‹ Histoire de la Floride françaiseChapitre 39 sur 72 · XXVII · texte numérisé non relu

XXVII

Charles IX a Forqueyaulx.

le vous ay bien voulu encpres toucher ce mot afin que vous

connoissiez que ma volonté est que vous renouvelliez vostre plainte et requériez avec toute instance que pour le bien et union d'entre nous et l'entretenement de notre commune amitié, ils regardent de me faire réparation du tort qui m'a esté faict et de la cruauté dont on a usé envers mes subiects, qui ne se peut par moy soufrir sans trop de diminution de ma réputation. lescay bien qu'ils ne faudron de vous faire tousiours une mesme response, et vous ne cesserez de leur dire qu'il ne faut espérer, que ie sois iamais satisfaict, qui

ie ne voye une réparation telle que requiert nostre amitié

Saint-Maur, 12 mai io66.

XXVIH (2).

Mémoire envoyé par Charles IX et Catherine de Médicis

A FORQUEVAULX.

Encore que par les lettres (3) envoyées par M. de Forquevaulx, du neufiesme du moys passé, le Roy ait fort amplement entendu la grande et vive instance qu'il a faicte envers le Roy son beau-frère, pour faire faire réparation et iustice de la cruauté exercée par Pierre Melendez envers les subiects de Sa Maiesté estants à la Floride, et que par les responsesqui luy ont esté faictes, tant par luy que par le duc d'Albe, il ait assez conneu avec combien de raisons colorées ils veulent ius-

(1) Manuscrit 10751, foL 286, inédit.

(2) Manuscrit 10751, fol.292. Cf. Duprat, p. k2\. Inédit depuis. « Et que peu les responses qui luy ont esté faictes, n jusqu'à : « D'oii par ceste occasion, n

(5) Cf. lettres XXIV et XXV.

tiûer leur exécution^ par où Ils demonstrent assez le peu de volonté qu'ils ont que iustice soit faicte des auteurs et exécuteurs d'un acte si barbare et inhumain : ce neantmoins considérant combien une telle entreprinse importe à la grandeur et réputation de Sa Maiesté^ SaMaiesté a choisi le moyen plus convenable à leur amitié, qui est luy remonstrer le tort qui luy est faict, et le prie luy garder le mesme respect qu'il désire luy estre usé par Sa Maiesté, et que iusque icy lui a esté usé en tout ce qui la touche.

Pour lequel effectledict sieur de Forquevaulx fera avec les plus pregnans termes dont il se pourra adviser nouvelle instance que iustice et réparation soit faicte à Sa Maiesté dudict Pierre Melendez et autres qui ont commis ce cruel meurtre , qui ne peust estre entre amis excusé 9 ny passé soubs dissimulation par le Roi catholique sans monstrer qu'il faictpeu d'estime de l'amitié, et bienveillance d'un si grand Roy, de laquelle il peut plus rescevoir de bien , commodité, et advantage pour le maintien de sa grandeur que d'autre ami quelconque qu'il sçauroit avoir.

L'acte de foy si vilain, et infâme qu'il est, le semond luy qui a faict toute sa vie profession d'équité et de iustice de le faire punir, et l'alliance fraternelle, l'union de ces deux royaumes, et l'amitié contractée entre Leurs Maiestez d'une part, et d'autre le requiert. De façon qu'il ne faut ny baptizer du nom de pyrates les subiects de Sa Maiesté qui n'ont faictaucun acte de briganderie, mais sont allez au lieu où leurs prédécesseurs ont esté de tout temps sans faire tort ni dommage à personne avec patente , et commandement qui les délivre de la faute qu'ils pourroient avoir commise, en faisant quelque nouveauté d'eux-mesmes n'y alléguer qu'on ait usé delà dissimulation, et du desadveu que dit le duc d'Albe ny aussi pour attribuer ce voyage à M. l'Admirai , et autres de la nouvelle religion qui ayent eu volonté d'aller troubler le païs de Sa Maiesté Catholique.

D'où par ceste occasion Sa Maiesté ne se peut désister de requérir avec toute instance que réparation luy^ soit faicte d'un si cruel meurtre de ses subiects, espérant que le Roy son beau frère, aprez qu'il aura bien considéré le bien et le mal de l'acte, l'équité ou iniquité de la requeste qui luy est faicte, de soy-mesme choisira la voye plus raisonnable , et aymera mieux contenter un si grand Roy, son si proche allié et si utille amy, en faisant iustice, que le mal contenter en pardonnant à des brigans de qui la vie ne luy peut apporter aucuti bien à l'advantage de ses affaires. Et de ceste requeste et instance

DE FORQUEVAULX. 439

quelque raison qu'on lui allègue, ne se despartira iàmaisle sieur de Forquevaulx, afin que, tant le Roy Catholique que son conseil, connoissent en premier,lieu que Sa Maiesté n'a le cœur moindre que ses prédécesseurs, pour soufrir une iniure, ny si peu de iugement qu'il ne connoisse et ressente ce qui luy est honnorable ou desadvanta-

geux, et ce qu'il doibt trouver bon ou mauvais de son ami

Saint-Maur des Fossés, 12 mai 4566.

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