‹ Histoire de la Gaule (volume 5)Chapitre 599 sur 792 · NOUVEAU CARACTERE DU POUVOIR IMPÉRIAL · texte numérisé non relu

NOUVEAU CARACTERE DU POUVOIR IMPÉRIAL

très bons gouverneurs'. Instruits par l'expérience de la crise récente, les chefs de l'Etat éloignèrent des bords du Khin les troupes d'auxiliaires indigènes, et s'efïorcèrent de mêler davantage, dans tous les corps d'armée, les conscrits des diverses nations-. On se battait sur la frontière juste assez pour que les soldats fussent tenus en haleine'. Du Rhin aux Pyrénées, le silence se fit partout, bon augure dune nouvelle période d'actif labeur''.

L'un après l'autre, tous les acteurs de la dernière révolte, tous ceux qui, à la vue des flammes du Capitole, avaient espéré la naissance de nouveaux empires ou le réveil d'antiques

ne pussent pas être empruntées à des armées ou des provinces différentes. Kniin, Ritterling ne tient pas compte du fait qu'il existe des briques au nom de la II* {Augiista}, de Bretagne, ([ui a pu envoyer un détachement à la guerre de 70 (p. 212, n. 12), et dont on ne s'expliquerait pas l'intervention dans des événements ultérieurs de la Germanie : il est vrai, pour tout dire, que l'inscription de ces briques est de facture différente et mauvaise (Cab. des Méd., n"' 3858-60). — Les soldats de la VIII% de là. ont été souvent envoyés assez loin, pour former des postes, construire des routes ou des bâtisses : par exemple près de Dijon, à Pontailler, à Néris, à Viviers. — Tout cela, d'après la découverte des briques marquées au nom des légions: cL, en sens divers, Mowat, Bull, épigr., III, 1883, p. 221 et s., p. 303-7; IV, 1884. p. 22-26, 63-68; Mommsen, Hermès, XIX, 1884. p. 437-441 ; Ritterling. De legione Romanonwi X Geinina, 1883, Leipzig, p. 73; Lejay, Iiiscr. antiques de la Côle-d'Or, n"* 218-9; Woliï, Archiv fur Frankfurls Geschichte, IIP s., IV, 1893. p. 337-8; Héron de Villefosse, Bulletin arch., 1908, p. 131-137; etc.— Quelques détachements militaires installés à l'intérieur de la Gaule (p. 289, n. 1) datent, je crois, de Vespasien. Et je crois qu'en elTet il eut, à l'endroit des Gaulois, moins de conliance que les premiers Césars (cf. p. 298-299). — La cohorte urbaine de Lyon (p. 187, n. 6), fut alors la 1"-" Flavia (XIII, 1833).

1. Magni duces, dit Tacite. Agr.. 17. Notamment, en Aquitaine, do 74 à 76, Agricola(C'n. Julius Agricola). né il Fréjus (Tac. /t^rr.. 9; cf. 4); autres, p. oOÛ-1. n. 2.

2. Cf. p. 299, n. 1-3. Cela n'est point certain, mais Mommsen (O'es. Schr., VI. p. 39 et 97-99) a eu raison de le supposer.

4. Comme faits de détail, les suivants. — Vespasien, sans doute en souvenir de son père, autrefois établi et mort chez les Helvètes (p. 436, n. 2), en dédommagement aussi de ce qu'ils avaient souffert de l'armée de Vilellius (p. 189-190), accorda le titre de colonie aux Helvètes, colonia Pia Flavia Conslans Emerila Helj}ctioruni fœderata (C. I. L., XIll, II, p. 3; cf. p. 262). La tradition faisait de lui ci de Titus les fondateurs d'.\venches (Frédégaire. Il, 36, p. 00-1. Krusch). peutêtre à cause de ce bienfait. — On retrouve la même tradition à Bordeaux (Livre des Coutumes, p. 382), et elle doit également s'y expliquer par ([uebiue bienfait. — Feurs, Forum Segusiavorum. reçut peut-être de lui le titre de colonia Flavia (C. I. L.. XIII, 1, p. 221). — Peut-être, de même, Noviomagus ou Spire chez les Némètes (C. /. L., XIII, II, p. 161; ici, p. 262, n. 3), sans doute pour les récompenser de leur abstention lors de la révolte de 70 (p. 213. n. 2). — Sur l'exode des Juifs, p. 400,

libertés', disparurent dans l'oubli ou rhumiliation. Velléda. la propbétesse des Germains, tomba au pouvoir des soldats de la frontière, et la plèbe romaine put la voir, captive et suppliante-. Civilis le Batave, Classicus et Tutor les Trcvires, vivaient et mouraient obscurément. Le Lingon Sabinus, qui avait voulu devenir César chez les Gaulois, s'était réfugié dans une caverne ^ et, pendant neuf ans, il put échapper à ses ennemis. Sa femme Eponine^ l'avait rejoint; deux enfants étaient nés et grandissaient dans leur retraite : délivrés de leurs premières ambitions, les deux époux s'étaient fait une nouvelle vie, n'existant plus que l'un pour l'autre et l'un par l'autre. Mais on les découvrit, on les amena à Vespasien, Eponine et ses fils se jetèrent à ses pieds, demandant la grâce du coupable. Sur le refus du prince, l'épouse invectiva fièrement contre lui. Il n'y avait point à espérer de pitié chez ce vieil Italien, sec et dur comme tous ceux de sa race, et il donna l'ordre d'envoj^er au supplice les deux malheureux, Sabinus et Éponine, qui avaient offensé la majesté impériale (7*.l). Leurs fils vécurent loin de la Gaule, l'un à Delphes, l'autre en Egypte, épaves d'un temps d'espérances et d'orgueil perdues dans la paix de l'Empire '.

ni. — OCCUPATION DE LA SOUABE«

Mais il y avait encore des Romains et des Gaulois à qui ces mots de paix et de travail étaient insupportables. Les choses

n. 4. — Il esl curieux de remanjuer que Vespasien est demeuré un des empereurs les plus populaires dans la France médiévale, faisant ainsi contraste avec Aurélien, le persécuteur attitré des Chrétiens (p. 597, n. 1). Entre autres choses, on racontait qu'il était venu en Gaule pour habilo consilio principes Gallorum iiiler se discordantes concordasse {Liber de compos. castri Aniha:iœ [Amboise], dans Chron. des comtes d'Anjou, 1871, p. 9-10). II faudrait chercher l'origine de cette tradition.

Page 1