‹ Histoire de la GascogneChapitre 1 sur 11 · Histoire de la Gascogne · texte numérisé non relu

Histoire de la Gascogne

Mort d'Henri IV. — Louis XIll lut succède. — Élats-généraux de Paris. — Double alliance avec l'Espagne. — Elisabeth de France ùpouse le prince des Astnries, et Anne d'Autriche épouse Louis XIU. — Particularités de cette double union. — Etat dt' la Religion dans le Béarn. — Prédications du P. Colomb. — Les Protestants Teignent de s'alarmer des mariages Espagnols, et reprennent les armes.— Les ducs de Rohan et de Laforce se saisissent de Lectourc et d'Aire. — Pacification.— Les Catholiques relèvent les murs de Betharam. — Léonard de Trappes vmlo la chapelle. — Le roi Louis XIII rétablit le catholicisme dans le Béarn; — il !ie rrnd lui-raèmo à Pau.— Après son départ, le pays menace de se soulever;— d'Epernon est chargé de le pacifier.— La Basso-Guiennc se révolte; — Louis XUI accourt. — Divers sièges. — Fin des guerres religieuses. — Guerre de la Fronde.— Le grand Condé assiège Miradoux; — il est forcé d'en lever le siège; — il reprend le chemin de Paris. — Désordres commis par l'armée Royale commandée par le comte d'IIarcourt. — Siège de Tarlaa et de Roquefort. — Fin de la guerre de la Fronde.— Mariage de Louis XIV avec la princesse Marie-Thérèse d'Espagne. — Ce mariage se célèbre à St-Jean-de-Luz.-- Louis XIV traverse la Gascogne. — Les duc» de Bourgogne et de Berry accompagnent leur jeune Trère Philippe V, jusqu'aux frontières d'Espagne. Leur passage à Nogaro, — k Auch, — à risle-Jourdatn.

Henri IV ne survécut pas trois ans à l*acle qui avait tant coûté à son cœur. Ni la paix qu'il avait rendue à son royaume, ni son excessive atlabilité, ni cette bonté à toute épreuve dont il ne s'écarta que le jour où il envoya à la mort une des gloires militaires de la France , son ancien compagnon d'armes, le brave et imprudent maréchal de Biron, rien ne put désarmer la rage de quelques esprits farouches ; on eût dit un tyran justement abhorré. Plusieurs tentatives de parricide se succédèrent inutilement; mais une dernière devait , hélas ! réussir, et le 14 mai 1610, la France perdit un de ses meilleurs et de ses plus grands rois. Au premier bruit de l'attentat, hommes (1), femmes et enfants , tout se précipita dans la rue avec des gémissements et des sanglots. « Il était pitié de voir tout le peuple en pleurs et en larmes avec un triste et morne silence, ne faisant que lever les

(I) Journal de l'Étoile.

484 IllSTiOlKE

yeux au ciel, joindre les mains, battre leurs ()oitrines et hausser les épaules, gémir et soupirer, cl si quelques cris échappaient, c'était avec des éfancemenls si douloureux, que rien ne saurait se représenter de plus alTreux et pitoyable. Ensemble, chacun ne faisait que dire : nous sommes tous perdus, si notre bon roi est mort. ».

Le prince laissait six enfants légitimes, trois fils et trois Glles, nés de Marie de Médicis, qu'il avait épousc^e, après avoir fait casser son mariage avec Marguerite. Louis, Tatné des fils, ne comptait que huit ans et quelques mois. Il succéda à son père; mais Marie de Médicts saisit les rênes de l'administration sous le litre de Régente. Il eût fallu une main ferme et habile. Les factions des grands, assoupies durant le dernier règne, s'étaient réveillées plus ardentes que jamais. D'un autre côté, les protestants feignaient de s'alarmer des tendances de la cour. La Régente, esprit faible, étroit, capricieux^ entêté, n'avait aucune des qualités que demandaient des conjonctures aussi difficiles. Elle apaisa les protestants en confirmant l'édit de Nantes, et elle essaya de désarmer les factions en assemblant les états-généraux. Ils se réunirent à Paris, le 27 octobre 1614.

La province ecclésiastique (1) d'Auch y fut représentée par son archevêque Léonard de Trappes, par l'évêque de Bazas, Jean de Jnubert de Barrault et par l'évêque de Comminges, Giles de Souvré, fils du maréchal de ce nom et successeur d'Urbain de Sl-Giiais , mort l'année précédente. On y vit aussi Antoine Decous, neveu etcoadjuteur de l'évêque de Condom. La noblesse y avait envoyé pour le Bazadois, Antoine Jaubert de Barrault; pour l'Agenais, François Nompart de Caumont-Lauzun et François de La Gaulte, baron de Buisson ; pour le Comminges, Jean-Denis de Lahillère; pour les sénéchaussées de Dax et St-Sever, Antoine de Grammont, gouverneur de Bayonne ; pour le duché d'Albret, Raymond de Montcassin , secrétaire de son Ordre, et Jehan de Castillon , baron de Mauvoisin ; pour les comtés d'Armagnac et de l'Isle- Jourdain , Jean de Lupé (2), seigneur de

(I) Gallia Ckri$tiana. Procès-Tcrbal des Étais do Paris et Manuscrit do M. Bonjamin de Moncade.

(2) Ce Jeixx de Lupé dont nous avons déjà parlé, fut capitaine de 50 hommes d'ormes, gentilhomme ordinaire de U chambre, gouTcrncur de Fexensaguot cl de la rilK* de HauTesin, capitaine de cheyaui-légers (t591), maréchal de l'armée du roi en Gttienne (1593), maréchal'do-camp (1596). C'était un des braves guerriers de cotte époque. Il reçut de Catherine de Médicis et des rois Henri lY et Louis XIII les marques les plus flatteuses d'estime et de confiance. Jean épousa, en premières uoc^s, Marguerite de Morlhôn, fille de François de Morlhon, fioigneur d'Asprières et do Vensao, dont il eut une nombreuse postérité.

Maraval el Géris de Lcaumoni, seigneur de Puygailtard; pour la ville et cité de Gondom et sénéchaussée de Gascogne, Jean du Bouzet, baron de Poudenas , gentilhomme ordinaire de la chambre du roi , cl Jean- Paul de Monlezun, seigneur de llalibeau. Le tiers-état avait choisi pour mandataires, à Bazas, Antoine de LaTergne; dansTÂgenais, Jean Viliemon , Julien de Combefort et Jean de Sabaron ; dans le comté de Comminges, Jean de Cambis, sieur de Lamothe; dans le pays de Rivière -Verdun, Louis Delong, conseiller du roi et juge général audit pays; dans la sénéchausssée d'Albret, Pierre du Roy et Jean Broca, consul de Nérac; dans l'Armagnac , Samuel Delong , juge-mage; dans la sénéchaussée des Lannes, Daniel Dubarry; et attendu l'indisposition de Dubarry, on lui avait donné pour coadjuteur Arnaud de Cocts. Enfin , la ville de Condom y avait député nobles hommes Guillaume Pouychclant, sieur de La Tourre, et Raymond de Goyon, bourgeois et jurât de la ville. Les trois Ordres consumèrent presque tout leur temps dans de mesquines et jalouses rivalités de préséance. Ils purent à peine sonder les plaies de l'État et ne travaillèrent à en guérir aucune. Toutes ces grandes assemblées de l'ancienne monarchie, si souvent réclamées à grands cris et réunies avec tant de fracas, n'obtinrent presquejamais d'autre résultat. Quand on les examine de près, on s'afflige de reconnaître qu'elles ont été k peu près toujours un leurre ou un embarras.

Henri avait longtemps combattu l'Espagne. La Hégcnle, suivant une politique opposée, noua une double alliance avec cette puissance. Elle maria ElisAbelh, sa fille, avec le prince des Asturies, et obtint la main d'Anne d'Autriche, fille du monarque espagnol, pour Louis XIII (1). Les deux mariages furent célébra par procureur le même jour (18 octobre 16iK), l'un à Burgos où le duc de Lerme épousa rinfante au nom du roi très-chrétien, el l'autre à Bordeaux où le duc de Guise épousa la princesse française au nom du prince des Asturies. Celle-ci partit trois jours après , traversa Basas, Captius, Roquefort, Mont-de-Marsan , Tartas et Dax, et arriva paisiblement à Rayonne. On lui avait fait craindre pour f^a sûreté dans ce voyage. La rumeur publique publiait que les ennemis songeaient à l'arrêter, et que le comte de Grammont et le baron de Castelnau-Chalosse étaient prêts à se joindre à eux ; mais les religionnaires ne parurent nullement en armes. Le comte de Grammont vint se joindre à l'escorte de la princesse à la lêtc de raille hommes de pied et de cent chevaux. Enfin, le

(I I Voir, pour umt ce qui suit, Dupleix, Vie de Louis XIII , page 74 et suit. Mém. diidiK do Rohan, p. f36. Fonlonaj-Marouil, p. 315. Mém. de Riclielieu, tome, f, p. 973 et fuÎT. Pontchartrain, p. 1*20. Baribeicmy Gramond, lib.2, pag. 103 et suit.

486 HISTOIRI:.

baron de Ca»teloau ne m cootenta pas de la recevoir a«ec louie ««.ui>* de respect dans la ville de Moni-de-Marsao, où U commandait : roaifi il Toulul Taccompainier atec quatre-vingts hommes d'armes ou mottreif comme on les appelait alors.

Elisabeth, près de quitter à jama's la France, laissa un dernier souTenir de sa piété. Durant son séjour à Bayoone , elle provoqua la fondation du couvent des Capucins. Elle (ilanta elle-même au milieu d*un immense concours, la croii sur l'emplacement qu'allait occuper le nouvel établissement '3 novembre). Le lendemain, elle partit pour St-Jean-de-Luz. Llnfanle de son côté, était arrivée à Fonlarabie. conduite par Philippe III, son père. L'échange se fit sur un bateau richement pavoisé, au même lieu où François l" avait été échange contre son fils. Les bords du la rivière étaient occupés par les troupes et les gentilshommes. Les coteaux voisins étaient couverts d'une immense multitude, accourue desdeui royaumes. La princesse française fut conduite dans le bateau par les ducs de Guise, d'Elbœuf et d'Uzës et le maréchal de Brissac, et par la duchesse de Nevers et les comtesses de Lauzun et de Guiche. Le duc d'Usséda, fils atnédu duc de Lherme, premier ministre d'Espagne, y conduisit l'Infante. Les deux princesses s'embrassèrent avec effusion , et quand elles touchèrent les deux rives opposées, une décharge générale d'artillerie et les sons bruyants d'une double musique militaire annoncèrent à deux peuples alors amis, mais trop longtemps rivaux, qu'un nouveau gage de paix venait de cimenter leur union.

La ville de Bayonnc avait fait de brillants préparatifs pour recevoir sa future reine; mais l'infante, s'étant trop arrêtée à St-Jean-de- Luz, ne put jouir du spectacle qui lui était destiné. Albert de Luynes, favori de Louis XIII, l'attendait pour la complimenter au nom de son royal fiancé. Il l'accompagna à Bordeaux, où l'on se rendit en toute diligence. Les Huguenots s'étaient vantés de lui barrer le possage, comme ils devaient barrer le passage à la princesse Elisabeth. Favas, un de leurs chefs les plus entreprenants, sortit en clTct dcCasteljaloux dont il était gouverneur pour se placer sur sa route; mais le duc de Guise, ayant fait avancer sa cavalerie, Favas n'osa pas l'attendre. Le roi vint au-devant du cortège, et le 25 novembre les cérémonies du mariage furent renouvelées dans l'église métropolitaine. La messe commença tard et ne finit qu'à six heures. Les deux jeunes époux y parurent avec tous les attributs de la royauté. Louis venait d'entrer dans sa quinzième année. L'Infante, quoique jeune et belle, ne lui plut pas longtemps. Le prince n'avait aucune des qualités do l'adolescence; sombre, soupçonneux , méfiant, plein d'aversion , non jculenionl pour les aiïaires, mais même pour les fêtes et les plaisirs.

