‹ Histoire de la Gaule (volume 5)Chapitre 489 sur 792 · VU. — LE DOMAINE EX FACE DES POUVOIRS PUBLICS · texte numérisé non relu

VU. — LE DOMAINE EX FACE DES POUVOIRS PUBLICS

Sur ces vastes domaines, replaçons par la pensée les chefs de famille avec leurs parents, leurs amis, leurs hôtes, leurs affranchis et leurs esclaves; représentons-nous toutes ces terres et tous ces hommes dépendant d'un seul maître : et nous comprendrons que ces domaines et ces maîtres pourront acquérir un jour une puissance politique avec laquelle devront compter et la cité voisine et l'Etat romain. Je dis acquérir, il faudrait peut-être dire recouvrer : car domaines et propriétaires existaient dès l'époque gauloise, et leurs richesses et leur pouvoir avaient souvent compromis l'ordre public dans les nations \

Pour le moment, l'autorité impériale est tellement supérieure, qu'elle n'a rien à craindre des chefs de l'aristocratie foncière. Qu'ils n'aient pas maintes fois abusé de leur pouvoir pour torturer leurs esclaves, exploiter leurs serviteurs, tracasser leurs voisins, piller même ou marauder à main armée, cela est très ATaisemblable -. Parfois, ainsi qu'au temps de l'indépendance, les plus hardis de ces grands seigneurs se croyaient assez puissants et assez riches pour mépriser la loi romaine, traiter leur municipe ou leur province en pays conquis, et, au besoin, tenter d'acheter et corrompre les soldats qui gardaient la frontière \ On se trompera sur ce monde gallo-romain, si on se l'imagine tel qu'une société toujours régulière et partout policée, où la vie se déroulerait dans la paisible ordonnance des disciplines administratives. Il y avait beaucoup d'imprévu, des abus et des violences sans nombre qui restaient impunis, parfois de véritables coups de force : à quoi se prêtaient ces grands domaines ruraux, éloignés des villes et des routes, isolés par d'immenses forêts, où d'intrai-

L T. II. p. 71) et s., p. 74, 70.

2. Histoire AïKjaste, Prociiliis, 12, 1 : Doini nobilis sed iiwjoribus lutrocinunlibus.

3. C'est le c.is du Viennois Valérius Asialicus, en 47, que Claude soupçonnait de vouloir, multisquc et validis propinquitatibus subnixiis, parare iter ad Germanicos exercitiis et lurbarc genlilcs nationes; Tac, Ann., \\, 1 ; cf. p. 382, n. .").

tables seigneurs vivaient à leur guise, insouciants du reste des hommes, presque toujours en armes, et il n'importe que ces armes fussent de chasse' et non de guerre. jMais leurs violences, toutes passagères, ne causaient d'autre tort à l'Etat que celui d'occuper sa justice et sa police. Et jamais, dans les beaux temps de l'Empire, on ne constatera chez eux un acte de rébellion durable, ou une usurpation persistante des droits publics-. L'État les surveillait avec soin, eux et leurs terres^; et on a vu qu'il s'arrogea même le droit de contrôler les cultures '\

Ces domaines étaient plus gênants pour l'autorité municipale. On ne sait si la police locale s'y exerçait sans entraves, ou si la surveillance n'en était point laissée aux garde-chasses ou aux gardes champêtres du seigneur. Celui-ci, du reste, fait d'ordinaire partie du sénat de la cité. Il peut aisément devenir flamine, édile ou juge; et, par suite, il usera, sur tous les hommes du pays, de la double influence que lui donnent son titre officiel et sa force de propriétaire. Les affaires d'une cité risquent de devenir la chose d'un seul homme, celle du plus riche de l'endroit. Il est probable que cela est advenu souvent, même sous le régime des meilleurs empereurs, et que, comme au temps de Celtill ou de Dumnorix, les nations des Arvernes ou des Eduens marchaient souvent à l'attache dune grande famille". Mais l'État et ses gouverneurs regardaient les faits d'assez près pour arrêter à temps les abus les plus dangereux.

1. Bas-reliefs de Déols (Espérandieu, 1560), de Cahors (1648); lestament du Lingon (C. 7. L., XIII, II, 5708, p. 113-5: p. 274, n. 6): p. 158: etc.

2. Sauf la part prise dans les révoltes générales (p. 156-7 et p. 221, n. 1).

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