LES BARBARES BANS L'EMPIRE
sénateurs1. Et surtout, derrière Silvain ou Hauto, qui s'entretiennent agréablement avec Ursicin ou Augustin2, se masse une soldatesque qui ne rêve que de guerre et de butin, qui ne connaît que la tente et la framée3.
Car c'est ici la grande et périlleuse différence entre les deux populations dont se compose l'Empire romain. La population indigène, latine, ne veut vivre que d'une manière pacifique : du serf fixé sur la glèbe à Ausone, sénateur et préfet du prétoire, de la terre qu'on laboure à la poésie qu'on déclame, tous ne s'entendent qu'aux travaux de la paix. Et, non pas en face d'eux, mais au milieu d'eux, s'agite la population barbare, qui, depuis le cavalier alain de l'escorte impériale4 jusqu'à Clodion, roi des Francs Saliens5, ne vit que dans l'espérance de la bataille prochaine.
Ces Germains, qui ont aujourd'hui la force, seront demain les maîtres du monde latin. Leur domination se prépare depuis plus d'un siècle par une succession logique de faits, en un mouvement irrésistible et fatal. Ce n'est pas le Barbare de la frontière qui mettra fin au règne de Rome par une conquête du dehors, par un coup de violence brisant les membres de l'Empire; c'est le Barbare de l'intérieur qui disloquera cet Empire par une usurpation au dedans, par une sorte de partage anticipé d'hoirie au profit d'enfants adoptifs ou de légataires imposés0.
1. Voyez le texte si caractéristique de Synésius sur les Goths : "Otav -cote oTCaooïc; a'JYYÉvwvxa-., •:•>,; Tï]pÉvvo-j (la toge) y.aïa-fôXâxj'., (j.e6' ?)ç où y. Eivaî çacri £tqjov).y.caç cù[Aoipiav (De regno, § 15, P. Gr., c. 11)'.):!).
2. Pour Silvain (p. 304), Ammien, XV, ;>, 28. Pour Bauto. 1. VII, p. 281, n. 2.
3. Voyez les incessants déplacements des Goths dès le début du siècle suivant.