LIVRE II. — CHAPITRE I
une division primordiale de la race, qui n'était plus qu'un vague souvenir, sans application ni actuelle, ni récente, lorsque les enfants de Tuisto entrèrent en contact suivi avec les Romains.
A cette époque, ils se partageaient historiquement en deux rameaux principaux, les Saèves et les Germains, séparés l'un de l'autre par le cours de l'Elbe et par celui de la Saale, un des affluents de ce fleuve; le rameau suévique venait s'appuyer, au midi, sur le Danube; le rameau germanique sur le Rhin.
On ne sait ce que signifiait le mot de Suéve; celui de Germain voulait dire un homme d'armes ou de guerre ^ C'était le titre que, par métier ou par orgueil, s'attribuaient les aventuriers nombreux dont les bandes, chaque printemps, passaient le Rhin,et venaient piller la Gaule ou s'y établir-. Les Gaulois prirent d'abord ce nom pour celui d'une tribu ou d'un peuple; puis ils rétendirent systématiquement à l'ensemble des peuples teutons qui habitaient au delà du Rhin, du côté de l'Océan. Les Romains allèrent plus loin : Germain devint pour eux une dénomination collective qui embrassa tous les peuples teutons, ceux du Danube comme ceux du Rhin, ceux de l'est comme ceux de l'ouest, et qui eut toute l'extension d'un nom générique ^ Nous nous conformerons à l'usage qu'ils ont établi, et nous em-
IV, '28. — Proximi Rheno Istœvones. Plin., loc. cit. — Medii Herininones. Tac, loc. cit.
i. Welir, arme; war, guerre; dans la basse latinité, icerra,guerra; mann, homme.
2. Quoniam qui primi Rhenum transgressi Galles expulerint... Germani vocati sint. Tac, Gcrni., 2.
3. Ita nationis nomen,non gentie, evaluisse paulatim, ut omnes.., Germani vocareiitur. Id., ibid.
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ploierons le plus ordinaireiiiPiil, dans cette histoire, le mot de Germanie comme synonyme de Teutonie. Parfois cependani nous lui rendrons son acception restreinte et spéciale, (juand nous voudrons exprimer l'opposition du Teuton oriental vis-à-vis dn Teuton occidental, ou du Suîne vis-à-vis du Germain proprement dit. Au reste, si honorable que cette qualitication de guerrier dût paraître à des peuples dont la guerre faisait toute la vie, les Teutons ne l'adoptèrent jamais comme nom national ; et Dculsch ou Teulsch désigne encore aujourd'hui, dans ridiome maternel, l'ensemble des nations descendues de Mann et de Tuisto.
Le rameau occidental ou germanique renfermait beaucoup de petites peuplades, dont le rôle ne fut pas également ])rillant. C'étaient d'abord, le long de l'Océan, entre l'Elbe et l'Ems, les Caukhes, tribus misérables, sans bétail, sans lait, sans arbres, vivant du poisson qu'elles prenaient avec des filets de jonc, et qu'elles cuisaient à un feu de tourbe '. Leurs pauvres cabanes, bâties sur des dunes, au milieu d'une plage régulièrement inondée, ressemblaient tantôt à des navires à flot, tantôt à des navires échoués, suivant que la marée les entourait ou les quittait-. Au-dessous d'eux venaient les Frisons, entre l'Ems et le Rhin; puis; dans l'île formée par les bras de ce dernier fleuve, les Bataves, que les Romains traitaient en alliés et en frères.
1. Cauclii. Plin. — Chaitci. Tac. et Suet. — Cauci. Strab. — Ulva et palustri junco funes nectuiit ad pra?texenda piscibus retia... terra cibos urunt. Plia., xvi, 1. — Tacite les peint moins mallieureux. Gerni.,
2. Navigantibus similes quum integant aquœ circumdata; naufragis vero quum recesserint. Plin., x\i, 1.