‹ Histoire de la formation de la langue françaiseChapitre 61 sur 77 · III. — Déclinaison romane · texte numérisé non relu

III. — Déclinaison romane

C'est dans le courant du quinzième siècle qu*achèTe de se perdre la déclinaison romane du moyen âge. Villon en a encore quelques formes (b).

ly saincts apostoles

D'aulbes vestus, d'amys coiffés.

* Le masculin est ici assez bien placé, car on 80U»-entend cri : le cr. aux armes! en italien, alVarme! Je crois que le mot alarme vient ci l'italien alVarme; on le dériverait difficilement du français* aux armef^!

{a) [Au moyen âge, comme maintenant, erreur était fémînÎB. c Erreir a été masculin au seizième siècle, alors qu'on refit du masculin, d'apre< le latin, les substantifs en eur qui venaient de noms latins en or. q*ji étaient tous féminins dans l'ancienne langue et qui ont presque tous repris leur genre ancien, excepté quelques-uns, par exemple, honneur, labeur, etc. » LirrRÉ, Dict,\

{b) [Les exemples qui suivent ne peuvent être invoqués, étant pruntés à la baUade c en vieil françois. »]

Ou de France If roi trés-nobles.

Autant en emporte H vetts.

Ibid.

Mais son éditeur, Marot, se croit obligé de le corriger, va T antiquité de son parler \ pour qu'il soit intelligible. Ije Chemin (le longue étude^ écrit par Christine de Pisan dans la première partie du quinzième siècle, fut traduit au seizième, dit l'auteur de la traduction, de langue romane en prose française'.

Ce que Harot ne comprenait pas plus dans Villon que dans le Ronian de la Rose^ c*étaient surtout les formes de la déclinaison romane; et tandis qu'il prenait les nominatifs en s pour des pluriels, le réformateur Peletier s'écriait : « Je suis ébahi que ceus qui veulent que l'ancienne orthographe demeure avec la nouvelle prolation (prononciation), ne pensent quelle erreur et moquerie ce seroit, si nous écrivions aujourd'hui honu pour homme y Dex pour Dieu,., comme on lit en ces vieux livres écrits à la main*. »

Le seizième siècle ne comprenait donc plus la raison de l'orthographe étymologique et grammaticale du moyen âge. Cependant on trouve dans les écrivains de ce siècle quelques vestiges de la déclinaison romane.

Riens se trouve fréquemment avec l'^ dans les auteurs du seizième siècle; mais ce signe du nominatif dans la déclinaison romane, bien qu'il subsiste encore, n'a plus une valeur déterminée, car riens s'écrit de même, qu'il soit sujet de la phrase ou qu'il soit régime. En effet, on trouve dans Y Histoire du bon chevalier sans paour et sans rq)rouche :

Car rietis ne luy en avait esté mandé le soir.

Ne eicuse qu'il sçeust faire ne luy servit en rletu.

* Poésies de Villon, éd. de Prompsaut, p. 9. ^ Thomassy, Chriêtine de Pi$an, p. 05.

' Peletier, Dialogue ei orthographe de la prononciation française^ p. 130.

Il en est de même de quelques substantifs, dont Vs final est un souvenir de Vs caractéristique du nominatif dans la dédinaison romane, maisa perdu sa valeur grammaticale et subsiste» bien que le mot soit régi.

§ 1 . — V$ iigne du nominatif.

Rabelais écrit Chicanons au singulier :

Cela faict, yoilà Chieanonê riche pour quatre noys.

Rab., t. n, p. 48.

Amyot : gluz pour glu.*

AvTOT., Daphn. ci Chl.t p* 44.

Laquetz pour laquai.

' Harot, qui ne savait plus quelle était la valeur de cet s, et l'effaçait dans le Roman de la Rose et dans Villon, où il le prenait pour une marque du pluriel, Harot Ta cependant laissé, par une habitude dont il ne se rendait pas compte, à/ormis.

Dessoubs l'àrbre où l'ambre dégoutte»

La petite formitt alla Dont la formis demoura là.

Harot, t. II, p. 495.

