DES CAUSES DE L EMPIRE ARVERNE
Certes, l'Auvergne n'est pas la capitale éternelle et nécessaire de la terre de France. Elle manque de ces confluents souverains où convergent et s'arrêtent les hommes, tels que Lyon €t Paris * ; elle ne touche pas d'assez près aux deux mers qui ont fait l'unité du monde antique et de l'Europe occidentale, la Méditerranée et la Manche. Le climat y est rude; le froid, précoce; la montagne, obsédante par son ombre. Aussi, depuis l'époque où la domination romaine a rattaché la Gaule à l'histoire universelle, à la vie municipale, à la culture confortable, l'Auvergne n'a été pour notre pays qu'une citadelle de refuge et de résistance, et le lien naturel entre le Languedoc et la Seine : c'est à ses pieds que se sont dès lors développées les capitales et les ambitions générales, Lyon et Paris, Bourgogne et France. — C'est ainsi que le Latium, du jour où il s'intéressa aux choses de l'Italie et de la mer, remplaça par Rome, ville de fleuve et de carrefour, sa vieille capitale des monts Albains.
Mais les conditions de la Gaule, vers l'an 200, étaient toutes différentes de celles des provinces romaines et de la France actuelle. Elle vivait chez elle et pour elle. La Méditerranée lui était indiiïérente. Dans son existence inquiète, faite de guerres, de craintes et de jalousies, il n'y avait point place pour des villes épanouies dans les plaines : Lyon, Paris, Bordeaux, Arles, Nantes, semblaient des endroits sacrifiés-. La puissance alliiit à la force, à la sécurité, c'est-à-dire aux sommets et aux lieux de la montagne. Les hommes étaient habitués aux âpres climats et aux rudes ascensions. Ils n'avaient pas pour les marches en montée cette répugnance physique que nous ont donnée des siècles de voirie urbaine. Leurs dieux affectionnaient les cimes \ Pour peu qu'un peuple eût k portée de ses montagnes une bonne route, des champs de blé et des pâturages, il était soq