‹ Histoire de la Gaule (volume 4)Chapitre 703 sur 776 · Cf. VIII · texte numérisé non relu

Cf. VIII

8. L'emplacement du camp gaulois doit être cherché : 1° chez les Bellovaques (7, 1); 2° à portée du Soissonnais (6, 2); 3" non loin d'une rivière importante (18, 1); 4" dans une région très boisée (7, 4; 12, 1 ; 18, 1); 5" à la lisière de cette région (7, 4). Il faut songer, sans trop hésiter, à la vallée de l'Aisne et à la forèl de Compiègne : car je crois que la limite entre Suessions et Bellovaques coupait r.\isne vers Ressons-le-Long et longeait ensuite la lisière sud-est de la forêt, et je crois qu'il faut étendre jusqu'à Ressons-le-Long, près de l'Aisne, le pays Rosontinsis (Grégoire de Tours, H. Fr., IX, 20), le rattacher aux Bellovaques, et lire sans doute {Vila s. Amandi, 6 févr., I, p. 863) in pago Belvacensi locum, cui vocahulum est Rossonto, secus A[x]onnani fluviuin fcf., dans un sens en partie analogue : de Valois, V. G., p. 480: Jacobs. Géogr. de Grégoire de Tours, 1858, p. 120-7; Dubuc,

tégés par les bois et les marécages, ils attendaient sans trouble l'armée des ennemis'.

César, ne pouvant les déloger-, tenta de les attirer en bas, sur le chemin, en leur offrant la bataille : ils ne bougèrent pas^

De Suessionum civitate, 1902, p. 110; contra, Longnon, Géogr., p. 510). — Cela posé, nulle part, dans la forêt, on ne trouve un emplacement qui réponde aussi exactement que le mont Saint-Marc aux données d'Hirtius. En ce qui concerne l'aspect : 1° une colline élevée et isolée (7, 4; 9, 1; 11, 1), 2° boisée (7, 4), 3° bordée d'un marais avec gués et passages (7, 4; 10, 2; 11, 1 ; 13, 1; 14, 4), 4° flanquée d'un éperon montagneux rattaché à elle (14, 4; p. 550, n. 2), 5° mais cet éperon, séparé d'elle par une vallée peu large (14, 4 et o). En ce qui concerne la situation : 1° à l'entrée de la forêt, 2° vis-à-vis d'une autre colline, dont la séparent les marais et une vallée plus profonde que large (9, 2; cf. p. 549, n. 2), 3° dominant la route du Soissonnais, 4° dans un pays assez peu habité (7, 7; 10, 3 et 4), 5° mais à 3 ou 4 kil. d'une plaine assez large et fertile (p. 551, n. 2). — Cet emplacement, comme celui du camp de César au mont Saint-Pierre-en-Chastre (p. 549, n. 1), parait avoir été signalé d'abord par de Saulcy (Campagnes, p. 402), accepté souvent depuis (Creuly, Carte, p. 99; Napoléon III, p. 368; Rice Holmes, p. 804 et suiv.). Contra, [Maziére), Les Campagnes de Jules César dans les Gaules, Compiègne, 1862, et Vauvillé, Mémoires de la Soc. des Antiquaires de 1908, LXVI1I = V1I, VIII, 1909. — Au confluent de l'Oise et de l'Aronde, le camp de César au mont Ganelon : Rose, Le Théâtre de la dernière guerre, Reauvais, 1866 (extrait du Guetteur du Beauvoisis). — A l'entrée de la même forêt de Compiègne, sur les hauteurs au sud-est de Pierrefonds : von Gœler, p. 339. — Du même côté, vers Champlieu : de Bailliencourt, Comité arch. ^e Noyon, 1856-60(1862), p. 130 et s. — Dans la foret de Laigue, au parc d'Ollemont : Peigné-Delacourt, Campagne, p. 4 (extrait des Mém. de la Soc. acad. de l'Oise, V, I, 1862). — Sur la colline de Clermont (il semble qu'on y ait pensé au xviii' s., et l'emplacement n'est pas impossible, à la condition de mettre César à Clermont et les Gaulois au bois des Côtes) : le même Peigné-Delacourt, Étude nouvelle, etc., dans le Comité arch. de Sentis, 1869-71 (1872), suivi par Plessier, Notes sur la deuxième campagne, etc., 1898, Clermont (Oise). — Au « camp » de Gouvicux : Vatin, César au camp de Gouvieux, Sentis, 1865; Litonnois, Comité arch. de Sentis, 1865 (1806). — « Dans les environs de Noyon • : Barrette, Comité arch. de Aoyon, II, 1867, p. 262 et suiv. — Le mont César et ses abords, opinion primitive (avec variantes) : L'Oisel, .Mémoire... de Beauvais, 1617, p. 7; Cambry, Descr. du dép. de l'Oise, I, 1803, p. 194 et suiv.; Devic, Études sur les II' et VIII" livres, etc., Arras. 1805, p. 59 et suiv. — Aux abords de Liercourt, près de la Somme : d'Allonville, Camps romains, p. 85 et suiv. — Les mémoires de de Grattier {Comité arch. de Noyon, H, 1867, III, 1868, IV, 1872, p. 169 et 202) sont surtout critiques.

