T. II, p. 79 et s. Cf. ici, t. V. p. 311. n
Les choses du passé ont changé moins en réalité qu'en apparence.
Mais kl grande propriété, si vivace qu'elle soit demeurée en Gaule sous la domination romaine, avait cessé d'y être exclusive, dominatrice et dangereuse : et c'est là le grand et l'heureux changement que Th^mpire sut imposer au pays.
D'un côté, le représentant du prince surveillait de très près les agissements de ces grands seigneurs : qu'ils se risquassent à empiéter sur les intérêts de l'Etat, ou qu'ils fussent tentés de méconnaître ceux des petites gens, ils trouvaient toujours devant eux une force puhlique qui les ramenait au droit commun '.
D'un autre côté, les conditions nouvelles de la vie matérielle et morale favorisèrent en Gaule les progrès de toutes les classes d'hommes qui pouvaient vivre indépendantes de la terre et de ses maîtres, ouvriers et prolétaires des villes, industriels et commerçants, fonctionnaires et intellectuels : et à tous ceux-là l'Etat accordait pour une large mesure sa protection, et la fortune ses avantages ^
D'autre part enlin, la petite propriété elle-même avait pu et avait su, pendant les premières années de l'Empire, se faire une belle place sur tous les terroirs de la Gaule, et surtout aux approches des villes : et ses progrès n'ont certes pas été indifférents aux chefs du gouvernement impériale Eux-mêmes y ont contribué par les fondations coloniales au temps de César et d'Auguste^. Tous ces anciens soldats qu'on envoie s'établir à Fréjus ou à Lyon vont faire souche de petits propriétaires : chacun d'eux reçoit, aux abords de la ville qui est sa résidence,