‹ Histoire de la Gaule (volume 5)Chapitre 404 sur 792 · LA GAULE SOUMISE AU REGIME MUNICIPAL · texte numérisé non relu

LA GAULE SOUMISE AU REGIME MUNICIPAL

d'elles, des lois communes et des magistrats suprêmes; au centre et comme au cœur de ce peuple, une ville maîtresse, résidence préférée de ses chefs et de ses dieux, lieu des rendez-vous de tous ses hommes, pour la résistance en temps de guerre, pour les foires en temps de paix, pour le culte d'alliance en temps de fête. Telles étaient la cité des Eduens et Bibracte sa ville, les Arvernes et Gergovie, les Bituriges et Avaricum. les Parisiens et Lutèce. Le spectacle qu'offrait aux contemporains de César un vaste peuple de la Gaule, groupant peu à peu ses tribus autour d'une puissante capitale, leur rappelait les dèmes de l'Attique venant fraterniser dans Athènes ' ou les douze tribus d'Israël communiant dans l'enceinte de Jérusalem sur le seuil du temple national -.

Rome, loin de combattre cette forme de la vie publique, mit tout en œuvre pour la fixer chez les vaincus. A favoriser en Gaule le régime municipal et urbain, elle ne trouvait que des avantages. Elle encourageait les habitudes que prenaient les peuples ; elle marchait avec eux dans la voie de leurs destinées naturelles". Puis, inviter les hommes à se réunir dans une grande ville ou à lui confier leur vie politique, 3^ concentrer les demeures et les intérêts de milliers de familles, faire de cette ville « la tête » d'un vaste corps, n'était-ce pas le moyen le plus sûr de régenter ce corps, de le transformer à la romaine? Qu'on se figure, — au lieu de ces quatre-vingts capitales de cités \

1. Miî; TTÔXïw; l'va Sf|[AOV à7t£?r|Vc, Plularque, Thésée, 24: cf. t. Il, p. 63, n. 2.

2. « Le peuple s'assembla à Jérusalem, comme si ce n'eût été qu'un seul homme ». Esdras, 3, 1. — J'ai tenu à parler ici d'Israël et de Jérusalem, parce que le monde antique n'a pas offert un exemple plus saisissant de l'empire d'une ville sur son peuple : le type idéal de la cité antique, c'est là, ou c'est à Tvr et à Garthajçe, que nous le trouverons, plus peut-être qu'à Rome ou à .\lliènes.

3. 11 y a, là-dessus, de très fines remarques cliez Cliainbellan, par exemple I, p. 730 : « Ainsi, les cités gauloises facilitaient l'application des formes municipales romaines; et ces formes, en s'nppliquant aux villes chefs-lieux, contribuaient puisiamnient à maintenir tel quel le vieux fond même de la société gauloise. ■>

4. Pour ce chiffre, cf. p. 31-3, 70-0 (.\arbonnaise) et 1)0-1 (Gaule Ghevelue); t. II, p. 21.

eu rapport constant avec le prince et ses agents, recevant du peuple souverain des ordres ou des habitudes, et les recevant pour les transmettre autour d'elles, villes pareilles à des foyers, où la vie est plus intense, où pénètre plus profondément la chaleur venue de Rome, et d'où elle rayonne avec plus d'énergie sur le reste des hommes et des terres, — qu'on se figure à leur place un demi-millier' de districts ruraux, avec leurs bourgades nombreuses et médiocres, leurs familles isolées dans des fermes ou des châteaux forts : que de difficultés pour surveiller ces groupes incohérents et innombrables! avec quelle lenteur ils se laisseraient amener à la culture latine! La cité, la ville, la vie municipale, dans la pensée des Grecs et des Latins, s'associaient au gouvernement idéal, à la plénitude de la civilisation ; et l'expérience de chaque jour confirmait sur ce point les théories des philosophes. Si l'Espagne des hauts plateaux, si l'Afrique du désert et des montagnes demeuraient réfractaires à la civilisation romaine, c'est qu'elle ne s'y montrait pas encore sous l'aspect visible et séduisant de villes belles et durables, et qu'il avait fallu laisser Cantabres et Celtibères à leurs clans et à leurs tours des sierras -, Maures et Numides à leurs tribus errantes et à leurs marchés des oasis ^ Si au contraire la Gaule lombarde et la Ligurie piémontaise étaient arrivées à un degré étonnant d'obéissance et de richesse, c'est parce que les Cénomans, les Insubres et leurs voisins s'étaient rangés de bonne grâce sous la loi de leurs grandes villes, Brescia, Vérone, Côme, Milan et Turin*.

Enfin, soumettre la Gaule entière aux pratiques municipales, c'était simplifier les choses pour tout le monde, chefs et sujets. Il n'était point besoin à ceux-là de chercher des règles nouvelles

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