‹ Histoire de la Gaule (volume 2)Chapitre 23 sur 415 · T. II, p · texte numérisé non relu

T. II, p

3. Encore faut-il ajouter que même à Lyon, créé de toutes pièces par les Romains, complété ensuite par les Grecs et les Orientaux, la population celtique n'en prit pas moins peu à peu une place importante, peut-être prépondérante. Cf. t. VI, ch. VII.

4. P. 14, n. 4 et G, p. 17, n. 2; t. YI. ch. V. A Narbonne, à la diiïérence de Lyon (n. 3), il n'y a pas trace appréciable d'éléments celtiques. C'est, sans nul doute, la ville la plus francliement italienne de la Gaule.

0. Voyez l'abondance d'inscriptions latines (XII, 4ûO-i93) et le petit nombre d'inscriptions grecques {Inscr. Gr. It., 2432-60). Ici, t. VI, ch. V.

6. Le nombre des Italiens à Marseille est passé, entre 18.50 et 1906, de 16 109 à 90 111; il s'est accru de 18000 entre les recensements de 1896 et 1901. On peut

à Bordeaux, où, depuis Louis XVjl'arrivéo périodique d'An^lo- Saxons, de Scaudinaves et de Germaius, débarqués sur la façade chartronnaise, oblij^e Icnteuient la fine bonhomie du Gascon à s'écarter devant la morgue distinguée et la froideur susceptible de l'homme du Nord'.

Mais ces changements locaux ne compromettaient en rien la prééminence du sang indigène. Autour de ces grandes villes, la campagne et la forêt appartenaient aux Celtes, aux Ligures ou aux Aquitains". A côté des quelques milliers^ de colons installés à Nîmes, deux à trois cent mille Volques^ cultivaient les plaines du Bas Languedoc et les mazets des Garrigues '. A moins de cinq lieues de Marseille, sur la route de la Gaule qui avait reçu la première, il y avait déjà six siècles, la visite des Grecs d'Asie, on pouvait encore apercevoir dans la plaine un village de Celtes ou de Ligures, aux habitants toujours attachés à leurs noms traditionnels ^ Dans certaines régions, l'étranger demeurait une rareté : le rude Gévaudan ne nous en a laissé aucune trace de l'époque romaine ^ en quoi du reste il était alors pareil à ce qu'il fut dans tout le cours de son histoire. Le Pays Basque, qui s'ouvre si gracieusement aujourd'hui à des

donc évaluer la coloaie italienne à un cinquième de la population totale; cf. le rapport olliciel, MarsùjUa e la sua colonia ilaliana. fait pour l'Exposition de Turin en 1911, en particulier p. 4G-7. Et je ne parle pas des Corses et des naturalisés. Pareille chose a pu se produire à répoque romaine.

1. Cf. Jullian, lllsloire de Bordeaux, 1893, p. 538-542; Alfred Leroux, La Colonie germanique de Bordeaux, I, 1918.

2. Voyez (t. IV, p. 5ÛG, n. i) ce que dit Irénée de l'idiome barbare dos populations autour de Lyon.

3. Et peut-être seulement quelques centaines; cf. t. IV, p. 77, n. 8.

4. La cité ou le territoire de Nîmes correspond au département du Gard, qui renferme (recensement de 1911) 413 458 habitants. Strabon (IV, 1, 12; ici, p. 38, n. 4) relève l'importance, comme population, du territoire de celte cité et des 24 oppida i(u'elle renhrmail.

5. Et il y avait sans aucun doute beaucoup d'indigènes à Nîmes même; t. VI,ch. V.

6. G. /. L., XII, 602, 5788, CÛ7, G09, 010 : inscriptions dont les titulaires doivent appartenir au locus de Gargiiier. C'est non loin de là qu'a été trouvé le trésor d'Auriol (t. I, p. 223). la plus ancienne trace archéologique du passage des Phocéens en Provence.

7. Cf. G. /. L., Xlll, 1557-74; le monument de Lanuéjois (Xlll. 1507 = Espérandieu, n" 1733) me paraît destiné à des membres de l'aristocratie locale.

PERSISTANCE DU TEMPÉHAMENT (JAULOIS. ii

hôtes du monde entier, n'a donné asije, dans les temps latins à aucune colonie d'immigrants, et il parait dès lors aussi rebelle aux influences lointaines (jue le trouveront plus lard les pèlerins do Saint-Jacques *. *

La domination romaine, si profondément qu'elle ait pénétré dans la Gaule, n'a point transforme l'espèce des hommes qui l'habitaient au temps de César. Du sang nouveau a pu couler dans leurs veines, mais pas assez pour que leur nature physique et morale s'en soit trouvée atteinte. Je croirais plutôt que ces Italiens et ces Grecs, loin d'imposer leur tempérament aux indigènes, ont fini par leur ressembler, et, sous l'influence du nombre, des voisinages, des alliances, du ciel et du pays, par devenir, eux, leurs fils ou leurs petits-fils, des êtres du cru, des hommes du terroir.

Voilà pourquoi tous les traits sous lesquels César et ses contemporains ont décrit les Gaulois de l'indépendance se retrouvent chez leurs descendants des temps romains. Ammien Marcellin, à la fin de l'Empire, n'admet pas qu'il y ait une différence entre les uns et les autres; et, pour dépeindre ceux qu'il a vus, au milieu desquels il a vécu, il copie un écrivain du règne d'Auguste-. Ces Celtes et ces Belges, sujets de Dioclétien ou de Théodosc, soldats incomparables^ et beaux parleurs ^ légers et indociles*,

1. Voir le Codex cité plus loin. J";ii parcouru en tout sens le Piiys Casque frai;(;;!is, et je ne connais pas en Gaule do répion où il y ait moins de traces romaines (inscriptions, sculptures, ruines, poteries, noms de lieux). Je ne peux croire un seul instant, comme on est tenlé de le supposer, que le pays élail encore ù demi sauvage. Les Vies de saint Léon de Bayonne (en dernier lieu, de Jaurgain, UÉvêché de Bayonne, 1917, p. 79 et s.) sont trop récentes et trop vagues pour (;u'on tire argument de leurs expressions, loca silvarum Vascvlœ, loca déserta nemorosa, etc. (Acta, l" mars, ], p. 95, nouv. édit.), et j'iiésite à altr'luer plus de valeur à l'aisertion, formulée dans un moment de colère, par l'aulcur du Codex de Saint-Jarques (p. 13), liœc terra desolata, elc

2. Cf. p. 6, n. 4. Ce qui prouve l):cn qu'Ammicn (XY, 12) n'a pas agi par paresse particulière, qu'il n'a pas voulu se borner à copier Tima^;ène, c'est qu'il ajoute à ce dernier des traits iinuvcaux, qui lui sont s.uis doute fournis par son séjour en Gaule (cf. t. II, p. 419).

3. Aininien, XV, 12, 3; Claudicii, De heilo GiUL, 431; Exposilio lolius niiindi [écrit vers 412], p. 121, Riesc. Cf. t. Il, p. 417-8 et 422.

Page 1