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LA FEMME

C'est de l'histoire des Gaulois que les Anciens ont tiré quelques uns des plus notoires exemples de fidélité conjugale : Chiomara, la femme d'Ortiagon le Galate, meurtrière du centurion romain qui l'avait outragée^; Gamma, galate elle aussi, qui mourut en empoisonnant l'assassin de son mari'; Epponine, enfin, qui, pendant neuf ans, parlagea dans les cavernes la vie misérable de Sabinus^ Mais il faut ajouter qu'aucun de ces exemples ne se rapporte au temps et au pays dont nous racontons maintenant l'histoire.

Au physique, la femme était bien l'image et comme la réplique de l'homme. Elle paraissait vraiment sa compagne et son auxiliaire. Qu'un Gaulois eût une querelle et qu'il appelât son épouse à laide, l'adversaire n'avait plus qu'à fuir : même une troupe d'hommes, disait-on, ne faisait point peur à cette virago aux yeux glauques, plus puissante que le mâle quand il s'agissait des armes naturelles; et c'était un beau spectacle de force humaine que de la voir, le cou gonflé, la bouche frémis- ,sante, les bras en posture, tantôt lançant le talon en arrière, tantôt détachant en avant des poings rapides et durs, forts comme des engins de catapulte lâchés par la corde*. Les femmes de France ont toujours été hardies de ton et vaillantes de corps; depuis les halles de Marseille jusqu'au port de Dunkerque, on peut retrouver aujourd'hui leur humeur batailleuse et la solidité de leurs muscles, et assister encore à des scènes de pugilat dont elles sont les bruyantes héroïnes. Il y a vingt siècles, une vie plus rude, l'habitude des travaux des champs, l'existence en plein air, assuraient à leurs facultés physiques un complet épa-

1. Platarque, Malicram virtutes, p. 238 c (Polybe, XXII, 21, 5); Tite-Live, XXXVIII, 24-, Val.-Max., VI, 1, Ext., 2. Ici, t. I, p. 368.

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