‹ Histoire de la filiation et des migrations de peuples (volume 2)Chapitre 39 sur 39 · LETTRE DE DÊMÉTRIUS DE PHALÈRE AU ROI PTOLÉMÉE · texte numérisé non relu

LETTRE DE DÊMÉTRIUS DE PHALÈRE AU ROI PTOLÉMÉE

PHIL ADELPHE.

«Gomme vous m'avez ordonné de faire une exacte recher^ che des livres qui manquent, pour rendre parfaite votre royale bibliothèque, il n'y a' point de soin et de diligence que je n'y aie apporté ; et je suis obligé de vous avertir que les livres qui contiennent les lois des Juifis font une partie de ceux qui y manquent, tant parce qu'ils sont écrits en langue et en caractères hébraïques, dont nous n'avons point de connaissance, que parce que l'on ne s'est pas mis en peine de les rechercher, parce que vous n'avez point encore témoigné le désir de les avoir. Il est nécessaire, néanmoins, que vous les ayez, et qu'ils soient ti*aduits très fidèlement , parce qu'ils contiennent les lois du monde les plus sages et les plus parfaites, à cause que c'est Dieu lui-même qui les a données ; ce qui a fait dire à l'historien Hecatée Abderite qu'il ne se trouve point de poète ni d'historien qui en ait jamais parlé, ni d'homme qui ait tenu la conduite qu'elles ordonnent, parce que étant toutes saintes, elles ne doivent point être en la bouche des profanes. II faudrait donc qu'il vous plut d'écrire au grand sacrificateur des Juifs de choisir, parmi les principaux de chaque tribu, ceux qui ont le plus d'intelligence de ces lois , et de vous les envoyer, afin de conférer tous ensemble, pour en faire une traduction très exacte, et capable de satisfaire pleinement votre désir.»

liETTRE DE PTOLÉMÉE AU GRAND SACRIFICATEUR ÉLÉAZAR,

« Le roi Ptolémée à Eléazar, grand sacrificateur, salut.

«Le feu roi notre père ayant trouvé dans son royaume plusieurs Juifs que les Perses y avaient amenéscaptife, il les traita si favorablement, qu'il en employa une partie dans ses armées avec une grande solde, en mit plusieurs en garaison dai>s ses places, et leur en confia même la garde , ce. qui les reo* dit redoutables aux Egyptiens. Nous ne leur avons pas téiiai-* gné moins de bonté depuis notre avéoemait à la couronne, et particulièrement à ceux de Jérusalem : car nous en avons mis en liberté plus de cent mille, après avoir payé leur ran-* çon à ceux de qui ils étaient esclaves, tant nous sommes persuadés de ne pouvoir rien faire de plus agréable à Dieu, pour reconnaître l'obligation que nous lui avons de nous avoir mis en main le sceptre d'un si grand royaume. Nous avons aussi fait enrôler, dans nos troupes, ceux que leur âge rend les plus propres à porter les armes, et ea avons même retenu quelques-uns pour servir auprès de notre personne, par la confiance que nous avons en leur fidélité. Mats pour faire voir encore plus particulièrement quelle est notre affection pour les imk répandus par tout le monde, nous avons résolu de faire traduire vos lois d'hébreu en grec, et de mettre cette traduction dans notre bibliothèque. Ainsi vous ferez une chose qui nous sera fort agréable, de choisir dans toutes vos tribus des persomies qui aientacquis» par leur âge et par leur sagesse, une si grande intelligence

de vos lois, qu'elles soient capables de les traduire avec une exacte fidélité; et nous ne doutons^ point que cet ouvrage, réussissant de la sorte que nous Tespérons, ne nous apporte une grande gkdre. Nous vous envoyons, pour ttmtet avec vous de cette af&ire, André, capitaine de nos gardés, et Aristée, qui sont deux dé nos serviteurs les plus confidents; et ils vous portent, de notre part, cent talents d'argent pour employer à des oblations, à des sacrifices et à d'autres usages du tenq)le. Kouâ attendons votre réponse, et elle nous donnera beaucoup de joie.

LETTRE d'ÉLÉAZAR ÂU ROI PTOLÉMÉË;

« Le grand sacrificateur Éléazar au roi Ptolémée, salut.

« J'ai reçu avec le ressentiment que je dois avoir de votre royale bonté la lettre qu'il vous a plu de m'écrire; et l'ayant lue en présence de tout le peuple, nous y avons vu avec une extrême joie les marques de votre piété envers Dieu ; nous avons aussi reçu et fait voir à tout le monde les vingt vases d'or, les trente vases d'argent, les cinq coupes et la table qui doivent être consacrés et employés pour les sacrifices et pour le service du temple, comme aussi les cent talents qui nous ont été apportés de votre part par André et Aristée, que leur mérite rend si dignes de l'affection dont vous les honorez. Vous pouvez vous assurer qu'il n'y aura rien que nous ne fassions pour voustémoigner notre reconnaissance de tant de grâces dont il vous plaît de nous

combler. Noos avons aussitôt offert des sacrifices à Dieu pour vous, pour la princesse votre sœur, pour les princes vos eniiuits et pour toutes les personnes qui vous sont obères ; et tout le peuple lui a demandé dans ses prières d'exaucer vos vœuiy.de conserver votre royaume en paix, et de foire que cette traduction de nos lois vous donne toute la satisfiaction que vous pouvez désirer* Nous avons choisi six hommes de chacune de nos tribus pour vous porter ces saintes lois, et nous espérons de votre bonté et de votre justice que, lorsque vous n'en aurez pins besoin, il vous plaira de nous les renvoyer sûrement avec ceux qui vous les présenteront.

(Extrait de Josêphe, Histoire des Juifs. — Trad. n'ÀRNAULD'D'ANDniLT, liv. XII, chap. 2. )

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