IV
avec quelques Trévires, les approches de la ville rebelle (à Uiol)'. Cet obstacle écarté, plus rien n'arrêta le légat jusqu'à Trêves, où il entra sans bruit et sans massacre, comme un gouverneur qui prend possession de sa cité".
Quelques heures après son entrée, on vit revenir de Metz les deux légions repenties. Cérialis les aborda sans colère, consolant les hommes de son mieux, rejetant leur faute sur le destin, défendant à tous de faire allusion au passé \ Une grande paix descendait peu à peu sur les âmes*.
On pouvait maintenant parler raison aux Gaulois". Le légat réunit en une vaste assemblée ceux qui étaient restés dans la ville, Trévires et Lingons, parjures ou fidèles; et il prononça devant cette multitude, désormais reconquise à Rome, un discours plein d'éloquence, de sagesse et de douceur. Cérialis était un Romain de l'ancienne trempe, à la Drusus ou à la Germanicus. qui savait commander et plaire. Il montra aux révoltés, sans cri d'injure, sans mot de reproche, leur ingratitude envers Rome, leur imprudence envers la Gaule. Ce n'était pas à la liberté qu'ils seraient allés, mais à la tjTannie d'un nouvel Arioviste, avide de leurs richesses. Depuis César, Rome n'avait cessé de les aimer chaque jour davantage : ils étaient devenus citoyens chez elle, ils y trouvaient leurs dieux et leur foyer. Et, comme dernière marque damour de la grande patrie, Cérialis leur accordait le pardon.
Quelques Trévires, qui n'avaient point cru à ce pardon, s'étaient réfugiés dans le camp de Civilis, où se trouvaient aussi Classicus et Tutor''. Ces chefs ne seront plus que
1. Rigodaluin, troisième campement sur la route de Mayence à Trêves, IV, 71; Valentinus campait sur une hauteur bordée par la Moselle (à Riol même), hauteur que Cérialis enleva, après l'avoir bloquée par sa cavalerie, massée sur les sommets environnants (le cirque qui encadre Riol). Valentinus fut pris (p. 213, n. 5).