DE tk GASCOGNE. 48/

i) s'ennuya bieniôi du joug maternel, et écarta la Régente pour aban donner le pouvoir à son jeune favori. La religion n'avait pu changer ce caractère indocile et rebelle; mais, du moins, elle avait déposé dans son cœur d'ineffaçables impressions. Le prince lui avait déjà voué un irespcctelun amour qui n3S3 démintirent jamais. Il souffrait de voir le Béarn livré encore à Thérésie.

Henri s'était occupé d'y rétablir l'exercice du culte catholique; mais il avait cru devoir user de prudence et de ménagements dans une œuvre aussi difficile. Il ordonna (1) d'abord ce rétablissement dans une vingtaine de villages et de bourgs , où la plupart des habi> tanU éuient demeurés fidèles à la foi. Il retendit ensuite aux villes d'Oleron, d'Orthez» de Morlas, de Nay et de Lescar. Ces ordonnances alarmèrent les protestants, qui firent entendre des menaces; mais que peuvent les menaces contre les ministres de TÈvangile. Deux Franciscains, échappés comme par miracle au glaive de la persécution cl appesantis sous le poids de l'âge et des travaux, évangélisaient seuls une contrée d*où rien n'avait pu les arracher. Un renfort leur arriva de Rome. A leur léte parut Zacharie Colom, fils de Pierre Colom, ancien secrétaire de la reine Jeanne et frère d'Henri Colom , syndic des Étals de Béarn. Engagé longtemps dans l'erreur comme tous les membres de sa famille, Zacharie était rentré dans le sein de Téglise, et malgré tous les obstacles qu'on opposa à sa résolution, il avait pris l'habit religieux dans la congrégation des Barnabites. Rome lui associa le Père Olgiatii , milanais , son confrère. Les deux religieux ouvrirent leur mission dans le village de Lucq; Tévêque d'Oleron ^ le courageux Maylhie, présida à cette ouverture et célébra la messe dans une vaste prairie au milieu d'un immense concours. De Lucq, où les conversions furent nombreuses, les zélés missionnaires gagnèrent Moneins où la moisson ne fut pas moins abondante. BientAt ils^ se répandirent dans tout le Béarn et firent partout des conquètflt>' L'hérésie frémit de ces succès. Peu contente de prodiguer aux missionnaires les outrages et les violences, elle s'attaqua aux deuxévéques du Béarn. Celui de Lescar fut insulté 4ans les rues de sa ville épiscopale et dut se retirer à Pau où toutefois les prédications étaient sévèrement interdites. Celui d'Oleron courut des dangers plus graves. Il devait faire un voyage a Paris pour les intérêts de la religion. Des forcenés, instruits de son dessein , l'attendirent sur sa route entre Mauléon et Sauveterre, et quand il fut à leur portée, ils fondirent sur luil'épée à la main; mais le ciel veillait sur ses jours; des secours venus à propos 1*> dérobèrent à la mort. La lutte se poursuivit jusqu'à la fin

( I; Poydarnnl, t. 11. Troubles du Béarn, p. 148, et surtout Barthélomy (iramond, liv. 6, p. 3U9 el suit. 4^

488 histoihe

du règn« d'Henri IV. Les consistoires et les synodes multipliaient les obstacles. Plaintes, clameurs mensongères, tout fut employé pour arrêter le triomphe des catholiques. Néanmoins, on n*osait point encore en appeler à la force ouverte. Les mariages espagnols fournircnl aux protestants le prétexte qu'ils cherchaient. Ils levèrent (l)des troupes pour s'opposer aux desseins prétendus de la royauté. Laforce, gouverneur du Béarn, entra dans le complot avec Fa vas, Boèse-Pardaillan et quelques autres seigneurs Gascons. La Régente essaya de les regagner durant son séjour à Bordeaux ; mais n'ayant pu y parvenir, elle priva Laforcc de son gouvernement. Celui-ci, piqué de cette pu • nition qu'il regarda comme un outrage , retourna aussitôt dans le Béarn, décidé à s'y maintenir de son propre chef et à y continuer la guerre contre l'autorité royale.

Pendant que le duc de Guise conduisait la princesse Elisabeth sur les frontières d'Espagne et en ramenait l'Infante, le duc de Rohan, chef des religionnaires, se saisit de Lectoure où Fontrailles Tinlroduisit, et ayant aussitôt assiégé le château, il le força à se rendre avant qu'il pût être secouru. D'Angalin y commandait. Le duc de Rohan Téloigna et mit À sa place Fontrailles, dont la trahison lui avait été si utile. Rohan alla ensuite attaquer Mauvezin et le Mas de Verdun ; mais il échoua dans cette double attaque. 11 poussa alors jusqu'à Montauban, qu'il parvint, quoiqu'avec peine, à attirer à sa secte. Laforce, qui l'avait suivi jusqu'à Lectoure, se jeta sur l'Armagnac; mais on avait eu le temps de se préparer à le recevoir. Nobles, roturiers, ecclésiastiques même, tous s'étaient prêtés à organiser une vigoureuse résistance. On attendit l'ennemi de pied ferme. Celui-ci essaya trois fois de s'ouvrir un passage, et trois fois il fut repoussé avec grande perle. Il n'osa pas revenir à la charge, renonça à traverser l'Armagnac, et prit par

• U Chalosse. Ce mauvais succès obligea le duc de Rohan h retourner

* Air ses pas et à gagner ensuite Tonneins; mais bientôt une trêve générale essaya de suspendre lés combats. Malheureusement cette trêve fut mal observée, et les hostilités se poursuivirent dans la Guicnne, en Béarn, en Chalosse et dans le Ltbour. La Force s'empara de Sordes et de Hastingues , pilla le comté de Gaure, et rentra dans le Béarn chargé de butin. Il en repartit presqu'aussitôt et alla assiéger Aire, dont il s'empara; mais il n'eut pas le temps de s'en assurer la possession. Au premier bruit de cette perle, Grammont et Poyannc accoururent, à la tête de tout ce qu'ils purent rassembler de troupes, et reprirent la ville, malgré la défense qu'opposa Laforce, qui fut con-

(1) Voir encore Dupleis, Richelieu, Rohan, Fontenay-Mafeuil, Pontcharlrain ri Gcamond.

Iruiot de s éloigner en laissant sur la place ses mcilluars soldats. Maîtres du pays, les deux chefs catholiques allèrent, à leur tour, surprendre Tartas, livrée par la couronne aux protestants comme une de leurs villes de sûreté. Il est vrai qu'ils jouirei^ à peine de ce dernier triomphe{ car la place fut rendue aux sectaires par un des articles du traité de Loudun (1) qui, plus eflicace que la irève, arracha enfin les armes è tous les partis.

Les catholiques du Béarn profitèrent de ce repos pour relever les murs de Betbaram (2). Le zèle hAta les ouvrages, qui furent terminés en très peu de temps. On voulait donner de l'éclat à l'inauguration du nouvel édifice : on invita Godefroi, supérieur de Garaison, à y venir présider. Godefroi amena avec lu! les prêtres et la musique de sa chapelle. A son passage à Tarhcs , on essaya de l'effrayer des périls qui Tatlendaicnt : Mon Ame esta Dieu, et ma vie à mes concitoyens, répondit le pieux et intrépide supérieur, et il continua sa route jusqu'à Nay, où les deux jurats catholiques le reçurent avec cette joie qu'inspire, aux jou/sde persécution, la communauté des sentiments religieux . Le lendemain, un des prêtres célébra la messe dans une pauvre cabane qui servait aux exercices du culte catholique depuis que l'église paroissiale avait été envahie par les^ protestants, et après une courte exhortation, qui attendrit bien des coeurs, on partit processionnellement pour Betbaram. La procession comptait dans ses rangs environ deux mille Ames, et elle se grossit encore par la rencontre des processions de Nay, de Bénéjac et de Montant, qui vinrent ^a joindre, protégées par le seigneur et la dame de Miossens, à la tête de presque toute la noblesse du pays. On traversa ensemble le Gave pour atteindre Betbaram, assis sur la rive opposée ; mais déjà les environs de la chapelle, les flancs de la colline et le plateau» qui la couronne, étaient couverts d'une multitude immense accourue de tous les lieux voisins. L'émotion et la piété pénétraient tous les cœurs , la joie rayonnait sur tous les fronts. C'est (larmi les transports et les chants d'allégresse^ répétés au loin par les

(I) A rassemblée protestante de Loadntf, parurent, comme députés de la Basse - Gutenne; poor la noblesse, le fliarqais de Castelnan, et Fatas; pour l'église, Hcsperien, ministre de Ste-Foi; pour le tiers-état, de La Toor-Genest et Pouyferré. — Comme dépsiés de la Haute-Aquitaine et de la Hante-Narbonaise; poor la noblesse, le comte d'Ortal et le baron de Senégas; pour l'église, Josion, ministre d'Alb j; poor le tiers-état, Ticier, procureur do roi de Lecloure, et Gucrin joge. — Comme députés du Béarn ; pour la noblesse , Lescun , oonseillrr au parlement do Pau , et Bensin ; pour réglise, Capderille, ministre de Novarrens, cl Rostellan; pour le tiers-étal, Dargelot, aTOcat. Gramond, pag. 312.

'i) Poydatant. Man. d'Aignan. (Voir note 18).

490 iiisToniE

échos des montagnes, qu'après quarante-six ans de proscription Godcfroi bénit la chapelle et célébra les saints Mystères auxquels succéda un sermon, prêché sur la place publique de Lestelle, en présence de plus de cinq mille auditeurs.

Le saint arche véqued*Auch, Léonard deXraiipes, voulut visiter luimême un pèlerinage jadis si célèbre. Il partit de Garaison le 16 juillet 1516, avec toutes les marques de sa dignité. Arrivé à St-Pé, frontière du Bigorre et du Béarn, il organisa une procession qu'il voulut conduire en personne. Il entra ainsi à Betharam, aux sons d'une excellente musique et précédé des moines de St-Pé et d'un clergé nombreux , qui lui avait servi de cortège dans sa route. Le bruit de sa venue avait attiré les populations entières, et le concours fut si grand, qu'on le porte à six mille âmes. Le prélat célébra la messe poniiGcalement, tandis que par ses ordres des prêtres, dispersés dans la foule, expliquaient les dogmes catholiques. Avant de s'éloigner, il voulut consacrer sa visite par un souvenir durable. Il planta au sojnmet de la montagne la croii autour de laquelle s'échelonnèrent dans la suite les diverses stations du Calvaire. Il quitta enfin Betharam et alla coucher à Nay. Le lendemain, il assista avec toute sa suite aux funérailles d'une pauvre femme catholique, fit une procession solennelle dans la ville, administra publiquement le sacrement de Confirmation, et reçut au sein de l'église huit protestants : c'était la première fois que le catholicisme promenait hautement ses étendards dans la contrée. On a droit de s'étonner que ceux, qui persécutaient avec tant d'obstination les prêtres du pays, ne missent pas opposition à cet éclat religieux. Néanmoins, aucun obstacle ne vint troubler lé pèlerinage, et le prélat rentra tranquillement dans son diocèse en faisant porter toujours devant lui sa croix archiépiscopale. Les pratiques de la piété et les intérêts même de la religion ne lui faisaient pas perdre de vue les nécessités du royaume. Il parut, l'année suivante, à l'assemblée des notables tenue h Rouen, comme il s'était montré aux étals-généraux, et c'est vers cette époque qu'il fut fait conseiller d'État.

