‹ Histoire de la Gaule (volume 5)Chapitre 47 sur 792 · LES DESSEINS DE JULES CÉSAR · texte numérisé non relu

LES DESSEINS DE JULES CÉSAR

je dirais volontiers rationnelle et scientifique, témoigne de son 'désir d'assigner à tous les hommes les mêmes droits et les mêmes devoirs. — Mais il pourrait se faire que les plus beaux de ces plans de réforme fussent l'œuvre de jurisconsultes philosophes, admis à conseiller César \

L'empreinte de sa volonté est plus nette dans sa manière de traiter la ville de Rome. Il fallait qu'elle devînt, à tous les égards, la cité maîtresse, plus belle qu'Athènes, plus riche qu'Alexandrie. Et ce fut, chez le dictateur, une folie continue de construire et d'assembler, temples, basilique, théâtre, forum, livres et statues-. — Mais César, bien avant sa dictature, avait déjà déployé ce zèle de bâtisseur % et tout imperator romain tenait pour aussi glorieux de dédier des édifices à son nom que de fonder des colonies ou de célébrer des triomphes ^ C'est ailleurs que se montre l'originalité de César, chef d'empire.

Elle est d'abord dans la façon dont il envisagea son pouvoir. Dictateur, imperator, souverain pontife, consul, ces titres romains, anciens et respectés, cumulés l'un sur l'autre, suffisaient à lui assurer l'autorité la plus absolue '. Mais ils ne satisfirent pas son âme, avide également de réalités tangibles et de grandioses fantasmagories''. Puisqu'il commandait à tous les peuples, et que chez tous les peuples le titre de roi était le plus redouté, il désira ardemment ce titre, et en voulut au peuple romain de ne pas faire de lui le roi de la terre". Puisqu'il commandait à tous les humains et que tous les humains plaçaient au-dessus d'eux des héros et des dieux, il se laissa

1. Cf. Sanio, Zur Geschichte der rœin. Rechtswissenschaft, 1838, p. 84 et s.; Rriiger, Geschichte der Quellen iind Litteralur des rœmischen Rechts, 1888, p. G3-9.

2. Suél.. 44, 1-2; cf. Drumaiin et Groebe, 111. ].. jo-j-G, GUT: ici. t. III, p. .348.

4. Cf. Marquardt, StaalsverwaUun<i, III. p. 200 et s.; Puttier, Dict. des Antiquités de Saglio, au mol Dedicatio.

:>. Dion. XLIV, 48; Lucaiii, V, 381-3'.m; etc. '

G. Suétone, 7G, 1.

T. IMutarque, César, 61; etc.

40 LE.MPIUK DE flUME ET DE CESAR

appeler héros, dieu et Jupiter même'. Et, par une étrange revanche du sort, cet homme, qui avait jadis traité les dieux avec une telle désinvolture-, finit par se complaire en sa propre divinité, pour dominer du plus haut possible les êtres et les choses.

Ce qui, enfin, porte le plus la marque de sa nature, c'est le rêve final au milieu duquel la mort vint le surprendre. A peine débarrassé de la dernière des grandes armées pompéiennes, sans prendre le temps de consolider partout son autorité \ il se prépara à la guerre contre les Parthes. Joueur incorrigible et toujours heureux*, il ne doutait pas d'une victoire qui lui donnerait tout rOrient au delà de l'Euphrate. De là, remontant vers l'Occident, il enlèverait aux Daces l'empire de la Scythie et aux Suèves l'empire de la Germanie'. Il reviendrait par le Rhin dans cette Gaule" d'où il élait parti", et il y reviendrait plus fameux sur la terre qu'Alexandre. Hercule et Bacchus. Et l'histoire des guerres et des conquêtes aurait trouvé sa fin avec Rome et César -.

César vit-il, à ce moment, le mirage radieux dune humanité nouvelle, famille unique de frères égaux? C'est possible, étant donné l'entourage de rhéteurs et de philosophes qui lui faisaient la cour et qui devaient lui conter leurs songes ''. Mais César était de ces vieillards'" qui s'écoutent surtout eux-mêmes, qui excitent à plaisir leur passion maîtresse : et je croirais

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