‹ Histoire de la Floride françaiseChapitre 41 sur 72 · XXX · texte numérisé non relu

XXX

Forquevaulx a Charles IX.

Sire, la despesche (3) qu'il a pieu à Vostre Maiesté me faire par le sieur de Laguian en may, il me la rendue le dixiesme de iuin. Teus audiance du Roy Catholique le dix-huict, et luy fis sçavoir vostre bonne santé ensemble l'heureux estât de voz affaires et pacification de tout vostre royaume, ce qu'il monstra recevoir de fort bonne oreille, me disant qu'il ne pouvoit entendre nouvelle qui luy fut plus agréable.

Aprez, Sire, ie lui remonstray que tant s'en falloit

que Vostre Maiesté se teint satisfaicte du peu de cas qui s'estoit faict de vouloir punir Pierre Melendez et ses gents qui ont cruellement meurtri vozsubiects en la terre aux Bretons, qu'on appelle par dessa la Floride, que Vostre Maiesté me commandoit le plus chaudement qu'il luy estoit possible de refaire nouvelle instance d'en avoir iustice et réparation, et la réitérer par infinies requestes iusques à ce

(1) Manuscrit 10751, foL 313, inédit.

(2) Manuscrit 10751, foL 314. Cf. du Prat, p. 426.

(3) Cf. lettres XXVII et XXVIII.

440 LETTRES ET PAPIERS d'eSTAT

qu'elle ait obtenu la satisfaction qu'un tant indigne massacre meritt!. Lequel^ Sire, ie luy ai de plus aigri qu'il m'a esté dict que ledict Melendez a^oit resceu vos subiects la vie sauve, et promis de les faire mener en Espaigne pour y attendre Tadveu ou desaveu de Vostre Maiesté, car sans cella ils ne se fussent rendus, ni desarmez comme ils feirent, ains eussent vandu leurs vies chairement. Geste remonstrance fut bien nouvelle , se me sembla, à Sa Maiesté, combien qu'il ne me respondit mot là-dessus, car il est quelque bruit sourd par dessa de ladicte composition, et aucuns blasment Melendez d'avoir usé tel massacre, et mesme contre sa foy, n'estant pas vraysemblable que lean Ribaut ny les autres se fussent laissés désarmer, ny couper la gorge si pauvrement, si Ion ne leur eût promis les vies sauves. Vostre Maiesté le pourra sçavoir plus au vray par ceux qui sont eschappés. Sa Maiesté me respondit qu'en luy baillant toutes les dictes doléances par escript qu'il m'y fairoit response. . .

Et ne veux oblier d'adiouter ce mot a ma lettre que la

flotte espaignole qui doibt venir du Pérou et de laNeufve Espaigne, ne s'ose bonnement mettre à la voile , cregnant la rencontre des François, et par dessa les redoubteni à cause du bruit qui court qu'en France s'arment quelque bons navires pour aller au devant de ladicte flotte, laquelle porte grandes richesses, et en or ou en

argent, la valeur de six ou sept millions

Ségovie, 5 juillet 1566.

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