Cet mot était celui de la langue qui devait peut-être offirir le dernier exemple qui se rencontre dans notre histoire littéraire de l'emploi de Vs au nominatifs.

La Fontaine, qui avait lu Marot, a écrit fourmis pour fourmi :

Le long d'un clair ruisseau buvait une colorabe, Quand sur l'eau se penchant, une fourmis y tombe.

Ce fut un promontoire où la fcnamm àrrîTe.

Fables de la Fontaine, I. Il, &b. xn.

* Je trouve dans une lettre autographe de la reine d'Espagne à madame de Maintenon, tesmoings au nominatif : Sa conduite dont je sis> iesnunngs. Madrid, 24 mai 1704. Collection Noailles. Yoy. p. SIO.

Certain) mois dérivés du parlicipe passé ont gardé ïs, qui en lalin caractérisait ce participe : confès^ de confesstusy pour confesêé; tors, dans col tors^ pour col tordu; et dans cette vieille locution chevaleresque rescous ou non re^cous (a).

Au seizième siècle, l'emploi de ces participes était plus (réquent. Par exemple, on disait mors pour mardu^ de morsus :

Je ne tous ai pas mon aussi.

BIarot, t. II, p. 433.

On trouve advertis, dans VHistoire de la maison de Bour* gogne^ p. 493 :

Et qae il fusist advertis.

Regniés pour renie, renégat :

Le vilain regniés conte vendu. •

Ib., p. 137.

Les roots qui se présentent tantôt terminé) en eau, tantôt terminés en el, ont conservé, dans la première de ces deux formes, un souvenir du nominatif en au$^ et dans la seconde, un souvenir du cas oblique en eL ïen trouve un exemple très-curieux dans la préface placée en tète de YHiatoire gêné* raie de ïEurope pendant les années 4527-38-29, par Robert Maqueriau. On lit, p. 64 du premier volume : « Elle s'appelle la porte Coqueriau; 9 et douze lignes plus bas : « De cette batterie fut quasi toute jus la porte Coqueriel, » H avait dit également, p. 7 : « Mourut madame Isabeau; » et même page : « Dame kabel sépulturée » (b).

Belliqueurj qu'on trouve dans Ronsard (t. III, p. 58), pour

{a) [Dans ces mots Yg eet non pas la caractéristique du stget, mais la dernière lettre du ihhne eonfess-uê^ lorg'-uSfreexcuêê'U»» La mdme obter- Tation s'applique à mùr$, ciié dans la phrase qui suit.}

(b) [Les deoz formes en el et en eau pouvaient être employées coneur* remment, mais il n'y a pas de raison de croire que l'une fût réservée au régime et l'autre au sujet.]

4t0 FORMATION DE LA LANGUE FRANÇAISE.

belliqueux, montre qae l'^r dans ce dernier mot ne faisait pas primitivement partie du mot et a été ajouté par un motif grammatical, au moyen âge. Le nominatif belliqueur-s a fait par contraction belliqtieuxy comme faucheur, faucheur; piqueur, piqueux (a).

La terminaison en iere, qui répondait à la terminaison latine atOTj est aujourd'hui bannie de la langue; mais on la trouve encore au seizième siècle, dans ces vers d* Alain Chartier, cités par H. Raynouard :

Amour est lierres De cueur, ou au moins un changierres.

Aux bons, bon; aux bolieurs, Mierrei,

Villon a {b) :

VEmperier aux poings dorez.

Ici, 1> final s*est ëlidé devant la voyelle qui comniaice le mot suivant» et montre par là comment les mots modernes en ier sont venus des anciens mots en iere.

Au moyen âge, le vocatif prenait souvent Ta aussi bien que le nominatif.

Cet a parait être resté comme signe du vocatif dans certaines exclamations rabelaisiennes.

Vertus de Slyx.

T. II, p. 15.

Merdigues,

Id., p. 20.

(a) [Belliquewr est une forme arbitraire; la comparaison arec l'itil et l'esp. beliicoso^ belicoso, roonbv que l'étymologie est hèUiauu* et U vraie forme française ^f//»9ii«iMp. bdXïs faucheur ^ piqueur^ Vr final est en effet tombé en certains patois, mais dans bMqueux elle n'avait («s lieu de s'introduire.]

