LIVRE III.— CHAPITRE III
tour, se jetèrent sur eux et en firent un massacre effroyable. Priscus fut décapité et son corps jeté dans un puits voisin. Sa tête avait été mise en réserve par un soldat, dans le but probable de la présenter au magistrat pour en recevoir la prime; mais un cbrétien nommé Coltus parvint à s'emparer de la relique sanglante, et s'enfuit avec elle vers le plus épais du bois^ Poursuivi et atteint dans sa course, il fut ramené et mis à mort. Ces traits n'étaient pas rares. Si l'on en croit la tradition recueillie par les siècles suivants, et consignée dans les actes des saints, pareilles collisions, pareilles guerres (le mot n'est pas trop fort), avaient lieu à la fois sur bien des points du pays; et l'on dirait que, soit par leur caractère populaire, soit par l'acharnement qui s'y montrait de part et d'autre, elles y préludaient à la guerre affreuse des Bagaudes.
C'est ici, selon toutes les vraisemblances, que nous devons placer la fin des travaux de Denis, le grand apôtre des Gaules. Après avoir confessé courageusement et souffert le supplice du fouet, il eut la tête tranchée ^ sur une montagne qui dominait Paris et où l'on exécutait les criminels : elle s'appelait la montagne de Mars ou de Mercure, et c'est aujourd'hui Montmartre ^ Les nombreuses légendes composées sur le premier évêque de Paris, à des époques Irès-éloignées de lui, ne nous
1. Cottus, caput Prisci clam rapiens, dévia silvarum appetiit. Act. S. Prisci, 3.
2. Grcg. Turon., Hist. Franc, i. 31. — Fortunat., Carm., i, 11. — Bcda, etc.
3. Mons Martis. Abbo, de Obsid. Paris., ii. — Hilduin dit que cette montagne était nommée le mont de Mercure, parce qu'on y adorait une idole de ce dieu; mais le témoignage d'Abbon paraît préférable. Cf. Hadr. Vales., Notit. Galliar.
ayant transrais presque toutes que des détails fabuleux on trop incertains pour servir de guide à Thistoire, nous nous bornerons à dire que les corps de Denis et de deux de ses compagnons, martyrisés avec lui et privés comme lui de sépulture, étaient conduits sur un bateau au milieu de la Seine, pour y être jetés, quand une dame païenne, touchée de compassion, les enleva par ruse des mains des gardiens K Elle possédait près de là un champ nouvellement labouré et qui attendait les semailles d'automne, car on était en octobre; elle y fit enfouir secrètement les reliques des martjTS, et fit semer du blé pardessus- : ce champ était situé dans un canton appelé, par les actes, Catalocus , où les uns voient la plaine de Saint-Denis, les autres celle de Chaillot. Il est souvent question, dans les légendes, de païens secourables, aidant et protégeant les fidèles, et de femmes plus courageuses qpie les hommes : la tradition n'avait point oublié quel appui les femmes prêtèrent au christianisme naissant, et comment la persécution elle-même allait frapper pour lui à la porte de tous les cœurs généreux.
Heureusement pour les pauvres chrétiens, Aurélien ne dirigea pas longtemps les provinces transalpines. Chargé par l'Empereur d'inspecter les armées du Danube, il résigna son gouvernement entre les mains de Postume, administrateur moins dur que lui et païen plus tolérant.
M. Cassianius Latinius Postumus appartenait à une
1 . Matrona quœdam, licet paganorum implicita teneretur errore, ad convivium venire postulat percussores. Act. S. Dionys., 10, ap. Bollaud., 9 octob.
2. In arata, quam seminibus praeparaverant, terra... Facta deinceps satione... Act. S. Dionys., 11.