‹ Histoire de la faïence de Delft (volume 4)Chapitre 38 sur 276 · ME ABERAM ou ABRAHAM DE COOGE ou DE KOOGE · texte numérisé non relu

ME ABERAM ou ABRAHAM DE COOGE ou DE KOOGE

Étranger à la ville, il vint s’établir à Delft en i632, et, en qualité de Maître étranger, il sollicita son admission parmi les peintres à l’huile de la Gilde de Saint-Luc. Le 1 1 juin i632, il fut fait droit à sa demande, et on lui accorda un délai de trois mois pour qu’il pût faire venir le brevet qu’il avait obtenu dans sa ville natale. En temps utile, ce brevet fut produit, et Abraham paraît avoir exercé pendant quelques années la profession de peintre. Il est probable, toutefois, qu’il s’essaya sur la faïence, et qu’il acquit dans ce genre une certaine réputation; car, le 16 mai 1648, il s’associa avec Pieter Joppe Oosterlaan pour exploiter une fabrique que celui-ci venait de prendre à son compte. Abraham tenant à conserver son titre de peintre, et Pieter n’ayant pas de brevet de Maîtrise, les deux

U'Qotices biographiques.

associés placèrent momentanément à la tête de leur établissement (« pour l’affranchir », suivant les règlements du temps) un contre-maître nommé Arendt Jacobz Cosijn; mais Pieter, ayant pu, dès i652, se faire recevoir Maître plateelbacker, prit la direction officielle de l’exploitation, pendant qu’ABRAHAM continuait d’en diriger la partie artistique. Celuici, cependant, avait conservé son titre de peintre à l’huile, et figura en cette qualité parmi les syndics de l’association (1666-1667), pendant que son associé était, comme Maître faïencier et précisément dans le même temps, élevé à la même dignité. Malheureusement, Pieter mourut à cette époque, et Abraham, pour ne pas laisser la manufacture à l’abandon, dut renoncer à son titre qui lui était si cher. Dispensé par ses collègues des formalités préliminaires, il fut, à son tour, admis le 6 décembre 1666 comme Maître plateelbacker. Dans sa nouvelle situation il ne perdit rien de l’estime de ses confrères, car nous le retrou-

vons en 1673-74 et 1677-78 figurant de nouveau parmi les syndics de sa corporation, mais cette fois en qualité de faïencier.

Abraham de Kooge peut être considéré comme l’un des plus grands artistes qui aient illustré la faïence de Delft. Il fut l’un des rénovateurs de l’art céramique hollandais, et les belles plaques qu’on lui attribue peuvent figurer parmi les chefs-d’œuvre du genre. Ces plaques merveilleuses dont la plupart représentent des paysages, et quelques-unes des portraits (voir planche VII), sont peintes avec une largeur, une solidité et une ampleur qui n’ont pas été égalées depuis. Toutes sont décorées en camaïeu bleu. Les ombres y sont puissantes et grasses; le modelé est accusé par des demi-teintes d’une finesse exquise; les plans sont nuancés avec un art infini. Ces œuvres magnifiques ne sont jamais signées; pour ma part, du moins, je n’en ai jamais vu qui portassent un monogramme, mais presque toutes sont datées au dos, et quelquefois la date est enveloppée d’ornements qui décèlent un artiste de haute volée. J’en donnerai comme

Fig. ç5. — Aiguière décorée en camaïeu bleu. (Collection de M. J. F. Loudon, )

exemple le cartouche ci-dessous, qui figure au dos d’une des plaques de la collection Evenepoel. Remarque intéressante : on ne trouve aucune de ces plaques portant une date antérieure à 1648, c’est-à-dire à l’association de PlETER-OoSTERLAN et d’ABRAHAM DE KoOGE, ni postérieure à 1667, époque à laquelle Abraham devint l’unique directeur de la fabrique. La pièce la plus ancienne que nous ayons rencontrée de sa main est l’assiette commémorative que nous avons donnée ( fig. 5 1 ), et qui porte la date de 1 65o.

En dehors de ces plaques, il existe un certain nombre de pièces d’un goût exquis, qui sont sorties de la fabrique d’ABRAHAM de Kooge. Je citerai, entre autres, une délicieuse petite aiguière de la collection Evenepoel, le joli broc de la collection Loudon ( fig. q5 ), qui porte la date de 1 658. C’est, du reste, dans cette dernière collection que se trouvent les plus belles œuvres connues de notre céramiste.

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