LES ESCLAVES
les servir dans l'autre monde, comme ils les avaient servis sur cette terre. A part cela, ils n'étaient ni plus malheureux ni plus misérables qu'à Rome ou à Athènes : ils servaient à table \ ils accompagnaient leurs maîtres sur la place publique- et à la guerre, ils savaient être habiles et courageux \ On en trouvera un certain nombre parmi les soldats de la guerre de l'indépendance : il est vrai qu'on ne les avait acceptés qu'après leur avoir donné la liberté *. Car leur condition pouvait ne pas demeurer éternelle et héréditaire : ce n'étaient pas des représentants de races maudites '\ Un écrivain grec nous apprend qu'un esclave s'échangeait en Gaule contre une mesure de vin ^ ; cela ne veut pas dire que l'homme n'avait quasiment aucune valeur, mais que le vin était fort cher.
Ce qui est vraisemblable, c'est que les esclaves étaient moins nombreux" que ne le comportait la population du pays. C'est par la guerre, c'est aussi par la condamnation que la classe servile se recrute d'ordinaire : mais les Gaulois préféraient immoler leurs ennemis vaincus plutôt que de les garder prisonniers, et frapper les coupables dans leurs corps plutôt que dans leurs droits. Criminels et captifs étaient traités en sujets de sacrifice et non pas en objets de propriété; on les abandonnait aux dieux, on ne les retenait pas pour les hommes*. — Les Gaulois faisaient, bien entendu, exception pour les femmes '.
1. Ilaï;, Posidonius apud Athénée, IV, 3G; sans doute aussi chez Diodore, V, 28, 4 (veuTi-djvîraiôwv, garçons et lilles).
2. César, I, 4, 2 : familia désigne les 10 000 esclaves ou afTraQchis d'Orgctorix ; cf. p. 81.