‹ Histoire de la Gaule (volume 2)Chapitre 342 sur 415 · CL t. IV, p · texte numérisé non relu

CL t. IV, p

6. Outre les faits que nous allons rappeler, il a dû y en avoir bien d'autres, qui expliqueraient les fluctuations subies en Gaule (cL p. 276-7, 300) par cerlaines industries. Voici par exemple Tibère, qui, lui, sans aucun doute, a eu l'idée d'édits de protectionnisme industriel : un édit île bruit en avait couru, la chose n'était point certaine) pour supprimer ou détruire une manufacture de verre flexible afin de ne pas avilir le prix des objets de métal (Pline, XXXVI, 195)-, un autre, pour interdire l'usage des vêlements de soie et de la vaisselle toute d'or (Tac, Ann., Il, 33); autre édit, p. 316, n. 3. Bien des hommages rendus aux princes par des corporations, notamment encore sous Tibère (t. IV, p. 160. n. 6), s'expliquent peut-être par des remerciements pour des règlements protecteurs. Le malheur est que nous sommes trop mal renseignés pour pouvoir suivre les

316 LA FAHUICATION.

(l'une politique suivie. Il enraya en Gaule la production du vin ', il restreignit en liretagne 1 exploitation du plomb % il régla, dans un temps de crise, la consommation du papier ^ Mais ce sont mesures d'exception. Le plus souvent il laissait faire, moins par politique de libéralisme que par absence de politique.

C'est grâce à cette liberté que les industries delà Gaule purent devenir à la fois très riches de produits et très pauvres d'idées \ — Leur production fut énorme : car elles purent, sans scrupule et sans gêne, imiter ou contrefaire tous les modèles des fabriques gréco-romaines; de ces modèles, grâce à l'usage du moule, elles tirèrent à bon compte d'innombrables répliques; le travail était d'autant moins coûteux, les quantités produites d'autant plus considérables, que l'industriel tendait à ne plus façonner qu'un seul objet, celui-ci des lampes et celui-làdes fibules; et enfin, ce stock de marchandises, si grand fût-il, rien n'était plus facile que de l'écouler à vil prix, dans les garnisons, les villes neuves, les marchés, les campagnes, par toutes les routes de l'Occident, maintenant largement ouvertes. — Mais par là même cetle production était de plus en plus mécanique. Depuis l'image empruntée à la Grèce et qui servait de modèle, jusqu'aux millions d'objets sortis du moule, aucune place n'était faite à l'esprit d'invention. Désirait-on un travail fini et original, une chose qui fût unique ou nouvelle, c'était aux marchands d'Italie ou d'Orient qu'on s'adressait, et souvent d'ailleurs ils livraient des

nombreuses variations par lesquelles sont certainement passés les bureaux de l'Empire en matière économique.

Page 1