‹ Histoire de la Gaule (volume 3)Chapitre 62 sur 473 · LE DOMAINE · texte numérisé non relu

LE DOMAINE

rence. (Chaque génération en apportait de nouvelles à la gestion des hommes d'affaires du prince; et je pense qu'ils mettaient leur amour-propre et qu'ils avaient leur intérêt à grossir les millions d'arpents confiés à leurs soins : incursions de Barbares, guerres civiles, causes criminelles, fraudes fiscales, usurpations de prétendants, changements de religion ' et même procès d'hérésie, toute misère humaine finissait sur un accroissement du domaine princier-. La persécution des Priscillianistes a été pour Maxime l'occasion de richesses inespérées3. Un jour Constance, le fils de Constantin, s'imagina qu'un riche Aquitain regardait du coté de la pourpre : et l'empereur lit aussitôt transférer les biens du maladroit sur les rôles des terres de César ''. Les écrivains du temps reprochaient sans relâche aux sénateurs d'arrondir à tout prix leur patrimoine, aux dépens de leur voisinage et au mépris de toute justice ' : mais c'était le souverain qui leur donnait l'exemple.

Faute de documents, nous ne pouvons nous faire une idée précise de ce qu'était devenue en Gaule sa fortune de propriétaire foncier. Mais il faut la supposer considérable, l'évaluer par centaines de milliers ou plutôt par millions d'hectares. Dans un ou deux siècles, les rois Mérovingiens posséderont presque tous les grands domaines voisins de la ville de Paris : par exemple, Issy et ses dépendances, qui allait de

1. Je songe ici aux bona templorum réunis à la res privata en principe par la loi de Valentinicn en 364 (Code Tliêod., X, I, S). Il ne s'agit du reste là que de eeux qui avaient été confisqués ou aliénés depuis Constantin. Mais le principe demeura maintenu et sans doute étendu (X, 3, 4 et 5; XVI, 10, 20: etc.); cf. p. 154. Et il faut peut-être voir là au début, sous Valentinien, une précaution qui visait lout à la fois la mainmorte des temples païens et celle des communautés chrétienne-;.

2. T. VII, p. 25, n. 4, p. 100. p. 293, n. 2, p. 300, n. 5. On pourrait multiplier les textes à l'infini. En regard, les faits de vente de domaines par le prince sont très rares; on en signale, mais avec colère, sous Magnence (Julien, Or., H, p. 34, Sp.).

3. T. VII, p. 300, n. 5; cf. Paneg., XII, 25, 26, 28, sous Maxime; 26 : Comportabantur spolia provinciarum, exuviœ e.cuhi.n, bona peremptoruin (il s'agit d'ailleurs 'le meubles, de bijoux, de vaisselle et d'espèces aussi bien que de terres).

4. Qu:r res patrimonium dioes evertit: Ainmien, XVI, 8, 8. Cf. p. 7.

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