‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaineChapitre 321 sur 454 · LIVRE VIII. —CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. —CHAPITRE II

sivement, et recevaient, chacun à son tour, les adora- m tions et l'encens des fidèles.

Mais ce mouvement qui entraînait les hautes classes de la société gauloise hors du druidisme, produisit dans les rangs inférieurs une inévitable réaction en faveur du culte attaqué. Son empire, restreint à la masse populaire, y regagna une force qu'il avait perdue depuis des siècles; il prit un caractère énergiquement national, en opposition à la conquête et aux nouveautés qu'apportaient les conquérants; il fut le dépôt sacré des souvenirs et des institutions proscrites, le foyer où venaient se ranimer l'espérance des patriotes et la haine contre l'étranger. Lui-même, en se retrempant dans l'énergie du peuple , retrouva plus de fanatisme et de vie ; et il paraîtrait aussi que, redevenu plus cruel et multipliant dans l'ombre les sacrifices humains, il provoqua jusqu'à un certain point et justifia les persécutions sanglantes dont il fut plus tard l'objet. Il n'avait joué aucun rôle politique durant la guerre de l'indépendance, où un seul druide, Divitiac, se signale, non comme prêtre, mais comme notable citoyen et magistrat civil ; et son caractère distinctif est le goût de la civilisation, l'enthousiasme pour les lumières et l'ordre social de Rome. Les récits qui vont suivre nous montreront des druides, non plus isolés, mais en corps, mais environnés de tout l'attirail religieux, de la terreur des excommunications, de l'autorité des prophéties : ils tenteront de ressusciter la vieille société gauloise; c'est par eux que se relèvera, au bout de cent ans, le vieux drapeau abattu par César, et que la Gaule croira quelques jours encore à l'empire et à la liberté 1.

t. Imperium, libertas Galliarum. V. ci-dessous la révolte de Civilis.

27 Ce vaste plan d'une entière régénération de la Gaule exigeait, pour arriver à une prompte et pleine réussite, que la Bretagne ne fût plus libre. Auguste le comprit : il médita , il prépara même une expédition contre cette île; mais, au moment de franchir le détroit, il reçut, dit-on, des chefs bretons une ambassade pacifique qui le désarma1; ou, ce qui paraîtrait plus vraisemblable, les difficultés de l'entreprise, se présentant de nouveau à son esprit, l'effrayèrent , et il en laissa les périls ou la gloire à ses successeurs, se H s'occupa alors du travail non moins important d'aà planir les communications entre la Gaule et l'Italie à travers les Alpes, et engagea, tant par lui que par ses lieutenants, une lutte opiniâtre avec les tribus montagnardes. Toutes celles, gauloises ou liguriennes, qui s'étaient jusque-là maintenues indépendantes, furent soumises, et le plus souvent exterminées par des mesures iniques et cruelles , mais nécessaires au grand but que Rome se proposait. Ainsi quarante-quatre mille Salasses, saisis par surprise et enlevés de leurs villages, furent vendus à l'encan, sous la condition expresse aux acheteurs de les emmener dans des contrées éloignées, et de ne pouvoir leur rendre, la liberté qu'au bout de vingt ans2. Une colonie fut établie sur leurs terres, pour contenir dans le devoir les restes dispersés de ce peuple : trois mille hommes des cohortes prétoriennes (c'était la garde de l'Empereur) y furent transplantés, et formèrent la ville d'Augusta-Prœtoria3; une seconde colonie occupa

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