LIVRE III. — CHAPITRE II
Dijon. Là son zèle l'eut bientôt trahi : enfermé clans une prison avec des chiens aflamés, qui le mordaient pour lécher son sang, et déjà à moitié dévoré, il reçut la mort d'un coup de harre de fer qui lui brisa les vertèbres du dos^ Faustus, au milieu de leurs glorieuses infortunes, n'abandonna point ses amis. Il se transporta secrètement à Saulieu pour racheter les corps des trois martyrs et les enterrer; sa sœur vint de Langres à Dijon rendre le même service aux restes de celui à qui elle devait le baptême ^
Ces événements, inaperçus alors, et si graves pourtant par leurs conséquences, eurent lieu entre la persécution de Marc-Aurèle, et l'an 202, où Sévère se laissa entraîner à persécuter à son tour. Vingt-cinq ans s'étaient écoulés depuis l'arrivée des premiers chrétiens sur la terre des Édues; et Faustus alla rejoindre dans la tombe les martyrs ses anciens hôtes, laissant, avec sa veuve avancée en âge, son fils unique Symphorianus, héritier de son rang et surtout de son ardente piété. Dirigée avec une prudence extrême, et fort resserrée d'ailleurs dans ses progrès, la petite église éduenne avait su se soustraire à l'attention des magistrats, et, ce qui était plus difficile, aux soupçons du peuple, quand un incident vint révéler son existence. Autun honorait d'un culte tout particulier, comme ses divinités tutélaires, Cybèle, Apollon et Diane ^ dont les solennités, accompagnées de grandes réjouissances, atliraient dans ses murs les liabitanls des campagnes voisines. La fête de Cybèle était arrivée; et la mère des dieux, traînée sur un
1. Act. S. Benigu., ap. Sur., 1 nov. — Gall. rlirist., t. IV, p. 3'22.