[b) [Toujours dans labaUade « en vieil françois. »]

§ 2. — Forme da cas régime enn et en /.

Rabelais fait ce qu*on faisait au moyen âge et ce qui a produit la forme du cas régime en on, il donne à un nom propre, Thamauij la forme on, quand il est régime.

Cestuy Thamous estoit leur pilot.

Rab., t. II, p. 82.

Faut secondement ouye ceste voix, laquelle appeloit Thanumn.

Ibid.

Ronsard ne distingue pas les dem cas ; mais le nom d'ffelenin donné à Hélénus dans la Franciade, atteste un souvenir du cas régime en m, dérivé, comme le cas régime en on, de l'accusatif lalin. 11 en était de même de Carlin, de Navarin, dans ses Êglogues, et de Catin (a), nom qu'il donnait à Catherine de Hédicis.

Florence qui se dit de Catin la naissance.

T. Ul p. 423.

Comme aussi d'

Argon pour Argo, t. Vil, p. 18.

Ulisêin pour Ulysse, t. Ylll, p. 73.

Et de Caton le scensorin {cetuofem) [b).

IUb., t. II, p. 9.

La forme du cas régime en on se montre, au seizième siècle, dans plusieurs mots qui Tont perdue aujourd'hui.

Entrèrent en un esquiffon.

Amadis, 1. VIII, ch. it.

L'habitude de rendre tim par on a fait appeler Tile de Cy-

(a) \Caim est une ftNrme de diminutif.]

{b) [Censorin est cenêormumt non cenêorem,]

Ihère, Cytheron, el par confusion, Tile de Cicéron, Mélangei fVune grande bibl. M. Analyse de Perceforest.

Letoud^ signe du cas régime, est resté à la fin des mois où il n'est pas étymologique, comme normant, aUemaU, pour norman^ cdleman.

Au seizième siècle» on le trouve, par suite de la même cwi- Tusion, à la fin de quelques mots en ant; exemple :

Le campt.

Hat, de la mai$. de Bourg,, p. 401.

Et après abri, dans Amyot :

Où il y avait abrii ' pour les vaisseaux. • Dapk. et ChL, p. 33, veno.

D*autre part, au seizième siècle, on ne la pas toujours mis, même à la fin des mots qui doivent l'avoir élymologiquement, étant dérivés d'imparissyllabiques latins, comme géan de gigan-t'is.

Le grand géan oyant ceste nouvelle.

Roxs.,t. m, p. i03.

A la page 108, on trouve géan et géant. Le t du cas régime est manifeste dans Mont pour Mons (nom de ville) (a).

A forte-main doit un jour renverser Les Turingeois el la muraille ancienne De Mont, Cambray et de Valencienne.

Roics., 1. m, p. iSO.

Une trace beaucoup plus fréquente de l'ancienne dédinai-

* Ce f est resté dans ahriler.

(a) [lA, du moins, le t est étymologique (Montem). I>ans les cas précédemment cités, normatUy allemant, le t n'est pas étymologique, nais il a été ajouté par analogie au très-grand nombre de mots dont la temùnaison répond au latin anê -aiilis. 11 n'est pas vrai que le t ait jamais êie la marque du régime comme i'« était celle du sujet.]

LANGUE DU lYI* SIÈCLE. 4f3

son romane, c'est l'absence du de, marque ordinaire du génitif.

Voilà comment les ehatnes 5. Pierre sont converties, madame, en celles Satan.

C<nUe$ de la reine de ffavarre.

Toute semblable aux filles Jupiter.

Habot» cité par Raynouard.

On trouve dans Rabelais toge bure (a) (t. Il, p. 28), robe de bure.

La déclinaison romane était venue de Timitation de la déclinaison latine. L'imitation de la déclinaison grecque a fait dire à Amyot : (b)

Lorsque tu estois amoureux de la belle Amaryllide.

Daph. et CAZ.. p. 22, verto.

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