pyrite de fer dans les alluvions, sur la résistance des chaux hydrauliques et des ciments à Vacticn destructive de Veau de mer y sur le granit de Bomarsund, sur la répartition des éléments inorganiques dans les principales familles du règne végétal, etc., etc.

Dans un autre ordre d'idées, Malaguti avait senti que dans un pays agricole comme la Bretagne il devait à ses auditeurs des leçons de Chimie appliquée à la source de la fortune publique de la région ; il se mit donc à enseigner la Chimie agricole et, pour la première fois en 1848, il publia ses Leçons de Chimie agricole. Abandonnant la haute spéculation scientifique, il chercha à être pratique; il ne crut point abaisser la Science en la mettant à la portée de ses auditeurs. On peut dire de son ouvrage que c'est le premier manuel rationnel qui fut mis entre les mains des étudiants.

Il est donc le fondateur du cours de Chimie agricole qui, à partir de 1852, fut régulièrement subventionné par le Ministère de l'Agriculture, et a été continué avec tant d'éclat depuis 1866 par M. le Doyen Lechartier.

En 1862, il résuma ses leçons en un Traité de Chimie appliquée à l'Agriculture qu'il dédia à Dumas. Il en tira un petit manuel pour l'enseignement primaire qui rapidement se répandit en France et à l'étranger. C'est un modèle du genre, et aujourd'hui que l'enseignement agricole a pris dans les programmes de l'enseignement primaire une place qui devient de plus en plus grande, on peut dire, sans exagération, que c'est à Malaguti qu'est due cette heureuse innovation. Les instituteurs doivent saluer en Malaguti leur premier Maître.

Une fois engagé dans cette voie, il eut conscience des services qu'il allait rendre à l'agriculture ; il entreprit des recherches sur les cendres des

végétaux, sur les guanos y sur les causes de fécondité et d'infécondité des terres sableuses des environs de Rennes,

Notons encore un important mémoire sur les faits relatifs à l'action réciproque des sels solubles qui exigea des travaux d'une extraordinaire délicatesse.

Au milieu de 1853, Malaguti publia ses Leçons élémentaires de Chimie qui sont restées un modèle de clarté et dont dérivent les traités classiques qui sont venus ensuite. La dernière édition qu'il en fit paraître en 1863 ^t^î^ ^^ courant des derniers perfectionnements de la Chimie moderne; il le dédia à Pelouze.

Nous laissons de côté bon nombre de travaux de moindre importance, qui tous se distinguèrent, comme les principaux, par la scrupuleuse exactitude et l'honnêteté scientifique.

Tel fiit rhomme de Science; le Professeur ne lui fut pas inférieur. Sans chercher à être éloquent, il l'était vraiment par la vivacité et l'originalité de sa parole, par la chaleur communicative de son discours auquel son accent étranger donnait une saveur particulière. Il s'était fait à Rennes une réputation extraordinaire; elle s'étendait plus loin d'ailleurs, car dès 1855 l'Académie des Sciences Tavait inscrit au nombre de ses Correspondants. En 1854, il avait été nommé Doyen de la Faculté de Rennes.

Faut-il s'étonner qu'après avoir rendu à la Science et en particulier à la région bretonne les services que nous n'avons que sommairement indiqués, il ait été choisi pour gouverner la grande Académie de Rennes ? En le nommant, le Ministre ne fit que ratifier la désignation des corps savants. Ce ne fut pas sans regret qu'en 1866 il abandonna son laboratoire pour devenir administrateur; mais, dans les tournées qu'il faisait dans son Académie, il s'attardait avec complaisance dans les laboratoires de Chimie des lycées ; il aimait à en respirer les odeurs : Je ne respire bien qu'ici, disait-il volontiers.

Devenu Recteur, Malaguti cesse de nous appartenir ; la Faculté des Sciences, qui avait salué avec joie l'honneur qui lui était fait dans la personne de son Doyen, s'inclina respectueusement devant le Chef de l'Académie.

Lorsqu'il prit sa retraite, il fut nommé, en 1873, Commandeur de la

Légion d'honneur; il était depuis sept ans Commandeur de l'Ordre italien des Saints Maurice et Lazare <'). Il mourut à Rennes, où il repose, des suites d'une maladie de cœur, le 26 avril 1878. 11 était membre de plus de trente sociétés savantes de France et de l'étranger.

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