LIVRE VI. — CHAPITRE III
tricum, capitale des Carnutes, et ordonna que les auteurs 54 et instigateurs du meurtre lui fussent amenés chargés déchaînes; mais, au même instant, une commotion plus violente se fit sentir dans le nord, sur les rives de la Meuse et du Rhin.
Deux chefs, élus par le peuple, partageaient le souverain commandement chez les Éburons; ils se nommaient Cativolke et Ambiorix : celui-là, vieux et cassé1, ne possédait plus rien des qualités qui l'avaient rendu jadis populaire parmi les siens; le second, jeune, actif, joignait au courage le plus déterminé un esprit opiniâtre, délié et fertile en ruses. De bonne heure les. Romains avaient distingué Ambiorix, et César fit tout pour se l'attacher. A l'issue de cette campagne où les Aduatikes furent si cruellement traités, il rendit à Ambiorix son fils et son neveu, détenus comme otages par ce peuple2; il lui donna encore d'autres marques de sa faveur : toutefois, cette amitié intéressée ne séduisit point le chef éburon. Plus que tous les autres chefs patriotes les plus déclarés, plus qu'Indutiomar lui-même, au fond de son cœur il haïssait les Romains; mais, habile à dissimuler ses sentiments, il attendit avec patience l'heure favorable. L'absence de César, pendant son imprudente expédition en Rretagne, et l'incurie de Labiénus, lui permirent de se concerter à son aise avec les mécontents des diverses parties de la Gaule ; il le fit malgré l'opposition de son collègue Cativolke, que l'âge et la maladie rendaient timide et incertain3. Déjà s'organisait par ses