1. Le camp bellovaque doit être cherché surtout à l'est du mont Saint-Marc (cf. VIII, 14, 5). Mais ils étaient assez nombreux (plus de cent mille, cf. VIII, 7, 4, à 11, 4, 5) pour occuper toute la montagne. D'autant plus qu'il y avait avec eux des bagages et des non-combattants (14, 1), qui paraissent relégués sur le côté ouest, boisé, de la montagne Un ulteriores silvas, 1, 4).

2. Du pays de Soissons (p. 547, n. 5), César traverse ^7, 1) la frontière des Belloj vaques (p. 547, n. 8) à la hauteur de Ressons-le-LongC?) : il campe là (7, 1), et envoie ses cavaliers aux informations in omnes parles (il y a, à Ressons, trois nuitcs, l'uiu', vers Noyon, l'autre, vers Sentis, la troisième, vers Compiègne et Beauvais).

3. 8, 4; 9, 1 et 2; marche de Ressons au mont Saint-Pierre par Croutoy, Cuiso et l.'i vieille route (<;f. Napoléon 111, pi. 30), qui passe entre le mont Collet et l'clangde la Rouillie? C'est à leur descente vers l'étang (|ue l'ennemi découvrit le»

CAMPAONK CONTRE LRS HKLGES. 549

11 campa alors en face d'eux, sur la hauteur la plus voisine ' (le mont Saint-Pierre?'), et se tint en observation^ : ils se bornèrent à faire sortir quelques hommes pour enlever les fourrageurs romains \ C'était une longue aiïaire qui s'annonçait. ! Voyant cela, le proconsul appela chez les Bellovaques trois autres légions *; il avait déjà avec lui les escadrons des Hèmes, des Lingons et d'autres cités, des cavaliers et des fantassins germains". De son coté, Comm était allé chercher du secours au delà du Rhin : il en ramena un demi-millier de, chevaux*. Le camp romain fut fortifié comme pour un long siège, pourvu de blindages, d'un double fossé, de tours réunies par des ponts ^ A voir tous ces ouvrages et ces concentrations d'hommes, on crut que les jours d'Alésia revenaient*.

légions repente (9, 1), et c'est de là, vers l'étang, que César aperçoit mullitudinem hosthim (9, 2), rangée sur le rebord du plateau [sur l'éperon qui domine le ru de Berne, voir à l'écriteau du « beau panorama » du Touring-Club] (9, 1). De l'étang, en gardant toujours le nord de la ligne des marais, il a dû longer le pied du mont Collet (cf. p. 550, n. 2), puis traverser la ligne des marais au delà de l'étang de l'Étau, pour monter à Saint-Pierre.

1. Les fouilles ont fait, dit-on, découvrir le camp de César (Napoléon III, pi. 30 et p. 370; cf. n. 7) : 25 hectares pour 4 légions. — On a de nos jours reconnu à Saint-Pierre les vestiges plus certains d'un oppidum gaulois (Vauvillé). Mais je ne crois pas qu'on doive en tirer une conclusion contre un campement de César. — Je comprends du reste que, disparaissant sous ses hautes futaies, le mont Saint-Pierre ne rappelle guère un emplacement de camp romain et fasse plutôt songer à un oppidum diminutif du Beuvray. Mais César a dû, évidemment, commencer par déboiser les flancs, au moins du côté nord, en admettant qu'ils fussent alors couverts d'arbres.

