LES CLIENTS
chargés de donner aux repas ou aux marches de guérie la gaieté et l'entrain nécessaires, et qui payaient de leur verve comme d'autres de leur épée ' ; on y entendait des poètes ou des c( bardes », qui célébraient la gloire du suzerain et de ses ancêtres, et qui accroissaient sa puissance visible par le souvenir de celle de ses aïeux-. Loin enfin de sa présence, mais groupés sous sa loi, les plébéiens des champs cultivaient ses terres, et ceux des villes travaillaient pour lui, dans les fonderies de bronze, devant les forges des épées ou les creusets d'émaux ^
La classe supérieure de cette clientèle fut celle des campagnons de guerre, que les Gaulois appelaient des ambacli^, « ceux qui sont autour ». C'étaient bien des entoureurs, en effet, que ces hommes, qui, sur le champ de bataille, ne devaient jamais quitter leur chef, associés à ses combats, à sa gloire et à ses périls; et telle était la force du lien qui les unissait, que même dans la mort et dans l'extrême misère, même fugitif, proscrit, coupable et traître, le noble gaulois était encore suivi de ses fidèles''. Mourait-il, ceux-ci ne devaient pas lui survivre, et périssaient sur son tombeau ^ Ces Gaulois, qui violaient si souvent les lois
1. Je crois bien qu'il faut chez Posidonius (Athénée, VI, 49) distinguer des bardes les s-JiiSiwTâç oO; y.a).oCT'. TrapaTÎTO-j;.
2. Diodore, V, 31, 2 et 5; Strabon, IV, 4, 4; Athénée, IV, 37 (Posidonius); Appien, Celtica, 12; cf. p. 383 et s.
3. Cela, d'après le fait que Lucter avait un oppidum dans sa clientèle (VIII, 32, 2), et d'après le caractère industriel de la vie dans les oppida (cf. lîu'iliot, Fouilles du monl Beuvray, 11, p. 3 et suiv., etc.); d'autre part, pour la plèbe des champs, voyea III, 17, 4, et remarquez que les Latins ont aussi traduit « ambacts • (n. 4) par coloni (C. Gl. L., V, p. 439, 10-11'.
4. César, VI, 15, 2. L'institution et le mot existaient chez les Gaulois d'Italie, puisqu'Ennius employait ambactus, traduit à tort par servus chez les lexicographe» (Festus, p. 4, Muller, et autres; C. Gl. L., Il, p. 16, 3; V, p. 439, 10-12; llolder, I, c. 114) : le sens est, semble-t-il, bien rendu par Festus, circumactus. L'inslilulion est mentionnée en Cisalpine par Polybe (11, 17, 12), qui appelle les ambacts (i'jli.7i£pi3p£pou.£vo-j;. Chose étonnante! le texte de César semble la copie de Polybe.
5. César, VII, 40, 7 ; désigne les ambacti; ce sont les mêmes que César appelle, VI, 30, 3 : Comités familiarasque (d'Ambiorix), et VII, 28, 6 : Familiares (de Vercingétorix).
C. VI, 19, 4 (usage aboli peu avant 53;; cf. Tacite, Annales, III, 46.
(3e leur cité, avaient pour ce devoir de fidélité un respect inlassable : la foi jurée par un homme à un autre homme, les serments é(hani,a'S, les formules prononcées par eux formaient une chaîne magique qui attachait pour Téternité la vie du client à la vie de son maître, et cette éternité embrassait les temps d'après la mort terrestre. — Au surplus, TinsLitution n'était point spéciale aux Gaulois. Elle existait chez les Germains', qui leur ressemblaient, et chez les Aquitains, Ligures ou Ibères, qui différaient d'eux. César nous fait connaitre un chef de Sotiates (Sos), qui avait six cents compagnons de guerre, et il ajouto que, dans cette contrée, ou ne cite aucun exemple de « dévoué » ayant refusé de mourir après son chef^
Fn tel dévouement des plébéiens, môme imposé par les dieux, relevait leur condition : il les mettait presque de niveau, sur le champ de bataille, avec celui dont ils partageaient le sort; la ^erre engendrait une façon d'égalité murale \ — Mais on temps de paix, ce compagnonnage perdait de sa grandeur : le^ clients armés vivaient aux gages et dans la dépendance du patron; ils subsistaient des restes de sa fortune; ils mangeaient à sa table ou sous son toit; ils complétaient sa cour par un cortège de vassaux \ C'était l'avantage matériel dont le noble payait leur dévouement : puisqu'il pouvait les amener à mourir, il devait b's aider à vivr3^
Ces clients, ces serviteurs et ces compagnons ne sont |)as toute la puissance d'un grand. Qu'on se rappelle ses esclaves, qu'on ajoute (car la richesse d'un homme est une irrésistible force d'at-