VI. — L'ARMÉE DU RHIN EN ITALIE
Par malheur pour Rome, la frénésie gagnait de proche en proche. Au delà des Alpes, sur le sol sacré de l'Italie, l'armée de Yitellius se montra pire que dans les Gaules. Les légionnaires, pour la plupart, n'étaient romains que de nom. Ces mots de Rome, d'Italie, de patrie, leur semblaient de vaines paroles-. Les auxiliaires qui les entouraient, venaient des peuplades de l'Occident, Gaulois, Lusitans, Bretons, Rataves et Transrhénans même : car les généraux de Yitellius, pour être plus sûrs de leurs troupes, avaient fait appel à tous les Germains, et des deux côtés de la frontière'. Les quelques Latins de leur armée se trouvaient perdus dans des flots de Barbares.
Aussi, cette armée qui, sur la Moselle et sur le Rhône, avait traité les Gaulois comme si elle était une légion de César,
1. Cet épisode de Maricc est à coup sûr plus curieux, plus intéressant, que les batailles entre Othon et Yitellius. Or Tacite, et ceci nous montre mieux que tout le profond contraste entre les historiens d'autrefois et ceux de nos jours, Tacite a honte de parler de ce misérable à côté des grands chefs (II, Gl) : Inler magnoruin oiroruni iliscriinina pudenduin dictii. Et cela est à retenir pour comprendre le mépris dont les Romains de cette allure ont accablé les Chrétiens.
3. Gcrmanorum auxilia, I, Gl ; Transrhcnanos, II, 17; 11, 32 et 35; I, 70. C'est peut-être ce (jui expli(iue le calme de la Germanie pendant cette guerre.
traita les Italiens, sur le Pô et sur le Tibre, comme si elle était la horde de Bellovèse ou d'Arioviste'. Les plus fameux et les plus entreprenants en étaient les soldats des cohortes bataves, issus des terres les plus reculées de l'Empire-. Pour complaire à leurs hommes, les chefs se mettaient à l'unisson. Cécina s'habillait en Barbare, portant la tunique à manches et les larges pantalons des Gaulois, les épaules recouvertes de leur manteau aux couleurs bariolées : et c'était une honte que de le voir, lui, légat et bientôt consul, recevant en pareil costume les ambassadeurs du peuple romain, vêtus de la toge consacrée ^
Enfin, Vitellius quitta L3'on, passa les Alpes '"^ et prit la tête de son armée pour entrer dans Rome. Itien, pour les patriotes de l'Empire, ne fut plus poignant que les heures de cette entrée, lorsqu'ils virent défiler en vainqueurs, sur le Forum, devant les temples des dieux, les rangs des troupes gauloises et germaines, douze escadrons et trente-quatre cohortes de guerriers farouches, armés de lances énormes, couverts de peaux de bêtes, hurlant des chants de guerre en une langue inconnue'. Plus heureux que les Celtes de Bellovèse % Gaulois et Germains de Vitellius purent gravir le Gapitole, conduits par leur empereur' (juillet 69).