2. 9, 2; 10, !.. L'expression, valle intermissa, magis in altitudinem depressa quam late patente (9, 2), me paraît désigner la vallée entre Saint-Marc et Saint-Pierre, vue surtout du nord de cette dernière colline.

3. 10, 2-4. Ils vont fourrager raris disjectisque ex œdificiis (Vieux-Moulin, Vivier- Frère-Robert, Trosly, Breuil?).

4. Les Xm\ YI'.'XIV" (II, 1, cf. 6, 1 et 4, 3). 0. II, 2; 10, 2; 12,3-6; 13, 2.

7. 9, 3-4 : vallum haut de 12 pieds, pourvu d'un blindage (loricula) d'osier; deux fossés de quinze pieds [à eux deux? cf. p. 470, n. 8], à parois verticales {fossa duplex derectis lateribus) [les fouilles ont fait retrouver, non pas des fossés à parois verticales, mais à fond de cuve, pi. 30; je ne suis pas sûr, ainsi que le pense aussi Vauvillé, p. 167, qu'il s'agisse de ceux de César]; des tours extérieures sur les portes; sur le vallum, des tours à trois étages, réunies par un pont ou. plancher continu, pourvu d'un parapet d'osier blindé (loricula) : ce qui faisait, vallum et pont, deux lignes de combat superposées (duplici propugnatorum ordine).

8. Similem obsessionem Alesise, VIII, 14, 1. — Comme incidents : une défaite des

Ce souvenir fît plus que toutes les manœuvres pour décider les Bellovaques à la retraite. A l'approche des trois nouvelles légions, ils craignirent d'être cernés, et se préparèrent à déguerpir'. César essaya de les surprendre dans le désordre du départ, et gravit en hâte un éperon de la montagne qui portait leur campement (mont Collet?) "^ Il allait les atteindre' : mais les Gaulois allumèrent subitement de grands feux sur le front des légions*, et quand l'incendie se fut éteint, ils campaient en sûreté à plusieurs milles de là^ Tout le travail du camp était à recommencer pour César.

fourrageurs rémois de César tombés dans une embuscade silvestribus locis (12, 1) [autour des pâturages de Trosly?]; une victoire des Germains de César entre les deux camps, ad vada transitiisque paludis (13, 1) [sur les sentiers qui traversent le ru de Berne?". Après ces deux combats de cavalerie, Dion mentionne un troisième combat d'infanterie (XL, 42, 1).

1. VIII, 14, 1-2. Par un des sentiers de l'ouest du monl Saint-Marc?

2. 14, 3-4 : Jd jiigum [mont Collet], qiiod trans paludein [le marais et l'étang de l'Étau, qui prolongent au nord-ouest Tétang de la Uouillie] pœne ad hostium castra pertinerel [voyez le seuil à l'est du mont Saint-Marc], inediocri valle a castris eoriiin intercisum [le ravin nord entre le mont Collet et le mont Saint-Marc] animum adverteret, pontibus paliide constrata [sur la ligne des marais, entre l'étang de l'Etau et l'étang de la Bouillie, à droite ou à l'est de Tendroit où César a passé cette ligne au début, p. 548, n. 3J, legiones traducit celeriterque [par le cbemin (jui monte au carrefour du mont Collet] in suininain planiliem jugi pervenit [au milieu du mont Collet, qui en est la partie la plus large et la plus aplanie], quœ declivi fasligio duobus ab lateribus muniebatur [les pentes du nord vers Trosly-Brouil, du sud vers les étangs].

3. 14, 5 : Ibi [au milieu, n. 2] legionibus inslniclis, ad idlimum juguni pervenit [sur le seuil entre le mont Saint-Marc et le mont Collet, plutôt qu'à l'éperon nord de ce dernier?], aciemque eo loco constitait, unde tormento missa tela in hostium cuneos conjici passent. Ce qui explique la mention de machines dans ce passage, c'est que César fit construire ensuite (15, 1-2) un camp fortifié pour deux légions [au milieu du mont Collet, devant le seuil, bon emplacement de petit camp], et que, cela fait, il prépara (15, 3) l'attaque [par le seuil].

