X. — LES ENNEMIS DES DIEUX
Que d'éléments divers et contradictoires servaient à constituer la physionomie de ces dieux! Dans son invincible besoin de garder et d'utiliser toutes ses croyances et toutes ses habitudes, la dévotion groupait autour de quelques noms] divins les lieux, les êtres et les choses les plus hétéroclites. Elle ne laissait perdre, sans les exploiter, que bien peu des pensées humaines.
Ce qui complétait et variait encore l'empire des dieux, c'est que fétiches ou animaux leur furent parfois donnés, non comme serviteurs, mais comme adversaires. Il faut des ennemis à un dieu : c'est le moyen de montrer sa gloire, de remplir sa vie, d'intéresser le* peuple à sa grandeur. Même en combattant une divinité gauloise, les antiques bêtes sacrées fortifiaient sa nature, elles élargissaient le cycle de son nom, et vivaient dans son orbite.
Chez les populations du Nord et de l'Est, surtout chez les Belges', le dieu-soIeil fut considéré comme un guerrier à cheval, le bras entrelacé dans la roue rayonnante, s'élevant, lui et sa monture, sur les épaules d'un géant abattu ou asservi*, à tête humaine et à queue de serpent : ce cheval, c'est l'animal con-
1. Jupilcrs à la roue : Reinach, Bronzes, p. 31 et suiv. .Autres Jupiters avec les S, p. 33 et suiv. (cf. ici, p. 138, n. 4).
2. Iteinacli. Bronzes, p. 166-7 : • Les attributs des dieux sont des réticiies déchus. •
3. Où je crois que les cultes aslrau.v (p. 348, n. 3) et astronomii|ucs (cf. p. 103. n. 2) se sont maintenus avec beaucoup plus de persistance que dans le reste de la Gaule. Au surplus, plus on approche rie la Germanie, plus apparaît cette prépondérance de la relij-'ion astrale (cf. César, VI, 21, 2; Tac, Ann., XIII, 55).
4. Car c'est la physionomie qu'il me parait |)rcndre le plus souvent. Entre mitres : Maass, Die Tagesjolter, 1902, p. 16'J et s.; Herllein, Bericltl ûber dcn achten Verbandslug, 1907, â lleidelber? et .Mannheim, 1908, p. 23 et s. Il ne serait pas impossible i|ue ce fut non le Soleil môme, mais le Fils du Soleil ou de la
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sacré au soleil, et qui est «lovonu son coursier; celle roue, c'est le symbole de l'astre, Iransfoniit' en talisman du dieu ; ce monstre an;.'ui[M"Mle, c'est peut-être quelque dieu-serpent des temps antérieurs, auquel le Suleil-Iloi s'est substitué. Pour avoir été jadis trop adoré, le serpent devenait partout l'adversaire permanent de la divinité : les (iaulois des bords de la Seine le supposaient vaincu par la massue d'un dieu'. — Car les batailles de dieux ne sont souvent que la forme dont le populaire se représente les. successions ou les rivalités des cultes- : Jupiter le «lieulumière avait pris, dans la faveur des Italiens, la place de Saturne !•• ilifu smilcrrain ; et Vmi raconta plus lard que .lu(titcr avait chassé du trône Saturne son père pour régner à sa place'.