PARIS
MARTINOIV
Rue du Goq-Saint-Honoré, 4.
LKDOYEN ET GIRËT
Quai des Auguslins, / .
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Mon Colonel,
C*est à vous que je dédie ces pages destinées à mettre en relief et à conserver à l'histoire de notre pays les faits d'armes, les traits de courage et de dévouement, les généreuses actions de cette intrépide garde républicaine dont vous êtes l'un des plus dignes chefs, et qui, elle aussi, a bien mérité de la patrie.
On a exalté avec raison la belle conduite de l'armée et de la garde nationale pendant ces lugubres journées de juin, plus fatales à la France que les plus sanglantes batailles de l'Empire. Moi-même un des premiers, j'ai réuni en faisceaux les brillants faits d'armes de cette jeune garde mobile qui entrait magnifiquement dans la carrière où vos soldats, leurs aînés en gloire, devaient leur servir de parrains.
On a trop oublié la garde républicaine ; on ne lui a pas rendu la justice qu'elle méritait ; on n'a pas assez reconnu les services immenses qu'elle a rendus au pays ; on n'a pas tenu compte des trouées que la balle de l'insurrection a faites dans ses rangs; on n'a pas inscrit au long martyrologe de la patrie en deuil le nom de ses héros et de ses victimes ; on n'a pas dit ce qu'elle a
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versé de sang et laissé de cadavres dans les débris fumants des barricades; on n'a pas dit ce qu il lui a fallu de courage et de dévouement, d'abnégation et de fidélité au drapeau, non pour mourir, mais pour combattre et pour vaincre des hommes égarés qui lui disaient : Frères.
Comme aux jours antiques des grands sacrifices, la garde républicaine s'est immolée elle-même sur l'autel de la patrie.
Vous le savez, vous, mon colonel, car vous étiez avec elle au pretnier rang, haut et debout dans votre vertu militaire, sous les feux croisés de l'insurrection, comme ces intrépides chevaliers bretons vos ancêtres qui vivaient et mouraient tout d'une pièce dans leurs armures d'acier, sans tache au blason et sans forfaiture au cœur.
Vous le savez, mon colonel, car le premier vous lui avez ouvert le chemin des barricades; vous le savez, mon colonel, car vous aussi vous auriez pu, recommençant l'histoire de votre glorieuse Bretagne, étancher votre soif avec votre sang.
A vous donc les pages de l'histoire de la garde républicame; elles vous appartiennent comme l'amour, la cojodQiaixce et l'attachement de vos braves soldats.
Pour les écrire, je me suis retiré du champ de bataille ; je me suis placé à un point de vue inaccessible à l'esprit de parti, qui égare presque toujours les intentions les plus droites çt les plus pures. Convaiucu que la mission de l'historien doit être un sacerdoce sans veille et sans lendemain, j'ai quitté la tunique du combat pour la robe de lin des lévites du dieu de la paix, et le rameau d'olivier à la main j'ai parcouru religieusement
les quatre étapes, le glorieux calvaire où ^os «oldats, comme autrefois le Christ, ont sué le sang avant d'arriver au Golgotha de leur Passion, au sommet de la derûière barricade.
Arrivé là, colonel, je me suis abrité sous le drapeau de la France ; j'ai refoulé dans mon cœur mes affections intimes et mes sympathies les moins secrètes ; j'ai repoussé loin de ma poitrine et de ma plume la cocarde des partis, et sous le regard de Dieu j'ai recueilli, pour les coordonner et vous les offrir ensuite, les feuillets épars du drame de juin.
Aujourd'hui, colonel, les flots de l'océan populaire soulevés par le vent de l'insurrection se sont écartés de nos rivages ; la brise de la paix et de la réconciliation souflle à travers la France. L'arche sainte de la patrie a quitté son voile de deuil ; elle a repris son cours paisible vers l'avenir que Dieu lui réserve. La société, sauvée du naufrage, s'avance rapidement vers le but suprême où doivent tendre les efforts de tous les hommes de bien ; elle y arrivera, soyez-en sûr, malgré tous les obstacles, à travers tous les écueils. Elle y arrivera bientôt ; car en temps de révolution les peuples sont comme les morts de la ballade allemande.... ils marchent vite.
Mon colonel, le penseur qui va méditer sur les ruines des vieilles républiques, le soldat qui passe devant elles, les armes à la main, se découvrent devant les poétiques élégies de la loi commune, et admirent en silence ces reliques, splendides souvenirs de la gloire ancienne.
Le penseur et le soldat qui viendront après nous, dans
Parii. ~ Imprimerie de Pillet fils AiNi, ruedei (iranJi-Augusiins, 7.
Prévost, lainboiir ('2'' bataillon]