Le Béarn s'agitait alors viveoKnt. Le bruit s'était répandu que la cour songeait à le réunir à la couronne de France. Sur cette vague clameur (1) , les états s'assemblèrent extraordinairement et déclarèrent que cette réunion serait repoussée comme contraire aux fors qui avaient jusque-là régi le pays. Moneins, de Serres, Bassilon, Brassalay, Baure, les députés de Morlas, d'Orthez, d'Oleron, de Sauveterre. de Pau et de Navarreins se montrèrent à la tête des op[)Osant8. Cette précipitation nuisit à la cause qu'ib voulaient défendre. Le roi, déjà

ri) PoydaTant, tom. 3, pag. 116. Troubles du Béarn, p. f 7.

DE LA GASCOGKC. 49 ^

indisposé, s'irrila de ces ombrages ei s'affermit dans son dessein. Il rétablit d'abord par un arrêt l'exercice de la religion catholique dans le Béarn et la Basse-Navarre , et donna maîn-kvée pleine et entière pour tous les biens que le clergé y possédait et dont 11 avait été dépouillé sous la rein^ Jeanne. Il est vrai qu'en même temps il indemnisa, aux dépens du trésor public, les ministres des pertes que leur causait cette restitution. C'était, ce semble, concilier tous les intérêts. Néanmoins, les protestants se réunirent et députèrent à la cour Lescun, seigneur de Piets, zélé pour son parti jusqu'au fanatisme. Le roi ne répondit à la harangue de Lescun qu'en confirmant son arrêt. Le conseiller d'Etat Renard fut chargé d'aller le mettre h exécution ; mais les états de Béarn refusèrent de le vérifier, et Renard lui-même, indignement outragé sous les yeux des magistrats, dut se retirer à Dax . La présence du roi pouvait seule briser toute opposition et ramener la paix.

On apprit toul-à-coup que le prince était à Bordeaux, prêt à paraître on Béarn. On se hâta d'envoyer à êa rencontre deux conseillers, Dufauret Marca, pour promettre la. vérification refusée jusque-là. Louis ne s'arrêta point h leurs promesses, et, laissant derrière lui un corps de troupes qui suivait à petites journées, il partit accompagné seulement de cent hommes de sa garde, et arriva le 13 octobre à Grenade, sur l'Âdour. L'édit avait été vérifié le 8. Laforce et l'avocat général Dupont en portèrent la nouvelle et essayèrent encore d'arrêter la marchcdu prince. Sa résolution fut inébranlable. Dansdeuijour8(l) je serai à Pau , dit- il aux deux magistrats-, vous avez besoin que je m'y rende pour soutenir votre faiblesse : et le soir même, il alla coucher a Arzac. Là, les députés de Pau vinrent prendre ses ordres sur le cérémonial de son entrée. S'il y a une église à Pau, déclara le digne petit-fils de St- Louis, j'y entrerai en souverain ; s'il n'y en a pas, je ne veux point d'honneurs. Il me siérait mal d'en recevoir dans un lieu où je n'ai jamais été, avant d'avoir rendu grâces à Dieu, de qui je tiens cet héritage (2). Les troupes conduites par Bassompierre arrivaient alors à St-Justin, à Labastide, et à Barbotan. Elles eurent ordre de se disséminer dans les environs (3), tandis que Louis s'avançait avec sa faible escorte commandée par Schombert et Créquy.

Il entra ainsi à Pau, le 15 octobre, sans aucune cérémonie. Il n'y trouva ni l'empressement, ni la joie qu'inspirait alors la présence du

(1) Gramond, p.3*i5. Voir, pourc«ltc expédition du Béarn, Mirassun, PoydaTant, Dupleix, Fonlenay-Marpuil, Rirbdieu, t. 2, p. 105, Bassompierre, p. 207.

(2) Hémuires do Richelieu, p. 10^. Mira «son, p. 55. 3) Baasooipierrr, p. 210.

souverain. Il sul même qu'on avait caché ou écarté les vivres pour Tobliger à s*en retourner plutôt. Toutefois, il reçut avec bonté la dépulation des divers corps, et répondit avec grâce aux protestations d*une fidélité et d'une obéissance, qui lui étaient justement suspectes. I>eux jours après, Il prit le chemin de Navarreins. Cette ville, petite, mais forte, pouvait servir de boulevard à la révolte. Il était de Tintérèt du roi de s'en assurer. Bernard de Salles, qui y commandait, consentit à la remettre pour un brevet de maréchal-decamp et une somme de soixante mille livres -. on le remplaça par Poyanne , le digne fils du brave gouverneur de Dax, dont la Gdélité avait toujours été aussi inébranlable que le courage. Jamais triomphe n'avait été ni plus complet, ni moins chèrement acheté. Louis témoigna au ciel sa reconnaissance en faisant célébrer solennellement à Navarreins même une messe où il assista avec toute sa suite : c'était le 18 octobre. A pareil jour, cinquante ans auparavant, Montgommerry avait proscrit le culte catholique dans celte ville, et depuis on n'y en avait point vu le moindre vestige. Après cet acte de piété, le roi rentra à Pau pour consommer son ouvrage.

Se sentant maître d'Imposer la loi, il rendit un édit qui restituait au clergé son ancienne place dans les assemblées des états. Jusquelà il agissait dans les limites des anciens fors ; mais il alla plus loin et prononça la réunion, tant redoutée, du Béarnet de la Navarre k In couronne de France : c'était anéantir toutes les franchises, qui faisaient depuis tant de siècles l'honneur et la gloire du pays. La force étajt là ; il fallut obéir. L'édit fut vérifié sous les yeux du monarque par les deux cours de Béam et de Navarre, réunies à cet effet ; on prit même sujet de cette réunion pour les transformer en un parlement dont le siège fut établi à Pau. Ainsi, le Béam perdit à la fois et ses lois et ses juges. Un dernier pas restait à faire. 11 y avait dans la ville une vieille église que les hérétiques avaient usurpée sur les catholiques : elle fut rendue à sa destination première, et quand elle eut été purifiée, on y célébra la messe en présence du roi, qui voulut y paraître avec tout Téclat du diadème. Le Saint-Sacrifice terminé (1), on alla chercher en procession le Saint-Sacrement dans une pauvre chapelle, qui était le seul édifice religieux qu'eussent encore pu reconquérir les catholiques. Quatre seigneurs, les plus distingués de la cour, portaient le poêle. Le prince suivit à pied avec le reste de sa suite. Ce spectacle toucha les cœurs, malgré le peu de sympathie qu'avaient fait naître les mesures précédentes, et le prince entendit pour la première fois retentir à ses oreilles de nombreuses acclamations que la solennité de la cérémonie et plus tard la présence du lieu saint ne purent contenir.

[I) Gramood, p. 337.

DE LA GASCOGKE. 493

Le roi, avant de s'éloigner, mil de bonnes garnisons à Navarreius, à Pau, à Orlhez, à Sauveterre, à Oleron, et après s'être assuré du pays, il rentra à Bordeaux , d'où il se dirigea vert Paris. Quelques jours avaient sufG pour accomplir une œuvre qui semblait devoir coûter plusieurs années. Mais si le pays était soumis, tous les cœurs n'étaient pas gagnés, et bientôt les deux frères Bensin , neveux de Salles (1), levèrent hautement l'étendard de la révolte. Après une tentative inutile sur Navarreios, ils s'emparèrent de Montgiscart, petit fort assis sur une roche escarpée et défendu par deux fortes tours. Poyanne courut aussitôt les investir, et les ayant obligés à capituler, il rasa les deux tours. Laforce , à qui le roi avait laissé le gouvernement du Béarn , quoique tout dût lui rendre sa fidélité suspecte, s'oiïensa de ce que cette entreprise avait été exécutée en dehors de son autorité. 11 leva des troupes, occupa quelques points fortifiés et disposa les esprits à un soulèvement. Le roi, instruit de ce qui se préparait, lui députa La Sabaudie, pour lui ordonner de désarmer sur-le-champ. La- Force se retrancha derrière quelques vains prétextes, et refusa d'obéir. Ce refus avait été prévu, et La Sabaudie portait un message spécial adressé au duc d'Eperoon. D'autres messages enjoignaient à d'Albret- Bfîosseos, k Vignoles, à Grammont et à Pardeillan-Gondrin , de se joindre à d'Epernon.

Celui-ci ne perdit (2) point un instant. II réunit, a ses frais^ quatremille hommes de pied el huit cents chevaux, et tomba brusquement sur le Béarn. Laforce tenta vainement de l'arrêter, et n'ayant pu y réussir, il licencia ses troupes, gagna à pied le pays des Landes, et s'enfuit presque seul vers Nérac et Casteljaloux sans avoir essayé la plus légère résistance; tandis que ses principaux complices allaient cacher sur la cime escarpée des montagnes ou dans les anfractuosités des rochers leur honte et leur effroi. D'Epernon entrait alors à Orthez, qui lui oavrit volontairement ses portes. Nay, Oleron, Sauveterre, Salies, Pau lui-même, imitèrent cet exemple. La marche des vainqueurs ressemblait plutôt k une promenade militaire qu'à une expédition. Partout le duc d'Epernon n'eut qu'à se montrer : aussi usa-t-il ds clémence. II se contenta de punir quelques séditieux, de raser le fort de MoDtaner et de rétablir le culte divin là où il oe Tétait point encore. Laforce, cette fols, porta la peine de sa félonie. Le gouvernement du Béarn lui fut enlevé et donné au maréchal de Thémines, qui se déchargea du commandement sur Pardaillan-Gondrln.

Les protestants , forcés de se soumettre en Béarn, transportèrent ailleurs leur champ de bataille. La Réforme semblait s'être donné pour

(I) Grunond, p. 343.

(i) GlruDond, p. 345. PoydaTint. Mirasson, pag. 94.

\9ï IIISTOICE

mîssioD «le ramener U France aux lutte» de la féodalité C'éuit son» d'autres tonnes le métoe esprit de turbulence et le mtoe combat contre l'unité nationale. L Assemblée de La Rochelle Tenait de partager le royaume en une Taste confédération républicaine, à la tête de laquelle apparaissaient presque tous les seigneurs mécontents. Toutefois, la monarchie ne fléchissait pas. l'ne force secrète la faisait marcher à ses destinées. Nul homme supérieur n'apparaissait dans ses conseils ; mais une secrète inspiration de bon sens poussait l'ensemble des afbires et préparait en quelque «orte l'aTénement du ^énie, qui voudrait réaliser ce Tague besoin de réparation '1 ' -

La Ba<se-Guienne ne fut pas la dernière à prendre les armes ;2. . Laforce s^y était retiré et y avait supplanté Roèce-Pardaillan. Celuici refusa d*obéir à un chef étranger, et quoi que put faire le duc de Roban, accouru pour étouffer ces divisions, il ne pot vaincre son refus. Roh4|n s'unit alors à Laforce. Tonneins . Clairac , Casteljaloux , Nérac surtout se déclarèrent pour eux. Le duc de llayenne, fils de TaDcien chef de la Ligue, commandait dans la Guienne au nom du roi. Aussi actif que brave, il sent qu'il faut arrêter la révolte avant qu'el^jit achevé de se développer. Il convie aussitôt tous les seigneurs de la Gascogne, et en particulier les deux maréchaux d'Aubeterre et de Roquelaure, dont le premier habitait Condom, et dont le second se trouvait dans son château , et, sans attendre leur arrivée , il accourt avec sa maison et dix ou douze gentilshommes sous les murs de Nérac, d*où Laforce et Rohan étaient partis, et où ils avaient laissé poar capitaine le vicomte de Castets, fils de Favas. Vignoles, lieutenant de d'Epemon, était à la tête de quelques troupes, dans le voisinage. Il se dirige vers Nérac, prend sur sa roule Lavardac et les tours de Barbaste, que Xaintrailles et Flamarens aidèrent à faire rentrer dans le devoir, etarrive le premier près de Mayenne. Celui-ci se décide aussitôt à investir la place et a ouvrir le siège. Nul danger ne Tarrélait. Un jour que seul et en pourpoint il visitait les lieux, il aperçut trois cavaliers ennemis. Entraîné par son ardeur, il courut à eux le pistolet à la main. A son approche, deux des cavaliers tournèrent bride; le troisième l'attendit. D'ElboAif lâcha son coup; mais l'arme n'était ni rhargée, ni bandée, ni morchée. Le capitaine Castaing, ainsi se nommait son adversaire, guerrier assuré et hardi, ajusta à son tour son

fi) LênTeoUe., t. 6. p. 3lë.

