LA POURSUITE DES HELVÈTES ET LA RUINE DE DUMNORIX
Jules César, les entraînant à la suite d'une volonté qui ne lléchissait pas.
Les Helvètes continuaient leur marche vers la Saône. Ils devaient la passer (à Màcon?') et gagner ensuite les cols du pays éduen. Il s'agissait pour César d'atteindre la rivière avant eux et de leur fermer la route.
L'opération semblait facile; le proconsul avait tout pour réussir : peu de chemin à faire depuis Lyon, la rapidité coutumière de ses marches, l'extraordinaire lenteur des Barbares. Et cependant, il se laissa devancer par eux*. On ne lui apprit leurs manœuvres que lorsqu'ils avaient déjà commencé le passage sur un pont de bateaux ^. Il eut beau, avec Labiénus ^
1. J'ai supposé le passage à Mâcon, parce que : 1° la route directe du pas de l'Écluse (p. 204) à Toulon (p. 213, n. 1) passe par là; 2° les Helvètes n'ont pu trouver une telle quantité de bateaux qu'à un endroit fréquenté, ce qui est le cas de Màcon; 3° de Màcon partent les principaux chemins vers l'intérieur du pays éduen (p. 208, n. 9). — Devant Màcon, ils ont pu camper, non pas certes sur les terrains bas et si souvent inondés de la rive gauche, mais sur les plateaux qui dominent ces terrains à Test (Replonges, La Magdelaine, etc.). — De même, Dunod, carte, de Saulcy, p. 294, etc. — Entre Villefranche et Trévoux, à l'embouchure du Formans (von Gœler, 1" éd., p. 15-16; Napoléon IH, p. 68; Yalentin-Smith, Fouilles dans la vallée du Formans, Lyon, 1888; Rice Holmes, p. 610-3; etc.; cf. ici, n. 3) : cela me parait trop bas, trop voisin de la frontière romaine, les Helvètes auraient-ils, sur cette route, traversé et pillé des domaines éduens (p. 205, n. 1)? et cela suppose un énorme détour par le sud, le long du Rhône. Mêmes objections contre Belleville (Hellcr; Creuly, p. 45), contre Saint-Romain-des-lles (Monnier, Études, p. 24). — L"opinion ancienne montait trop haut, même vers Ghalon (Sanson, § 155), et même vers le conlluent du Doubs (Marlianus).
2. Polyen (VIII, 23, 3) semble dire qu'il se tenait à dessein à une journée en arrière d'eux : cela doit se rapporter à plus tard (p. 209). César dit que le passage de la Saône par les Helvètes commença vingt jours avant son arrivée (13, 2).
3. Per exploratores Cœsar cerlior faclus est très jam partes copiarum Helvetios id flumen traduxisse; I, 12, 2; la hâte avec laquelle il s'élance contre le reste (I, 12, 2), montre bien qu'il voulait tout faire pour empêcher le passage, et cela était naturel; •f. Dion, XXXVIII, 32, 4. — On suppose d'ordinaire (et c'est le principal argument des partisans du passage près de Lyon, ici, n. I) que César a attaqué les Helvètes en partant du premier camp qu'il ait établi après avoir franchi la frontière (p. 206, n. .3). Mais il est fort possible qu'entre ce moment et l'attaque, il ait fait une ou deux marches vers le nord, et soit parti par exemple de Thoissey. — Contrairement à l'opinion courante, je crois que ratibus ac lintribus junctis fait allusion à un pont de bateaux (1, 12, 1).
4. César et Dion attribuent ce fait d'armes au proconsul seul^. Plutarque (18) et Appien (Celt., 15) l'attribuent avec insistance à Labiénus seul, et Appien semble même dire (en réalité, je crois, il parle des opérations qui suivent) que César était occupé ailleurs. Étant donné que César n'a jamais dissimulé les mérites de
et trois légions, faire diligence au milieu de la nuit : trois des tribus Helvètes étaient déjà en sûreté sur l'autre côté de la rivière; il ne put surprendre que la quatrième, celle des Tigurins. Il en massacra une bonne partie *, et, comme il n'y avait eu à vrai dire ni combat ni victoire, il se vanta d'avoir au moins châtié les hommes qui, jadis complices des Gimbres, avaient infligé aux Romains la double honte de la défaite et du joug^
César se hâta d'achever le pont construit par les Barbares ' et de le faire passer à ses troupes *. Les Helvètes s'effrayèrent; et le jour même, il vit arriver dans son camp une ambassade conduite par le plus célèbre de leurs chefs, Divico, le vainqueur des Romains au temps des Cimbres ^ Le proconsul et le vieux chef échangèrent d'abord de belles et fîères paroles sur le hasard des combats et la dignité de leurs peuples ^ Mais, quand on en vint à préciser, le proconsul réclama aussitôt des otages \ Divico répliqua que les Helvètes en recevaient et n'en donnaient pas, et il partit sur ce mot ^
La poursuite commença le lendemain. En tête des Romains marchait la cavalerie gauloise, formée surtout par les escadrons éduens °. Ils prirent contact le jour même avec les cavaliers
Labiénus (p. 151, note), j'hésite à croire qu'il n'ait pas dirigé lui-même les opérations ; étant donné qu'une autre version présentait Labiénus comme le vainqueur, j'hésite à croire qu'il n'ait pas accompagné César.
1. I, 12, 2-4; 13, 5; Dion, XXXVIll, 32, 4; Polyen, VIII, 23, 3 (qui semble dire que César ne détruisit que ceux qui avaient traversé le fleuve, 30000 hommes). — Le reste se réfugia in proximas silvas [les bois de Bâgé?j. — 11 est probable, si le passage eut lieu à Mâcon, que César, arrivant par le sud le long de la rive gauche, a commencé par couper les Tigurins du passage et de la rivière, en débouchant vers Le Puits-Guillemin, au pied des plateaux où ils campaient (cf. p. 207, n. 1). — Peut-être vers le 6 juin, jour de la pleine lune, ce qui expliquerait la marche de nuit.