Cf. t. V, p
8. Il m'a semblé assez nettement que le mouvement de réformation sociale, si nettement inauguré sous Constantin (t. VII, p. 137 et s.), s'était arrêté après lui; sans aucun doute l'épiscopat et l'empereur se sont laissé entièrement absorber par les querelles théologiques (t. VII, p. 157 et s.).
dominait, plus forte et plus oppressive que jamais; les esclaves y pullulaient; des bandes de misérables végétaient dans les forêts ; et quand revinrent les Barbares, tous les vagabonds accoururent pour les aider à piller, et les serfs des grandes familles s'échappèrent de leurs cellules ou de leurs ateliers pour prendre part à la nouvelle curée1. Inégalités et iniquités sociales, jalousies et haines de classes, rien encore n'était changé : un Christianisme de surface, chez les pauvres comme chez les riches, était incapable d'entreprendre des réformes utiles dans les mœurs ou dans les lois. Ces soi-disant fidèles du Christ n'avaient reçu du baptême ou de la communion qu'un signe à fleur de peau : c'étaient, comme auraient dit les sages, des sacs scellés du sceau divin, mais vides de toute vertu chrétienne. Le passé païen continuait à remplir le monde dans le décor d'un culte nouveau.
Seuls, quelques évêques et quelques saints avaient le courage de rappeler à ce monde que le pauvre et le riche ont les mêmes droits, et que la volonté dé Dieu est supérieure aux traditions sociales et aux caprices des chefs. Quand Martin de Tours accordait pareillement son audience à un misérable et à un comte2, quand il refusait d'admettre les plus hauts fonctionnaires de l'empereur à la table de son monastère3, quand il faisait attendre visiteurs intéressés ou flagorneurs importuns pour n'avoir pas à s'interrompre dans ses oraisons *, il se conformait à la vraie loi du Christianisme, qui était aussi la bonne loi de la nature humaine. Et de même, quand il tenait tête à l'un de ces terribles enquêteurs d'Empire qui traversaient les cités au bruit des chaînes et aux cris des tortures, quand il arrachait les prison-