^i) Voir , pour cett« dî^rnièrp latte du protcttanlitme dans U Gascogne ci la Ouimnc, Gramond, litr. 8, p. 400 et sûiv. Dapleiz, p. 173 et suit. Richelieu, Ht. Il, t. i, p. 143 et tuiv. Rocan, p. 186 et suiT. Fontenay-Marouil, p. 513 et su'w. Ba^- «'^npif'rre, p. 275 et «uiv.

DE UA CASCOCNE. 495

~Srilê-pourpoinl : puis, sani tirer, il lui ilil . Brart prtux, jt a» viiu pal du vilrc, et il piiM ouUr en le priant <lc te tetinr. Lc goUTCrncur n'oublia pu ce triitd«gïi»ènMilé, «Ktmoigiiailqiuis en toute occftiinn ■« rccanntisMncc i CatlaJng.

Cependant, on apprend devant Sine qu'Ajmé, Gis de Larar», l'edMifideCaumont, dont lechlleauie défend encore. Maiennecon- Eie le liège de Néracau comie deLabauiuc, »>n neveu, et tolanlàCau- ■nonl, il cbasse Ajmf. débloque le chAleau,elraniiDe i Nfrac» troupe vieioriciue, grotiie d'un renfort que lui avait arocaé Bamuli, sénéchal du Baïadoif. Le« tnar^haui de Roqaelaureel d'Aubeterre fiaient arritti durant «in abience. LeiiègerutalorspouMf avec tigueur. La • Hlecnignil d'élreein|iorlAe d'emblée ou d'élre forcée iiie rendre à difcn-lion. Elle aceepla une capitulation honorable et ouTril tel porii'i(0 juillet 1D2I]. Le roi arrivait en pcnonnc pour prendre le camniandementdr l'cipédlifon. Il entra, le 13juîllet,dani Bergerac, que Laforec n'oM pas détendre. Boi^e- Pardi îtlan lliia «Htnijuion. cl remilMonheurtet Ste-Foi, Muoségor, Tanuein), Tournon, MonflaQ' ||<lin,PuJ^]irol. u reiutirenl voloniairemcnl, oo furent livrés, A prit d'argent, par leurs gouverneurs. Clairaeseul osa résister à sonrui. Il fullui l'aiïii^gcrdans Ici régies. Troinniltebomtnesdegnerrec'jtéiaient rcnfi-rniés. Ils furent laillamœent soutenus par 1» habitants. Touim ilefendirent avec l'ardeur qu'inspire le fanatisme; mais si la résistance fut ardente et opioidire, l'attaque fut hibileraeni conduite. Ln dcui partis en veMicPl aui armes presque tous les jours. Dans une mêlée trèa-vive. Thermes, frère du duc de Bellegarde, autant aperçu Lesdi- RUières, qui, ne pouvant comballre, s'était fait apporter dans sa litière pour encourager par» préseiKelea combattants, lui cria: « Eh bien, mon père, que dites-vous de ceci 7 Mon nii, lui répondit Lesdigurcrea, e'tit m» chaUuT françaita. Ah, répondit Thermea, vous vousreprocberea seul de ne l'avoir pas sentie. Vous n'irct pas aui coups, mal* moi j'irai eiposer ma vie. >> Et te brave gtseon ne le Glqne trop; car, après avoir repoussé les ennemis ei les avoir forcés dans leurs retranchements , il rcful une blessure niurlelle. Le roi arrivait au canp coumeon l'en portail. Il s'arrêta près du brancard et témoigna haulemeni sa douleur. L'armée entière donna arec lui des larme* à cette mort et chercha à la venger. On pressa davantage les assiégés, et ils durent enfin implorer la démence rojalc, Louis se laisu iléehlr. Il se contenta de condamner a mort sit des plus mutins ; encore, après indes quatre premiers, (it-il grîce aiii deui qui resiaienL

!a siège lui coAta sept à huit adlricrt de marque , outre un asseï

raDd nombre de soldats, j Tandis que le pnnce acitet ait Je riïduireClairgr, Uavenne.âla léte le petite armée, s'était avancé vers le Biis LnngUfloc pourcssniir

de lui frayer la roule jusqua Montauban. Il n'eut qu'à paraître: Layrac, le Mas de Verdun, Mauvezin (1), Tlsle-Jourdain» a'empreiscrent de lui ouvrir leurs portes. La haute renommée d*habîleté tièt courage dont Mayenne jouisait, à juste titre, et le respect qo*iii|irimait la personne sacrée du roi, qu*on savait dans le Toisinage, ne permettaient à aucune ville d'hésiter. Le vainqueur les faisait démanlder et passait outre. Il allait trouver plus de résistance à MontaulMa. la roi parut sous ses remparts le 27 août. Mayenne, Lesdiguières, Bvsoropierrc, Schombert, les ducs de Guise et d*Angoulème , les nvéchauK de St-Gérant et de Thermes, Chevreuse, Praslin» Vi1lan,|mque tous les grands noms et les vaillants capitaines de la monncUe combattaient sous ses bannières ; néanmoins, rien ne put obfigerh ville h se rendre. Le fanatisme remporta sur le courage, et apRi|hi de trois mois de tranchée ouverte , le roi leva le camp et se icttai Toulouse.

Durant ce siège, Miranbeau et Théobon, l'un fils et Tautre gaie de Boèce, avaient fait révolter Ste-Foi etMonheurt. A celte DoaA Boèce accourut de Montauban et reprit Monheurt ; mais, ooatfi allait s'assurer aussi de Ste-Foi, il fut surpris dans son logis pirftvignac d'Eyncssc, à la tôtc de quarante mousquetaires translbnéiB assassins, et égorgé à côté d'un prêtre catholique, qui mêla avec le sien. Les meurtriers coururent s'abriter près du Gh etda|i-j ,dre de leur victime , tandis que Monheurt relevait le drapesattl révolte. Boècc-Pardaillan était un des plus hardis et des idosaii^ cavaliers de France. Il s'était, dit-on, battu vingt-deux foîsaàA avait toujours été victorieux, et n'avait jamais voulu donner b^ son adversaire. L'homme prodigue de sang périt d*une mort Mfi^ Du reste, si son fds et son gendre trempèrent dans ce meiiilR;^' jouirent pas longtemps du fruit de leur parricide. Théobool^ duit de Ste Foi, et Monheurt, investi presqu'aussitôt par leii^ de Roquelaurc et assiégé ensuite par le roi lui -mémo, ftitpii** cage et prcsqu'entièremcnt détruit, le 12 décembre 1621 . L'MwftV Louis XIU h borner le sa campagne. Il rentra à BordeanUi^ le chemin de Paris, après avoir donné le gouvernement delti à Pardaillan-Gondrin. Le maréchal de Thermes , qui en aidi^ investi, eut la licutenancc générale de la Haute-Guienne à hp du maréchal de Rcquclaurc. Le roi dédommagea RoqudaoKfl^

'1) Mayenne entra à Mauvexin, If *27 jiiîllot 1G2I, et y fit cnlerer IcmWi'l' munition^. D'Epernon acheva plus tard ce qu'avait commencé IfaTCBae. Ov'" Ac ranc.ien fuvnri d'Henri III. datée du IG Tévrier 1629, ordonne de eoM^^^^ iiioliiion du château et de combler les fossés. Enfin, dans nn procèt-taW^^ janvier 1053, il est relaté que •< cette ville ayant rendu une obéisMMf *^a Majesté, la démolit ion des murailles et bastions s'en sernil faiTie. ••

accordanl la capitainerie du château de Lecloure, aYCC cinquante mille écus. Blainville,capilaincdc Lecloure, reçut en échange le commandement de Pontorson. Elbœuf eut le gouvernement delà BasseTGuienne. Le maréchal de Roquelaure alla prendre possession du château qui lui était conGé, et il y mourut subitement le 9 juin 1623. Il était le troisième et dernier fils do Géraud, seigneur de Roquelaure, de Gaudous , de Monbert et du Longard , ei de Catherine de Bcsolcs. Les combats ayant moissonné ses deux frères aînés , il abandonna l'état ecclésiastique auquel il avait été destiné dès sa jeunesse, et embrassa la profession des armes. La reine Jeanne l'honora de son estime , et l'engagea dans le parti de son fils, qui le fit lieutenant de la compagnie de ses gardes. Ce prince, voyant fuir ses soldats à la journée de Fontaine-Française, ordonna à Roquelaure de courir après eux. Je m'en garderai bien, répondit le brave gascon : on croirait que je fuis comme eux. Je oe vous quitterai point, et je mourrai k vos cdtés. Henri, devenu roi de France, récompensa son dévoûment et ses services. Il le fit maître de sa garde-robe, chevalier de ses Ordres, sénéchal et gouverneur du Rouergue, lieutenant-général delà Haute- Auvergne et capitaine du chAteau de Fontainebleau. Louis XIII Thonora enfin du bâton de maréchal de France en 1615. Marié d'abord à Catherine d'Ornésan, fiUe du seigneur d'Auradé et de Noilhan , il en eut quatre filles et un seul fils, mort en 1610 sans alliance. Le malheureux père, ne voulant pas laisser éteindre son nom, contracta alors un second mariage avec Susannede Ba8sabat,qui lui donna douze enfants (1). De tous les seigneurs de la Gascogne qu'Henri IV entraîna avec lui et qu'il combla de faveurs, Roquelaure seul est resté populaire, et ce renom il le doit moins à son courage et h sa haute fortune qu'à ses saillies vraiment gascones. Il avait la repartie prompte et facile. On raconte encore ses bons mots sous le chaume du laboureur et dans l'établi de l'artisan. Les échecs que les protestants avaient essuyés dans la Basse-Guienne ne les rendirent pas plus sages. A peine le roi se fut-il éloigné, qu'ils reprirent les armes et se saisirent de la plupart des villes. Le duc d'El-

(<) GatUm-Jean-Baptutc, le troisième de ses enfants, parvint comme son père à la iligailé de maréchal de France. Il ne laissa qu'un Gis, Antoine-Gaston- Jean Baptiste, qii f^t rerètn de la même dignité que son père et que son aïeul. II s'intitulait duc de B4>quelaure, seigneur et marquis de Biran , de Puyguilhem et de Lavardens , comte d'Astarac, de Montfort , de Pontgibaud et de Gaure, baron de Capcndu, de Montesquioa , de St-Barthélemy , de Cancon , de Casseneuil , de CbampcbcTrier , du Rocher, de Monteil-Gélat , de Pradmer et de Busaudon , maréchal de Fronce , cberalier des Ordres du roi , gouverneur des ville et citadelle de Loctoure. En lui s'éteignit la branche aînée des Roquelaure.

bœuf ne se laissa point abattre par celte défection presque générale. II s'assura d'abord du château de Duras , prit le château de Laforcc , qu'il eût rasé sans les prières du comte de Lauzun et de Bordeilles, emporta d'assaut Montra vet, et attaqua enfm la ville de Tonncins, qui opposa une longue et vive résistance ; mais elle ne fut pas moins obligée de céder au nombre et au courage. Le siège coûta la vie au marquis d'Ambres, au vicomte de Montcla, son neveu, à Mouchan, frère putné de Besoles, lieutenant de la compagnie du maréchal de Roquelaure, à Casaux et à quelques autres seigneurs. Les vainqueurs, irrités de ces pertes, mirent le feu à la ville et n'y laissèrent qu'un monceau de ruines.

