VIII. — DE L'ORIGINALITÉ DES GAULOIS
Tout compte fait, dans ce bilan de facultés physiques et morales, le bien l'emporte sur le mal : la bonté tempère l'orgueil, la sincérité excuse la colère, l'intelligence compense l'irréflexion. Ces défauts mêmes n'ont rien d'antipathique : ce sont défauts de natures frustes, qu'aucune discipline n'a encore régis.
Qu'on laisse se former cette discipline, et la nation peut s'améliorer rapidement. Curieux, d'esprit vif, aux mains adroites, d'humeur sociable, le Gaulois est un être éminemment perfectible. Il a en lui le stimulant le plus énergique du progrès, le sentiment et l'orgueil de sa personnalité. Les peuples où a dominé l'esprit collectif, où l'action de l'individu a été trop souvent subordonnée aux besoins et aux traditions d'un groupe, ne sont arrivés que lentement à une civilisation aimable et originale. L'amour-propre de la gens a fait de Rome, pendant le siècle qui suivit l'expulsion des Tarquins, la société la plus triste et la plus stagnante de l'Italie. L'absolutisme de la cité a réduit Sparte, dans sa longue histoire, à se répéter sans cesse. A Athènes, au contraire, grands hommes, hauts faits et chefs-d'œuvre, tous infiniment variés dans leur beauté artistique ou morale, naissaient incessamment de l'ardeur que les citoyens mettaient à se faire connaître, du besoin qu'ils eurent de vivre et de créer par eux-mêmes. L'orgueil de la personne et le souci de la gloire demeurent, jusqu'à ce que l'humanité acquière une vertu plus haute, les principaux motifs de progrès qui soient déposés en nous.
Si, parmi toutes les facultés et les institutions des (jauluis, on se demande ce qui est vraiment original, on ne trouvera rien d'autre que celte aptitude au prog'ès, ce tempérament intellec-
434 TKJ^PK.BAMENT.
luel', telle force de la personnalilé. Ce qui nous a frappt'S le plus chez les druides, c'esl qu'ils inslruisaienl la jeunesse ; chez les nohles, c'est qu'ils étaienl prolecleurs de poêles et chantres eux-mêmes; dans la sucirté, c'est que la valeur propre de chaque homme s'y épanouissait en d«'pit des familles et des cilés -. Le reste, à doses plus ou moins fortes, se rencontre dans toutes les populations antiques de l'Europe, pour ne parler que d'elles : les organes de la vie gauloise, ses tribus, ses cités et ses clientèles, ses dieux et ses rites, ses habitudes et ses facultés mêmes, on les constatera chez tous les congénères de ces hommes à un moment déterminé de leur histoire. La Rome des Tarquins, la Germanie d'Arminius, la Grèce homérique, n"ont pas été fort différentes de la Gaule de Bituit.
Mais parmi ces peuples, c'est le peuple grec dont les Gaulois diffèrent le moins : — la langue et les noms propres do la Gaule, ses bardes et ses prophètes. Tentâtes, réplique barbare crilormès, ce noble Celle qui, comme Achille, mêle les chants à la guerre, ces poèmes didactiques qui font songer aux théogonies de rilellade primitive, le culte des vers et des belles phrases, la passion de la gloire, l'aptitude à la vie industrielle, et jusqu'à leur bavardage intempérant' : — tout cela nous révèle de secrètes iïffinités entre ces honimos et ceux dont Y Iliade nous a laissé le portrait*. Ceux-ci semblent des frères élevés plus vite, instruits pins rapidement, dont l'imagination a été éclaircie. l'esprit éveillé par les cieux et les mers limpides, les races actives et rat)biles des rivages égéens; les Gaulois, nu contraire, dos
1. Ptrabon «rinlili' Ir dire ,IV, 4, 2) : 'Lidît /ai RaiStta; âsTiffO»; xai X&yuv; « f. IV, 1, 5. I>e m<^mc, Diodorc, V, 31, I : Taî; 8k Jiavotat; èîtl; »at rpô; ixâOr.vtv
2. P. lOT cl 9., p. 306-7; p. 3835, 3080; p. 70 et s., p. 400 cl s., p. 402 el 9.
3. P. I.'.ir». 308 ». p. 380 ri 126 7, p. .170-382. :».".0-:MKl. p. 432. p. 332. .339 et 422-3. Ursspmblniicrs do d^lnil dnns le ralcndrior ol la inOtrolopir, p. WM, n. 2, |p. 305; nulrcs. p. 352, p. 383. n. 6; nnnlopi»«* des innptio", p. .371 S.
4. Comparaison drjù souvent faite : IVIIoulier, éd. de 1741, 11. p. 226; d'Arboisde Julininville. La Civilisation des Celtes el celle de fi'/H>quc homérique, 1890 {Cours d« fitt. ««., VI); etc.