DL' MELANGE ENTRE VAINQUEURS ET VAINCUS
gauloise, mais César les a faits citoyens romains, et ils vont à Rome pour voter au Champ de Mars ou siéger au sénat'. Ils ont toujours leur grande déesse nationale, mais ils l'appellent maintenant ^Minerve, et ils l'adorent sans doute sous la figure de la déesse du Capitole, fille de Jupiter-. Le sol, les hommes, les dieux, les noms, les pierres et les pensées étaient devenus également romains ^
Pour comprendre cette fusion des vainqueurs et des vaincus en un seul corps social, cet accord accepté avec joie par les uns et les autres, il faut nous dégager de nos idées traditionnelles sur le monde antique. Xous nous le figurons volontiers comme un amas incohérent de villes solidement murées, de peuples toujours rivaux, de dieux égoïstes et jaloux, de patries étroites et féroces, pour qui tout étranger était un ennemie II est bien vrai que ces sentiments existaient, de même qu'ils existent dans le monde d'aujourd'hui. Mais ils n'empêchaient point les sentiments contraires, et les hommes et les dieux, plus souvent que ceux des temps modernes, trouvaient mille raisons de s'entendre.
Il n'y avait pas entre les peuples ces questions ou ces sophismes de races que notre temps a imaginés. Asiatiques et Grecs, Gaulois et Romains ne se croyaient pas d'une nature spéciale, et ne pensaient pas que des ancêtres différents les eussent engendrés \ La plupart d'entre eux se disaient également les fils de la Terrée D'étranges généalogies affirmaient l'unité de la race humaine ', et les fondateurs d'empires parlaient de la rétablir'.
1. Dion Cassius. XLI. 30. 3: Stralioii. V. i. 0 et 10: De b. G.. VIII, oO, I ; Tacite, Annales, XI, 23.