Ces heureux exploits n'eussent pas dompté la rébellion sans le retour de Louis XIIL Sa présence et la terreur de ses armes achevèrent ce qu'avait commencé le duc d'Elbeuf. Le comte do Curson soumit Aymet elMonheurt. Mucidan et Gensac se rendirent volontairement. Sic-Foi se défendit d'abord vaillamment; mais elle ouvrit ensuite ses portes, ramenée par le duc de Laforce , h qui le roi accorda non seu îement sa grâce, mais encore le bâton de maréchal de France. Monflanc^uin suivit cet exemple. Enfin^ Clairac fut rendu par Luzignan, qui reçut, à cette occasion, cinquante mille écus. La Guienne étant ainsi rentrée dans le devoir, le prince passa dans le Languedoc et y poursuivit ses triomphes; maîsleprotestantismc, abattu sur un point, se relevait sur d'autres. Il fallait le bras puissant de Richelieu pour le comprimer. Il est vrai que le célèbre cardinal ne tarda pas à prendre en mains l'administration de l'Etat. La Gascogne n'avait point attendu son élévation pour repousser les propositions des mécontents. Rien n'y troubla la paix depuis la campagne de 1622, jusqu'après la mort de Louis XIII.

Sous le règne suivant, elle embrassa avec presque toute la Guienne la querelle (1) du grand Condé et du prince de Conli, que leur ressentiment contre le cardinal Hfazarin, jeta dans la révolte. Le Béam et la ville de Rayonne restèrent cette fois fidèles à la royauté. Condé chercha vainement à les attirer dans son parti. Le maréchal de Grammont, qui en était gouverneur, non seulement se montra sourd à toutes les insinuations, mais il se joignit h Fleuri de Lorraine, comte d'Harcourt, que la cour de France ffvait opposé au prince. Tandis que d'Harcourt chassait devant lui, à ira vers l'Angoumois et la Saintonge,

(I) Voir, pour ces troubles de Guienne et celte campagne du prince de Condé, Mémoires doMontglat, t. 2, Idem de Larochefouc^uU , p. 447 et suiv. Id. du miréchil de Gramond , p. 434. Vie du prince de Condé, t. 3 , p. 467. Vœu de li Tille do Miradonx. Lettre d'un habitnnt de Condom. Histoire de la guerre de Guienne, par Dalthasar.

Dlî LA GASCOGNE. 499

le vainqueur de Rocroi, Con(i éfait aux prises sur les bords de la Garonne .1TCC le m.irquis d'Epinii-Sl-Luc. Le marquis, ancien lieulenant de Condé, s'éipit séparé de son chef quand il l'avait vu céder à de coupables sentiments. Il soutenait la cause royale avec une poignée de troupes demeurées fidèles comme lui. Forcé de céder au nombre, il avait mis la rivière entre lui et le prince, et s'était retiré à Miradoux. où il essayait de se fortifier. Conti le suivit, et après avoir pris €audecoste et quelques petits bourgs voisins, il s'empara d' Asiafort. Deux lieues k peine le séparaient de Sl-Luc: mais, à la veille d'en venir aux mains avec lui, il se défia de ses forces et sollicita le secours de son frère. Condé accourut de Libournc et arriva à Astafort à l'entrée de la nuit. Sans prendre de repos et sans attendre son frère, à qui il ordonne de le suivre avec le reste de l'armée, il pan quelques heuiFcs après, et malgré les ténèbres et la difficulté des chemins, que l'hiver avait rendu presqu'iropraticables , il apparaît à la pointe du jour au milieu des quartiers de St-Luc. Celui-ci avait logé son infanterie à Miradoux et dispersé sa cavalerie dans les villages voisins. II ignorait qu'on eût appelé Condé ; mais, en général prudent, il n'avait négligé aucune des précautions que le voisinage des ennemis commandait. Ces précautions le sauvèrent d'une entière défaite. Condé attaque à l'improviste et enlève rapidement un nombreux corps -de -garde, qui défendait l'entrée du pont bâti sur l'Auloue; mais il eM arrêté par quelques escadrons accourus au premier bruit de l'attaque. Ouvrir, enfoncer et mettre en déroute ces escadrons fut, pour le prince, l'affaire de quelques instants. Il lui fallut moins de temps encore pour dissiper les troupes que conduisait St-Luc et qui s'avanç.iient au secours des vainctis avec la confusion et le désordre inséparables d'une surprise. Un assez bon nombre d'officiers, plusieurs soldats et la plus grande partie des équipages de l'armée, restèrent entre ses mains.

St-Luc s'était sauvé k Miradoux, où il recueillait les débris de son armée. La ville n'occupait que la moitié de la hauteur sur laquelle elle est assise : le reste lui servait d'esplanade. Un fossé médiocre, maintenant en partie comblé, et un vieux mur auquel presque toutes les maisons étaient adossées, c'étaient là toutes ses fortifications. Il est vrai que pour y parvenir, il fallait, non sqiloment gravir une côte longue et étroite, mais encore traverser un terrain gras et fangeux, comme tous les territoires fertiles et entrecoupé de haies, comme tous les abords des petits bourgs. En attendant deux pièces de canon qu'il faisait venir d'Agen et le prince de Conli qui n'était pas encore arrivé avec le gros de l'armée, Condé s'empara de plusieurs petits postes. En même temps, il eut recours à un stratagème, qui ne sert qu'à un c.ipitnine hautement renommé. Il donna la liberté h quelques prisonniers afin qu'ils semassent le bruit de son arrivée, persuadé que ce bruit déconcerte-

rait plus les ennemis que la défaite qu'ils venaient d'essuyer. Ce moyen lui réussit. Dès qu'on sut à Miradoui que le prince était devant la ville, la frayeur s'empara de tous les esprits, vaincus au seul nom du grand Condé. Les troupes de St-Luc attendirent à peine le jour pour aller chercher un asile derrière les murailles et sous le canon de Leclourc.

> Condé avait prévu cette prompte retraite, et dans celte prévision il avait posté des corps-dc-garde si près de la ville, qu'il était impossible que St-Luc lai échappât ; mais sa promptitude l'empêcha de tirer de ces mesures tout l'avantage qu'il s'en promettait. En effet, au lieu d'attendre que les troupes de St-Luc fussent descendues dans la plaine où il en eût eu bon marché, il tomba sur les régiments de Champagne el^dc Lorraine comme ils sortaient de la ville, et les culbuta dans les fossés, où ils tombèrent en jetant leurs armes et en demandant quartier. Mais ils ne tardèrent pas à s'apercevoir qu'on ne pouvait pas venir à eux à cheval. Embrassant alors la seule voie de salut que leur offrait la providence, ils rentrèrent dans Miradoux, moins pour défendre la place que pour sauver leur vie. Durant la mêlée, la cavalerie s'échappa sous la conduite de St-Luc. Le prince, soutenu de sou frère, de Larochefoucault et d'un faible corps, les poursuivit jusque sous les remparts de Lectoure, où il eut un cheval tué sous lui; et quand il vit qu'ils s'étaient dérobés à ses coups, il retourna attaquer Miradoui. Il comptait que deux régiments abandonnés de leur général, déjà battus et dépourvus de munitions et de vivres, n'entreprendraient pas de défendre une pauvre bicoque. En effet, à la première sommation, ils offrirent de la rendre et d'aller rejoindre St-Luc; mais Condé, qui ne voulait pas perdre l'occasion d'enlever à ses ennemis une infanterie excellente, s'obstina à exiger qu'ils se rendissent prisonniers, ou du moins qu'ils s'engageassent à ne pas porter les armes de six mois.

Les assiégés, commandés par le maréchal-dc-camp Du Bouset-Marin et par un autre brave ofGcier, ne voulurent pas d'une pareille capitulation. Le pays étaît riche; la ville avait abondamment des vivres. Us comprenaient, d'ailleurs, que le prince serait hors d'état d'établir de bonnes lignes de circonvallation, et qu'ils pourraient ainsi recevoir du dehors les provisions de guerre qui leur manquaient. Leur attente ne fut point trompée, et'dès la nuit suivante St-Luc y fit entrer des rafraîchissements et continua de les pourvoir tant que dura le siège. Condé comprit bientôt qu'il aurait mieux fait de recevoir Miradoux aux conditions qui lui étaient proposées, que de s'engager dans les longueurs d'un siège, surtout manquant de tout, comme il faisait, et n'étant pas encore asisuré d'avoir du conon. Néanmoins, comme on est souvent obligé de continuer de sang-froid ce qu'on a

DE LA GASCOGNE. 50 i

commencé dans un premier entraînement, il soutint son entreprise, espérant étonner ses ennemis par sa ténacité, et surtout résolu de faire un eiemple de ceux qui osaient résister à ses armes. Il tira donc d'Agen deux petites pièces. Tune de dix -huit et l'autre de douze, avec un petit nombre de boulets. 11 crut que c'était assez pour faire brèche et emporter le bourg avant que le comte de d'IIarcourt, qui marchait à lui, fût arrivé. Les deux pièces furent bien pointées; mais les projectiles manquèrent trop tôt, et le prince eût été obligé de lever le siège, si le prestige de son rang, l'autorité de sa renommée et TappAt des récompenses n'eussent déterminé quelques soldats hardis à aller, au péril de leurs jours, chercher dans les fossés les boulets qu'on avait déjè lancés. D'un autre côté, les assiégés se défendirent avec résolution et firent deux sorties aussi heureuses que meurtrières. Néanmoins, leur valeur les sauva moins que la fortune ; car, comme la brèche devenait praticable, une maison s'abattit dans les fossés, et ses débris devinrent un obstacle nouveau.

Il fallait ouvrir une autre brèche, ou tenter à travers les flammes et la fumée un assaut qui pouvait coûter la vie à une partie de l'armée et peut-être rebuter les assiégeants. Condé, devenu plus prudent, s'arrêta au premier parti et transporta ailleurs les deux pièces. Sa constance allait être couronnée du succès , et déjà il se disposait à donner enfin f'assaut , quand il eut avis que d'Harcourl était près d'Auvillars avec une armée de dix mille hommes. Condé n'en avait pas la moitié. Malgré cette inégalité de forces, Balthasar, un soldat de fortune, que son courage avait élevé au rang de capitaine et qui joua un rôle assez important dans cette expédition, lui conseilla de laisser quelques troupes devant Miradoux pour tenir les assiégés en respect et de marcher sur Auvillars pour attaquer d'Harcourt, ou du moins de se porter à Flamarens pour lui couper le passage. Son avis fut rejeté comme téméraire. Le prince jugea ses forces trop inégales pour hasarder un combat : il leva le siège (1) et se relira à Astafort. Comme la Garonne le séparait des ennemis, il crut pouvoir étendre ses quartiers et se contenta de placer quelques postes vers Au villarsen recommandant, toutefois, qu'on détachâtcontinuellement des partis de ce côté .