4. VIII, 15, 5. Ilirtius explique l'abondance de branchages, etc., par le fait que les Gaulois in acie sedere [sedentes edere? cf. Strabon, IV, 4, 3]; en réalité, le mont Saint-Marc devait être, comme il l'est encore, en grande partie boisé. — Dion Cassius (XL, 42, 2-3) parle d'une fuite des Gaulois à travers la forêt, de l'incendie de cette forêt, éteint par les Romains, qui parvinrent jusqu'aux fugitifs et les massacrèrent : là s'arrête son récit.

5. 15, G: IG, 3. Ils campèrent (IG, 3) loco munitissimo, au delà d'une rivière (20, 1) : cela correspond bien au monl Ganelon, au delà du conlluent de l'Aisne et de l'Oise. De fait, cet emplacement a été proposé de très bonne heure (von Gœler, p. 348) et accepté par la plupart. — Toutefois, l'indication de la distance, dix milles, donnée avec une certaine insistance (IG, 3; 20, 1), me fait hésiter, car le mont Ganelon est à moitié moins du premier camp, et il domine la plaine de l'embuscade (objection bien vue par Mazière, p. 01), alors (jue le second camp gaulois est dit à huit milles de cette plaine (20, 1). Do plus, il so

Il brusqua alors les choses, avant même l'arrivée de ses renforts. Les Bellovaques s'étant remis à s'embusquer sur la route de ses fourrageurs ', il leur répondit par un contre-piège. Un jour, Correus se cacha avec 7000 hommes dans la forêt qui bordait la plaine où les Romains allaient aux vivres (entre Compiègne et le passage de Choisy?*). César l'apprit, envoya quand même ses hommes, avec ordre d'accepter le combat, et mit en mouvement, derrière eux, toutes ses troupes'. Ce fut Correus lui-même qui dirigea l'attaque, pensant n'avoir affaire qu'à une poignée de fourrageurs*. Comme les cavaliers de César tenaient bon, le Bellovaque fut entraîné à faire sortir tous les siens du fourrée Ce fut alors que le gros des ennemis se présentèrent®. Les Gaulois s'enfuirent, Correus fut entouré de toutes parts, et on lui cria de se rendre. Il répondit en frappant autour de lui comme un forcené, et on dut le tuer sous une volée de javelots'.

La chose était faite quand César arriva, et il n'eut plus qu'à

prête, mieux encore que le mont Saint-Marc, à cet investissement que les Bellovaques redoutaient tellement (Vlll, 14, 1). En outre, au mont Ganelon, qui est à l'extrémité de leur territoire, les Bellovaques ne couvraient pas la route de leur pays. — On peut proposer, à dix milles du mont Saint-Marc, sur la route de Beauvais, la masse des hauteurs, plus confuses, moins isolées, de Jonquières, Armancourt, Le Meux, Rivecourt, le long de l'Oise, Jlamen impeditum (20, 1). Mais cela ne vaut certes pas, comme refuge, le mont Ganelon.

i. 16, 4 : ou devait aller au fourrage sur la route de Compiègne, le long de l'Aisne, rive gauche.

2. Le lieu de l'embuscade est campus, large d'un mille, bordé d'une rivière d'accès difficile et de forêts (18, 1), riche en blé et fourrage (17, 1), à huit milles du nouveau camp barbare (20, 1; p. 550, n. 5); c'est sans doute la plaine de Choisy, entre l'Aisne continuée par l'Oise et la forêt de Compiègne. Les Romains arrivent le long de la rivière, et les Gaulois sortent peu à peu de la forêt. Après la bataille, ils sont rejetés, soit dans la forêt, soit dans l'Aisne (19, 7), pris ainsi à leur propre piège (19, 6; 18, 1). — On a aussi proposé, pour conserver la distance avec le mont Ganelon (p. 550, n. 5) : Trosly-Breuil (von Gœler, p. 349), Rethondes (Creuly, p. 99). Mais, outre que le pays avait dû être déjà épuisé par César, les Bellovaques se seraient-ils exposés si prés des lignes ennemies?

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