LIVRE V.— CHAPITRE
leurs sueurs devaient fécondera Les champs ravagés, ils passaient aux villes, dont une populace amie du pillage et non moins misérahle leur ouvrait souvent les portes. Cette misère était si générale en Gaule, il y avait là tant d'habitudes de désordre, tant d'instincts violents, qu'en peu de mois les Bagaudes formèrent une armée qui s'organisa tant bien que mal ; et, singeant les Ibrmes romaines, conféra à ses deux principaux chefs les titres de César et d'Auguste"-. Ces singuliers Césars, qui avaient pour peuple des voleurs, pour empire la terre qu'ils dévastaient, pour pallium des haillons, et pour palais les forêts et la voûte du ciel, se nommaient yElianus et Amandus. Ils ne résistèrent pas à la gloriole de se faire frapper des médailles dont quelques-unes nous sont restées. L'une d'elles présente la tète radiée d' Amandus, empereur, césar, auguste, pieux et heureux, avec ce mot au revers : Espérance ■'.
La tradition gauloise au septième siècle, et, suivant toute apparence, déjà auparavant, faisait expressément d'.Elianus et d'Amandus deux chefs de chrétiens révoltés contre des princes sacrilèges S et défendant à main armée la liberté de leur croyance. C'était sous ce caractère que l'insurrection des Bagaudes apparaissait alors dans
\. Quum militares habitus ignari agricolae appetiverunt... quum hostem barbarum suorum cultonim rusticus vastator iniitatus est. Cl. Mamert., Paiieg. Maximian., 4.