Cette précaution, qui aurait suffi pour mettre un camp en sûreté, faillit à perdre le prince et l'exposa à la honte d'être surpris et défait ; car, de tous les partis qui furent détachés, aucun ne suivit les instruc-

(I) Duranl le sirgc, les habiUinis s'étaicnl youc» ù St. Jn»ci)h et 5'éiaK>nl cngagt^, s'ili échappaient au princv, à Taire célébrer tous les ans, le jour de la félç du saint, une messe solennelle où assisteraient leurs quatre consuls en livréec, cl où ils offriraienC chacun un cierge d'un quart de livre. Ce TirusVsl prrpt'tiM> jusqu'à nof înors.

tîous qu'il avail reçues, et au lieu de s'oiiquêi ii de i'euiiciiii, ds s amusèrent à piller les villages >oisiDs. Aussi» d'IIarcourl passa la rivière, marcha au milieu des quartiers du prince et arriva à un quart d'heure d'Astafort sans que personne en prit l'alarme. Enfin, des gens poussas par Tavant- garde en ayant porté la nouvelle à la ville avec tout le trouble ordinaire dans une pareille surprise, le prince monta aussitôt à cheval, suivi du duc de Larochefoucault, du comte de St-Marsin et du marquis de Montespan. A peine eut- il fait cinq cents pas, qu il aperçut les escadrons ennemis prêts h fondre sur tous ses quartiers à la fois. Il prit aussitôt sa détermination. La ville d'Aslafort n'était pas mieux fortiliéo que celle de AJiradoux, et son site se prétait bien moins à une défense. Le prince n'osa pas y attendre le comte d'ilar- Gourt. Il manda à sa cavalerie de venir le rejoindre sous les murs d'Astafort, d'où il la fît partir avec les bagages pour le Port-Sainte- Marie, tandis qu'il prenait la route du village de Boue avec son infanterie dans le dessein d'y traverser la Garonne et de se réfugier à Agen. Il se contenta de laisser à Astaforl ses mousquetaires pour amuser l'ennemi. La retraite fut aussi périlleuse que hardie. Les troupes se croisaient les unes les autres et n'avaient ni postes ni rangs. La confusion, le désordre, la précipitation étaient extrêmes. Pour comble de malheur, il n'y avait à Boue que peu de bateaux, et le passage de la Garonne dura douzj heures entières. Il ne tenait qu'au comted'Uarcourl de terminer ce jour-là la guerre civile. Le ciel lui présentait des victimes à choisir plutôt que des soldats à vaincre ; mais les circonstances avaient beau être favorables , son génie , étonné devant celui de Condé, n'osait pas les saisir. Au lieu de poursuivre le prince, de le charger sur les bords de la Garonne et de le précipiter dans les flots, ou de l'obligera poser les armes, il s'arrêta à attaquer le village du Pergain, où Condé avait établi ses gardes. Ceux-ci tirent une résistance incroyable; ils ne capitulèrent que le lendemain , après avoir épuisé toutes leurs munitions et tué à l'ennemi plus de monde qu'ils n'étaieot de combattants. Condé, qui ne s'était embarqué que le dernier, vit de l'autre bord de la rivière le marquis de Montespan battre et repousser les troupes du comte d'Harcourt, et avant d'entrer à Agen il reçut la nouvelle que la cavalerie avait atteint le Port-Saînte-Marie sans avoir perdu ni hommes ni bagages. La prise de trois ou quatre cents gardes, abandonnés du reste de l'armée, fut le seul avantage que d'Harcourt retira d'une conjoncture où la fortune et la négligence de ses ennemis lui avaient offert la faciUlé de se couvrir d'une gloire immortelle en battant complètement et peut-être en faisant prisonnier un des plus grands hommes de guerre de nos temps modernes.

La ville d'Agcn ferma d'abord ses portes au prince fugitif, et ne le> ouvrit ensuite qu'après avoir pris ses assurances. Tonneins , Mar-

DE LA GAiCOGKE. 303

utandc, le Mas-tlAgcnais ne se prêtèrent pas de meilleure grAce à recevoir des garnisons. Condé s'ennuya de jouer un rôle si peu digne de son rang, de sa naissance et de son courage. Il abandonna secrètement la G uienne , lui sixième, traversa le royaume à travers mille périls, et arriva à Paris, où sa présence, son activité et ses talents réchauffèrent le lèle attiédi de ses partisans , balancèrent pendant quelque temps toutes les forces de la royauté, et ne prolongèrent que trop les malheurs d'une guerre civile sans but c4 sans portée. Tout serait étroit et mesquin dans cette lutte, faible écho des luttes féodales que nous avons racontées, si sa figure et celle de Turenne ne prêtaient un peu d'éclat à ces scènes où les hommes et les choses paraissent également rapetisses. Le prince de Conti, à qui il laissa le commandement de ses troupes, ne put arrêter les défections; Agen, Clairac, Laplume, le Port-Ste-Marle , Aiguillon, lui échappèrent prosqu'àla fois. Il fut contraint de se retirer à Bordeaux, où le comte d'Harcourt le poursuivît et osa même lui présenter la bataille; mais le succès ne répondit pas à cette hardiesse. Après une longue escarmouche dont l'avantage resta au parti des princes , d'Harcourt s'éloigna de Bordeaux et vint dans le Condomois.

Il assit ses quartiers à Gondrin. Ce séjour acheva de ruiner un pays déjà trop accablé. Sous prétexte que la province s'était déclarée pour les rebelles, quoiqu'en réalité il n'y eut que Grenade et Beaumont qui eussent embrassé leur parti, l'armée libératrice promena partout le meurtre, le pillage et l'incendie. Lft^olation, s'il faut en croire un récit contemporain (1), fut si grande^ que les ^ens se jetaient dans les bois et que les bestiaux erraient sans maîtres à travers les campagnes. Dans les villes, les villages , les chAteaux , les maisons, partout où passaient les soldats, les rues, les caves, les viviers même étalent fouillés pour y chercher des vivres, de l'argent, des objets précieux. Après les promenades militaires , vinrent les exactions. Le comiéd'Astarac fut taxé à soixante mille livres, le duché d'Albret en offrait cent cinquante mille, Auch en dut payer soixante mille» Aimont vingt mille, Mau? ezin onze mille (2). Condom n'avait été condamné qu'à dix mille écus; mais ayant rois du relard dans le paiement, il dut compter soixante-quatre mille livres. On ne demandait à la ville de

(1) Lettre d'un boargeuis de Condom, imprimée k Parii, en 1653.

(i) Une délibération de U Commanautc de XauTezin, dil^ du h roart» 4657, porlo que la guerre civile ayant cessé, on ouvrira les portes de la vill<^ qui avaient été mu rées. Une autre délibération du 7 janvier 4660, porte qu'on U-ra au comte d'IIarcouri un présent de dix douzaines de poiies do bon chrétien qui coùlorcni t]3 livres, le puri compris. Mauvciin eut loneiemp.i 8 consuls: I catholiques et 4 prolestai^tUlTa^

Mont-de-Marsan que vingt mille livres; mais comme elle voulut représenter sa misère, elle fut contrainte d'en ajouter cinq autres mille. Prêtres, moines, religieuses, personne ne fut excepté. Barran, Ordan et quelques lieux voisins n'ayant point eu l'argent prêt au jour qui leur avait été assigné, furent livrés au pillage. Jegun et sa collecte n'eurent pas un meilleur sort. Les courses des divers détachements et le peu de sécurité des routes ajoutaient aux malheurs publics. Eauzc envoya une députation au commandant dans son quartier de Gondrin. La députation tomba dans une embuscade, et, quoique composée de dix à douze personnes, elle fut détroussée et renvoyée presque nue. Aux plaintes générales qui s'élevaient, d'Harcourt se contenta de ré< pondre que s»s soldats étaient, il est vrai, voleurs, mais qu'ils se battaient bien.

Après avoir laissé reposer ses troupes , il alla assiéger VilleneuTed'Agenais , défendue par Théaubon le 61s; mais il y trouva plus de résistance qu'il ne l'imaginait. Le siège traîna en longueur; le général n'en attendit pas la fin. Aigri par quelque mécontentement, il laissa l'armée entre les mains de Marin , de Sauvebœuf et de Lislebonne, tous les trois lieutenants-généraux, et se retira à Bussac, suivi seulement de cinq de ses aflidés.

Le départ subit du comte d'Harcourt entraîna le découragement de l'armée royale et changea la face des affaires. Les trois lieutenantsgénéraux n'osèrent pas continuer le siège, et gagnèrent Agen. Pendant qu'ils délibéraient eipHnble sur le plan de campagne qu'il convenait d'adopter, Balthasar, sorti de Bazas où il s'était maintenu, surprit le capitaine Lasserre, gouverneur de Casteljaloux, et forç.i, après quatre jours de tranchée, la ville de Castelnau à se rendre à composition. La ville de i^steljaloux, qu'il attaqua ensuite, essaya de le repousser. A son approche, les habitants se joignirent au régiment de Rouillac, •f^ tenait garnison parmi eux, et sortirent à sa rencontre; mais il les repoussa avec tant de vigueur, que peu s'en fallût qu'il n'entrât pêlemêle «vec eux dans la place. La frayeur fut si vive, que les habitants (irent leur soumission une heure après. Le château, défendu par une bonne garnison, résista plus longtemps. Balthasar laissa sous ses remparts le maréchal-de-camp Duplessis , et soutenu par le comte de Marchin, il s'avança vers Condom où il avait des intelligences; mais

ordonnance da duc d'Epernon (17 janvier 1618) les réduistl à k, et établit que le» trois premiers seraient catholiques et le quatrième protestant. Une mairie y fut «.établie plus tard. Un arrêt du roi (5 juillet IG93)la dik;lara héréditaire, exempte de tailles, dettrde et de logement des gens de guerre, et l'assit aux gagrs de 80 Trancs. Docu. hmIP communiqués et extraits de rHdtel-dc-Ville.

à peine se fui-il mis en marche, qu'il apprit que Duplessis avait été tué devant le ch&teau de Casteljoloux , ce qui l'obligea è y envoyer Beauvais-Chantirac.

