PROSPÉRITÉ RELATIVE DE L'AGRICULTURE
dure'. Même en Belgique, malgré l'ennemi qui est tout proche, c'est le ravissement d'une promenade élysienne que de suivre les bords de la Moselle, de voir ces vignes penchées sur les coteaux, ces prés au ras de la rivière, ces routes blanches qui les traversent, d'entendre les chants et les rires des paysans qui s'approchent, les cris des muletiers sur le sentier de halage, les eaux frappées par les cadences des rames 2. De la Gaule entière les écrivains redisaient à nouveau ce qu'avaient dit ses premiers maîtres romains 3, qu'elle était riche en biens de tout genre4. Ses paysages inspiraient enfin les poètes par la grâce de leurs contours et l'harmonie de leurs nuances 8. Fleurs et fruits y brillaient pour le plaisir des hommes et même au gré de leurs caprices6 : d'habiles cultures y avançaient jusqu'au printemps la maturité des uns, continuaient jusqu'à l'hiver la floraison des autres, et les roses y bravaient gaiement la plus mauvaise saison 7.
Car il suffit toujours de quelques années d'espérance et de travail pour rendre la vigueur de sa jeunesse au sol de la France; et durant ce long siècle qui va de Dioclétien à Théodose, où la Gaule ne connut que quelques empereurs, tous attachés à leur métier, elle jouit bien souvent de ces lustres ou de ces décennales de paix suffisantes à la santé de sa terre8. Pas une seule fois elle n'eut à redouter une famine générale.
1. Cf. t. V, p. 181. C'est à la Limagne que j'applique la description de Salvien, De g. D., VU, 8.
2. Ausone, Mosella, 18 et s. (cf. t. V, p. 161, n. 5, p. 162, n. 2 et s.), 150 et s., 186 et s., 200 et s. Allusion aux blés de la Moselle (cf. t. V, p. 182, n. 3) entassés dans les greniers de Trêves, chez Ausone (alit; p. 51, n. 2).