LA PLEBE RURALE
bourgades, comme Blaye, Aleth, Etaples ou Argenton, qui possédaient une petite garnison ' : des hommes libres y vivaient, artisans ou boutiquiers et paysans même, ceux-là dans leurs ateliers ou leurs magasins 2, et ceux-ci dans l'enclos de leurs vergers ou de leurs jardins3. Des ouvriers agricoles sans maître ou sans patron circulaient de ferme en ferme à travers les champs, cherchant à se placer comme journaliers aux heures de presse, fenaisons, moissons ou vendanges*. On voyait des colporteurs sur les grandes routes ou les rivières navigables, les uns avec leurs roulottes5 et les autres avec leurs barcasses6, et leur arrivée à la porte d'un château était souvent la bienvenue : on comptait sur eux pour remplir de provisions les greniers et les armoires en cas de disette imprévue, et les grands seigneurs n'hésitaient pas, pour s'assurer la visite de ces pourvoyeurs attitrés, à les recommander à leurs amis, à leur préparer un bon gîte ou un garage sûr dans quelque accueillante
plus longtemps l'indépendance; 2° celles qui dépendaient d'un temple, qui formaient une sorte de domaine religieux, comme, je crois, Nanterre (cf. t. VI, p. 413, n. 5) dans la cité de Paris, et dont l'indépendance a également pu être sauvegardée plus longtemps; 3° les bourgades à garnison, qui d'ailleurs ont dû être souvent des chefs-lieux de pagi (cf. n. suiv.); 4° les villages proprement ruraux, ceux-là, ou bien dès l'origine constitués sur de grands domaines et dans la dépendance d'un seigneur, ou bien destinés à y tomber rapidement (p. 140; vicus est d'ailleurs synonyme de villa; Longnon, Géographie de la Gaule, p. 19).
1. Cf. p. 221, et, en outre, p. 51, p. 97-99, p. 107-110 : surtout les notes.
2. Cf. Code Théod., XIII, 1, 10 : Figulos aut fabros, qui manu victum rimantur (certainement dans les campagnes). Il est bien difficile de ne pas voir des artisans ou paysans libres dans ces Bagaudes dont parle Salvien (V, 21-26), que les exactions du fisc ont obligés à fuir. Et il doit y avoir aussi parmi eux des petits bourgeois de villes, non obscuris natalibus editi et liberaliter instituti.
3. Ceux qui possédaient moins de 25 arpents, et qu'on pouvait qualifier de « pauvres »; cf. Godefroy, IV, p. 393. Paulin de Pella se dit même pauper à Marseille (cf. p. 140, n. 2), quoiqu'il lui reste maison de ville, petit champ et maison de banlieue (Euch., 520 et s.; ici, p. 147, n. 3).
4. Cf. p. 45, n. 2 : ce sont les inquilini, avec cette réserve, qu'il est souvent bien difficile de distinguer dans les textes Vinquilinus, ouvrier en location, de l'inquilinus transformé en colon à l'attache ou tributaire (cf. Sidoine, p. 164, n. 8; Digeste, ici, p. 160, n. 2; C. Just., XI, 48, 6 et 13). — On doit rapprocher de cette catégorie des ouvriers ambulants les chercheurs d'or, qui paraissent avoir été fort nombreux à cette époque (Paneg., XII, 28; Ammien, XXXI, 6, 6; Code Théod., X, 19, 9; cf. Ausone, Mos., 465, à propos du Tarn); cf. p. 45, n. 2.
5. Cf. C. Théod., XI, 12, 3 (transferendarum mercium); XIII, 1, 10.