Lui, cependant, poursuivit sa marche vers Condom,à la tête de mille cinq cents chevaui. Le marquis d'Aubeterre, qui combattait dans ses rangs, ayant demandé à parler aux consuls, essaya vainement de séduire leur fidélité. Gobas et Montcassin étaient dans la ville; ils firent repousser toutes les propositions, et les deux chefs rebelles durent retourner au pied du cbAteau de Casteijaloux. Sauvebœuf fit mine de vouloir les en chasser, il les fit même défier au combat; mais aussitôt après ce défi, il s'éloigna sans attendre la réponse. La garnison du chAteau, témoin de cette retraite honteuse, ouvrit le lendemain ses portes. Marchin et Balthasar coururent assiéger le Mas-d'Agenais et le prirent d'assaut le cinquième jour. Labarthc, lieutenant-colonel du régiment de Guienne qui y commandait, n'eut que le temps de se sauver dans l'église avec quelques ofBciers et quelques habitants ; ils y tentèrent une courte résistance et se rendirent tous prisonniers de guerre. La prise de Gontaud et de Montaignan termina la campagne. Après ce dernier triomphe, Marchin et Balthasar songèrent à prendre leurs quartiers, et pour mieux rafraîchir leurs troupes ils se séparèrent. Marchin s'enfonça dans le Périgord et Balthasar se replia Ters les bords de la Garonne avec son régiment et les régiments de Contî, de Guitaud et de Leyran, et le même jour 11 gagna Baxas. Le surlendemain il arriva à Roquefort dans lei Larfdes , et sans s'y arrêter il poursuivit sa marche, se saisit du chAteau de Pojalé, d'où il repartit le lendemain au point du jour. Il courait en toute hAte vers Mont-de-Marsan dont les habitants devaient le recevoir avec son train et une suite de dix ou douze de ses officiers; mais ayant appris que le due de Candale, nommé pour remplacer le comte d'Harcourt, s'avançait contre lui au lieu de voler à la défense de Sarlat, il envoya Gaston, un de ses officiers, prendre le commandement de sa cavalerie, et lui ordonna de se renfermer avec elle dans Grenade où il avait déjà placé cent vingt hommes du régiment de Gonli. Candale n'avait amené qu'on corps de cavalerie ; il marchait jour et nuit, espérant trouver les ennemis dispersés dans les villages. Arrivé près de Grenade, il enleva sans peine les régiments de Guitaud et de Leyran, qui, se trouvant mieux dans les quartiers qu'ils avaient choisi , n'avaient pas voulu obtempérer aux ordres de Gaston. Il fit sommer ensuite les habitants delà ville de lui ouvrir leurs portes; et comme il s'arrêta quelques heures aux pieds des murailles pour voir si l'on obéirait à la sommation, il perdit l'occasion de surprendre Balthasar. Quand l'armée royale parut devant Mont-dc -Marsan, celui-ci, toujours actif, venait d'en sortir et de se retirer à Tarlas. Candale le poursuivit avec vigiMur ,

5U(> insToiuE

il alla camper devant Tortas le jour de Noël; mais la rijj^ueurcicesMu* du froid ne lui permit |>as d'eu tenter U siège, et le coDlraignit h reprendre le chemin de Mont-Je-Marsan, d'où il vola , mais trop tard, au secours de Sarlat.

Rallliasar, resté maître de Tartas, n'oublia rien pour s*y fortifier: en nu^me temps il envoya ordre à St-Micaut de prendre le reste du régiment de Conli qu'il avait laissé à llazas, et de se porter en tonte diligence à Roquefort. Le baron de Marsan, qui en était gouverneur, voulait rendre celte place au chevalier d'Aubetcrrc , aussi lidèle au roifiuelc marquis d'Aubeterre, son frère aîné, était dévoué à lacauK des princes. Le chevalier, ayant aperçu St-Micaut, se mit A sa poursuite et le battit; mais il ne put pas l'empôclicr de gagner Roquefort, dont il trouva les portes fermées et où il ne fut reçu que dans le» faubourgs. Les troupes royales, de leur côté, prirent position sous l<*s murs de la ville; mais quand la nuit fut venue, elles se retirèrent à Labastide et à St-Justin. Dalthasar, instruit de ce qui s'était passé, partit la nuit môme de Tartas, arriva vers neuf heures du matin à Uoquefortet s'y introduisit, quoique pût faire pour y mettre obstacle, le l>aron de Marsan. Il se saisit aussitôt du château et de Téglise, et dès qu'il se fut assuré de ces deux postes, il lit entrer St-MIcaut avec le régiment de Conti , et prenant avec lui vingt chevaux qu*il avait amenés et deux mille hommes do pied, il tenta une vigoureuse sortie contre les troupes royales , qui étaient venues reprendre la position qu'elles occu[Miient la veille.

Le chevalier d'Aubeterre, surpris de cette ardeur et ne sachant à qui il avait à faire, s'éloigna ou plutôt et se retira vers Villeneuve et St-Sever, laissant seulement trente hommes dans le chAteau de St- Justin. Balthasar les alla attaquer le lendemain et les força a se rendre sans condition. Poussant aussitôt sesavantages» il s'avança jusqu'à Labastide où il plaça soixante hommes, en leur recommandant de se bien barricader dans la ville et surtout dans l'église. Malgré toutes ces recommandations, il ne les eut pas plutôt quittés, que le chevalier d'Aubeterre s'étant montré, ils lui tirent lâchement leur soumission. Balthasar revenait sur ses pas ; mais voyant que tout était consommé, il se replia vers Roquefort où il laissa le maréchal-de-camp Baaset rcvints'enfermer à Tartas. Derrière ses solides remparts, non seulement il bravait ses ennemis, mais il courait les Landes et insultait à la fois Dax, St-Sever rt Mont-de- Marsan. Il prit le château de Cauna et y établit une garnison qui infestait tout le voisinage; il profita même de quelques troubles qui s'étaient élevés à St-Sever \iOUT faire uno tentative sur cette place, t'ette teutalive , d'ubord assez heureusi*. faillit tourner h sa ruine. Déjà il s ÏMdit emparé des bagages et avait

DE LA GASCOGMi. 507

fait prisonnière une partie de b garnison ; mais pendant quMi parlementait avec le reste, le chevalier d'Aubelerrc qu'il croyait éloigné , s'étant emparé de St-Justin (14 juin 1653), dont le commandant avait posé les armes sans avoir attendu le canon , tomba sur lui à l'improvistc et le força À une prompte retraite. Coupé dans sa course, il ne put que se jeter avec Lartet dans l'Adour, qu'il traversa à la nage. 11 gagna aussitôt de vitesse , rallia les siens au gué de Sauprossc » et prenant avec lu! ses meilleurs cavaliers, il rentra À Tartas, toujours poursuivi par d'Aubetcrre, qui ne s'arrêta qu'à une heure de la ville. Désolé d'avoir manqué sa proie, d'Aubeterre espéra être plus heureux contre le chÂteau de Cauna. 11 courut l'assiéger. Alalgré son courage et la supériorité de ses forces, il eût échoué dans son entreprise si la trahison ne fût venue à son aide. Des Irlandais,^ dont se composait presqu*entièrcmcnt la garnison, craignirent l'issue du siège. Ils se saisirent de Lacroix, leur commandant, et le livrèrent aux ennemis avec le chAteau qu'ils étaient chargés de défendre. Balthasar (1) , luimême, ne tarda pas à faire sa soumission avec la cour, et à remettre ses placesau ducde Candale. La plupart des autreschefs (2), le prince de Conti à leur tête, firent leur paix particulière.

(I) Cotte guerre avait amaué dea maox sans nombre sur la Cbalossc. Avant qu'elle s'ouvrit, la iMrriqoo do vin valait 12 livres, la mesure de Tromcnt 27 sols, id. de blé 30 sols, id. de millet ou panis 15. Durant la goorrc, le vin valut 14 I., la mesure do flromeni 4 1. 10 sols, id. de blé 3 I. 8 sols, id. de millet 3 1. 2 sols, u Nous sommes à lu grande faim et rédoita à la grande misère, écrit un habitant dn pays; il n'y a plus rien pour manger, car si un bomme va au marcbé avec do l'argent, U est dangereux d'éire volé, et s'il a un bon cheval ou un bon habit, on lui étera, et s'il Tait porter du grain ou aalrea marchandises, on lui prend tout et encore est-il dangereux d'y perdre la vie. Gsltti qui a quelque chose en sa maison ne l'a pas assuré, et s'il y a une bonne maison, il y a toi^ours 90 pauvres devant la porte demandant du pain. Les

pauvres viennent à toute heure k grandes troupes devant les portes Le peuple

de ce pays a ai grande peur aux gens de guerre qu'il n'ose tenir dedans les maisons

aucune bonne chose à manger, ni linge, ni grains Ledit Balthasar, est si puissant

et si cmel quo tout ks monde le craint. On dit qu'il est magicien; il ne parle que de

toer et de pendre Ceux qui sont sortis des prisons de Balthasar disent qu'ils

ont été an purgatoire Les pauvres meurent tous les jours de peur et de faim. »

(Man. laissé par Henri de Labonle Pcboué, de Doasit en Cbalosso).

{%) En échange de la principauté de Sedan, la Régente donna au duc de Bouillon le dnché d'Albret , plus la justice haute , moyenne et basse de la ville de Nogaru et des lieux de Barcelonne , Riscle , Plaisance et Aignan , avec tous les droits et revenus appartenant à Sa Majesté. Le duché cl W» cinq villes ayant été auparavant adjugée et dclaiêté* à défunct monseigneur le prtnrc de ilondé^ la cour s'cngagrn

508 IIISTOIKE

Le prîoce de Condé seul se monlra plus ferme ou plus obstiné. Pour ne pas paraître plier devant Mazarin, il se jeta dans les bras de TEspagne et quitta (1652) le royaume, où il ne rentra que sept ans plos tard par le traité des Pyrénées.

Pendant que les conditions de ce traité, le plus glorieux peut-être et le plus avanlageui qu*ait signé Tancicnne monarchie, ae débattaient dans nie des Faisans, la cour de France s'était rapprochée des frontières. Elle partit de Bordeaux le 6 octobre 1659 et alla coucher à Cadillac, où le duc d'Epernon, frère du duc de Caudale, mort peu après la soumission de la Guicnne et second fils du favori d'Henri III, la reçut avec la plus grande magnificence. « Rien, dit une princesse de Tépoque (1), n'a jamais été égal à la bonne chère qu'il fit, et rien n'approchait la somptuosité, la politesse et la grandeur qui parut en tout lieu. Il était, ajoutc-l-elle, un homme qui avait conservé l'air de grand seigneur que personne n'a plus, soit par la quantité de gentilshommes, de pages, enfin de tout ce qui distingue les gens ; aussi avait^l de quoi soutenir cela par la charge de colonel-général de l'infanterie française, par le gouvernement de Guienne et par cent mille écus de rente. » Ce duc mourut en 1661, ne laissant de ses deux femmes qu'une fille qui renonça à toutes les espérances du monde pour entrer chez les Carmélites du faubourg St-Jacqucs de Paris, sous le nom de sceur Anne de Jésus. Un fils, qu'il avait eu de sa première femme, fille légitimée d'Henri lY et d'Henriette de Balsac d'Entraigues , était mort avant lui sans être marié. La mort du fils et l'entrée en religion de la fille laissaient à sa libre disposition une immense fortune. Il légua le comté d'Astarac à Anne de Castelnau, dame de Maurens. Les comtes de Fleix , la seule branche de la maison de Foii qui existât alors, y élevaient des prétentions. Anne de Castelnau accepta une transaction que lui fit offrir Jean-Baptiste Gaston de Foix, le chef de sa branche ; mais celui-ci vendit, dix ans après, le comté au dernier maréchal de Roquelaure , qui n'eut que deux filles, dont l'alnée épousa le duc de Rohan-Chabot, auquel elle porta l'Astarac. Les Rohan-Chabot le possédaient encore en 1791.

Le roi Louis XIV fit son entrée à Bazas le 7 octobre (2), coucha le 8à Casteljaloux^ et arriva le 9 à Nérac,où il séjourna le 10. La cour

a indeinni«er le prince son GU. On donna encore au dac de Bouillon le duché de Chitcau-Tbierry, ainsi que les comtés d'Anvergne, d'Etrcus, et deBcaumont, et quelque» autres terres moins importantes.

(1) Mad. de Montpensier. Mém., t. 3, p. 429.

