LIVRE VIII. — CHAPITRE II
à ces petits États, à ces confédérations, à ces races diverses et isolées, une forte unité politique qui rompît les habitudes et l'esprit de l'ancien ordre social, puis de faire disparaître promptement tout ce qui pouvait perpétuer les traditions nationales, surtout les souvenirs héroïques de la dernière guerre : la division territoriale adoptée par Auguste, tout arbitraire, toute bizarre qu'elle paraisse à la première vue, fut dans le fond merveilleusement combinée pour ce résultat. La juxtaposition successive des races sur le sol de la Gaule l'avait généralement partagée en grandes sections longitudinales, s' étendant du nord -au midi : la nouvelle division établit des sections transversales de l'est à l'ouest, en suivant tantôt le cours des fleuves, tantôt des lignes imaginaires. Ces sections ou provinces, comme on les appela, furent au nombre de trois. La plus méridionale comprit tout le pays situé entre les Pyrénées, le cours entier de la Loire et la frontière sud-ouest de la Narbonnaise, c'està-dire le territoire aquitain , plus quatorze cités tant galliques que gallo-kimriques 1 ; elle prit le nom d'Aquitaine. Celle du nord , sous l'ancienne dénomination de Belgique, embrassa, outre le pays belge proprement dit, les peuples situés entre la Marne et la Seine, et entre la Saône et le Rhône supérieur, savoir : les Lingons, les Séquanes, les Raurakes et les Helvètes 2. La section intermédiaire, longue et étroite, bornée à l'est par le moyen Rhône, à l'ouest par l'Océan armoricain, fut appelée province Lugdunaise, du nom de Luydunum, sa capitale *.