(2) Voir, pour ce Toyagc de Louis XIV cl pour les cért^mo^cs de son mariage, Itinéraire des rois de France, p. 438. Hém. de MottcTille, pag. 488 el suiv. Mém. do M"' de Montpensier, pag. 484 et suit. Montglat, t. 3, p. 83 et suiv.

y admira Tancien châlcau des rois de Navarre, et surtout les superbes jardins qui bordent la Baïse, déjà presque abandonnés , mais encore beaux des mille restes de leurs vieux ajustemerits. Le lendemain, clic arriva à Lecioure vers quatre heures du soir, et en repartit le lendemain après la messe, que le roi entendit à St-Gervais , et la reinemère chez les Carmélites. Ce jour on dîna dans une prairie et on alla coucher à Mauvezin. Le 13, on arriva à Tlsle-Jourdain et le 14 à Toulouse, d'où on alla attendre en Provence que les difficultés qui retardaient la signature du traité fussent aplanies. Le traité fut entin signé le 17 novembre 161(9. Un des articles portait que l'Infante Marie<Thérèse, tille alnéo de Philippe IV , roi d'Espagne, épouserait le jeune Louis XIV, sous la réserve, toutefois, que la princesse renoncerait à la couronne d'Espagne ; mais la célébration du mariage fut renvoyée au printemps suivant. La cour -repassa à Tlsle-Jourdain le 23 avril 1660, et vint concher à Auch le 24. Nous n'avons pu trouver, ni dans l'une ni dans Vautre de ces villes les procès- verbaux de ce passage ; nous avons été plus heureux pour Vic-Fezensac et pourNogaro(l). Le roi fit son entrée solennelle à Vie le 25, vers quatre heures du soir. Les habitants s'étaient avancés pour le recevoir, sous la conduite de Jean de Lambes^ cadet de la maison de Marambat. Ils se rangèrent en bataille dans un champ, au bas de la côte de la Justice, et saluèrent le monarqne d'une décharge générale de leurs mousquets et des cris mille fois répétés de vive le Roi ! De Labaune, premier consul, s'approcha du prince et le harangua. Le juge royal, de Gimat, le harangua une seconde fois à l'entrée de la ville, et Darquier, chanoine et théologal du chapitre, une troisième, sous le porche de l'église (2).

Louis arriva à Nogaro le lendemain. Il était dans un carrosse traîné par six chevaux, et avait avec lui la reine-mère, le duc d'Orléans, son frère, et la duchesse de Montpensier, sa cousine. Les clefs de la ville lui furent présentées à la porte de la ville par Jacques de Luzar«y^ iiigc du Bas-Armagnac , accompagné de Bernard Bailin , lieutenant de la jugerie et des consuls Jean Doat, Pierre Camel^ Raymond-St-Marc et Jean Ducom, de la plupart des notables et d'une foule de peuple. Luzarey, avant de remettre les clefs, tomba à genoux, et dans cette, posture, il harangua le roi, qui l'écouta la tète couverte. Après la harangue, le cortège royal franchit la porte de la ville et s'arrêta k la mai-

(I ) PrucèB-verbal gardé à Vie cl à Nogaro.

(-2 1 On montre encore près de rêgliftt*, la maison où le prince passa la nuit ; elle appartenait à noble Desroms, et (^tait située près d'une des quatre portes, qui ouvraient dans le ca'ur de la ville.

lO HISTOIRE

son du chirurgien Caseftavc, dispascVpour recevoir h reine-mère (1> Le jeune Louis monta achevai, et après s*ètre reposé un instant chez Latour-Lebé, où son logement avait été Assigné, il accepta une partie de chasse qu'une pluie malencontreuse vint bientôt interrompre. Il quitta Nogaro le lendemain, coucha successivementà Mont-de-Marsan, à Tartas et à Dax, et arriva le 1^^ mai à Bayonne. Il y séjourna huit jours et demeura plus d*un mois à St-Jean-dc-Luz. Le roi d'Espagne s'était avancé de son côté jusqu'à Fontarabie , amenant avec lui sa fille, le gage de la nouvelle paix. Les deux monarques eurent une entrevue le G juin, dans Tlsle des Faisai s, et se jurèrent une amitié inaltérable. Le lendemain , Louis XIV et sa mère rotournèrent k la même tic pour y recevoir la jeune princesse des mains de son père. Deux jours après, le roi ratifia son mariage, déjà célébré par procureur à Fontarabie, et épousa en personne dans Téglisc de St-Jcan-de- Luz. La rue, qui allait de son logis à l'église, était tendue de riches tapisseries et bordée par les régiments des gardes françaises, par les Suisses et par deux compagnies de gentilshommes au bec dccorbin. Le prince, vêtu d'un habit noir sur lequel reposait un manteau brodé d'or, marchait entre deux huissiers de sa chambre tenant leurs massif d'argent, et était précédé du prince de Conti et du cardinal Mazarin en rochet et camail. La jeune reine venait après, conduite par le duc d'Orléans. Elle avait une couronne d'or sur la tôte, sa robe était de satin blanc broché d'or, et elle portait un manteau royal de velours violet, semé de fleurs de lys d'or, dont la queue était soutenue par trois princesses du sang. La reine- mère suivait en mante noire. L'évéque de Bayonne, Jean d'Olce, en habits pontificaux, reçut les deux époux a la porte de l'église et les conduisit sur une estrade de velours violet, semée de fleurs de lys d'or et surmontée d'un dais pareil. La reine mère occupait une estrade séparée, tendue de velours noir. L'évéque, afipt de commencer le Saint -Sacrifice, porta au roi dans un plat dr' vermeil l'anneau d'alliance et les douze pièces d'or^ souvenir du Mor-

(4) Le duc (l'Anjou In^ca chez M. de Montaubri; Madeaoisellc alla loger à Arblade. 1.0 prince de Conti passa à Nogaro le 38. Il fut visité et harangué par le juge Lusarey assisté des consuls, et logea comme le roi, chei H. de Latour-Leb<^. Le nonce du papepn»sa le 29 et logea dan.i la m^me maison; il no fut visiiô et harangué que par le chapitre. Le doyen Luzarey porta la parole et s'ezprima en français; le nonce répondit en latin, et ût à son tour diverses questions auxquelles répondit le chanoine I>upuy qui occupait le second rang dans son corps. Le 30, l'illustre voyageur dit la messe aux Capucins, donna trois fois la bénédiction et partit suivant le même itinéraire que la cour. A Vic-Fezcnsar, la reine-mère avait logé chez M. de Pellebène, aujourd'hui rue dos Arts, et le duc d'Anjou chez M. LoU*, nu ff>nd do la rno Troado. Modemoiscllo alla loger au ch&toau de Narambat.

ganeguiba des anciens Francks. Puis, il bénit de noavcau le mariage et dit la messe. Le cardinal Mazarin flt les fonctions de grand-aumônier, et porta rinstrurocnt de paix à baiser au roi, à la reine et à la reine-mère, ('ontrc lordinaire, il n*y eut point de repas de cérémonie. Los deux époux soupèrent en famille avec la reine-mère et le duc d'Orléans. Six jours après, la cour quitta St-Jean-de-Luz et retourna à Bayonne.

Le roi réserva À sa nouvelle épouse rentrée de la première ville qu*ils trouvaient sous leurs pas. Elle fut (1) reçue à la porte St-Léon, superbement ornée d'arcs de triomphe, d'emblèmes et de devises. Les habitants, commandés par Naguilles, Dusavet et Darjalet, l'y attendaient en armes au nombre do quatre mille. Le sénéchal la complimenta au nom du corps de ville. Le poêle, qui précédait son carrosse, était porté par les échevins d'Olives, Ëtcheverry, Scrraude et Duhalde. A Mont-dc- Marsan (2), les deux reines visitèrent le couvent de Ste- Clairc et y entendirent la messe. La ville fit au roi, à cette occasion, un don de deux mille cent dix livres. De Mont-de- Marsan on se dirigea sur Bordeaux. La cour était nombreuse et brillante. Les petites villes où Ton s'arrêtait se trouvaient quelquefois insuffisantes pour offrir rhospitalité à tant de personnages éminents. On se disséminait alors dans les villages voisins. Le soir que le roi coucha à Capsius, la duchesse de Illontpeusier alla loger k St-Justin (3) ; elle fut placée dans une vieille maison qui tombait en ruines : le plancher de la chambre était percé d'un grand trou quMI fallut fermer avec des ais mal unis. Néanmoins, la princesse s*endormit aussi paisiblement que si elle avait été dans un magnifique et solide palais; mais voilà qu'au milieu de la nuit un cri se fit entendre : Sauvez-vous, sauvez-vous : la maison croule. La princesse, réveillée en sursaut, s'élance de la chambre hors d'elle-même , et ne s'aperçoit que quelques instants après qu'elle s'était échappée en chemise. L'alarme était fausse ; c'était un tremblement de terre qui se fit surtout sentir en Bigorre et en particulier à Bagnères , où il renversa plusieurs édifices. On arriva sans aucun autre événement à Bordeaux.

(t) Man. de Bayonne. Le 16 dudit mois de juin 1660, le roy de France btcc touto son année, partit de Bayonne et passa h Dax et y logea et estait à Tartas le dit jour, \k où je fas exprès et j'eus l'honneur moi-même de boir le roy et la reine sa Temme ol aussi la reyne aa mère, et M. le frère du roy et toute la cour de France, ol t*)ut en ma présence, et embiron le midi s'en partirent bers le Mont-de-Marsan. Je ne délire plus sinon boir le roy des roys au ciel. Dieu m'en fassi» la grAce ! Alors fesait grand chaud. (Man. de Laborde-Péboné).

(3) liùtel-de-Viile de Mont-de MdtMii.

(3) Mém. delà princesse, p. 516.

jV2 HISTOIRE

L'évoiilualUé, que l'Europe avait prévue et contre laquelle elle avait cherché à se précautionner dans le traité des Pyrénées, se réalisa. Le frère de Marie-Thérèse n'eut point d'enfants, et le duc d'Anjou, le second des petits -fils de la princesse, fut appelé à la couronne d'Espago. Les ducs de Bourgogne et de Berr^'accompagnërent jusqu*à Texlrémilé du royaume, sous la conduite du duc de Beauvilliers, leur gouverneur. Les trois jeunes princes arrivèrent À Bayonne le 13 janvier et y séjournèrent jusqu'au 10. Ils entendirent chaque jour la messe âla cathédrale, mais à des heures ou à des autels séparés. Entr*autres amusements, la ville leur donna le spectacle d*uDe course de taureaux. Le chapitre et le corps de ville y eurent une place marquée.

Après avoir quitté le jeune roi sur les bords de la Bidassoa , ses deux frères rentrèrent à Bayonne, d'où ils repartirent le lendemaio. Ils arrivèrent à Nogaro le 25 février, un samedi soir. Le OMire alla les saluer à la tête des consuls. Les deux princes firent séjour le dimanmauche, et furent harangués deux fois ; d abord, par le théologal Luzarey , aux portes de Téglise paroissiale , quand ils allèrent entendre la messe, et puis, à leur retour, dans leurs appartements, par le jugemage, assisté des autres officiers de justice (1) . Ils se dirigèrent ensuite vers Auch et l'Isle-Jourdain, et traversèrent enfin la Garonne. Ce passage est le dernier événement tant soit peu important que nous offrent les annales de la Gascogne (2).

(I) Procès-terbal gardé à Nogaro. La vîUo fil présent aux Princes de quelque* fruits et de quelques bouteilles do via de Jurançon.

(3) Durant la guerre qui suivit les mariages espagnols , la Tille de Monlbri (G«n), n'ayant pas voulu recevoir une garnison protestante, Fontraitlet alla Tasaiéger; il la tint bloquée durant neuf jours et ne s'éloigna « qu'après avoir brftlé ei rasé Inmaisons des champs, arraché les arbres fruitiers, coupé les bourgeons des vignes eC fait manger les blés on bcrbi*. m Quand la paix vint forcer les protesUnts à poser les armes, Fontrailles voulijt faire payer aux habitants les frais du siège qui lii avait ruinés et en exiger neuf mille livres; et comme on se refusa à une aussi étrange oxi((cnce , il courut de nouveau , mais avec aussi peu de succès, assiégtf la v9e et renouvela sous les murs toutes ses anciennes violences. (Man. de Monfort).

FIN b£ l'Épilogue.

DE LA GASCOGME. 5ii

Page 1