‹ Histoire de la gravure en manière noireChapitre 75 sur 83 · L. Gautier in. et sculp · texte numérisé non relu

L. Gautier in. et sculp

Mou, vaporeux, trop peu arrêté.

Portrait.

Au haut :

Bened. XIV PM. — J. Gautier. P. S.

En hauteur 8.— Largeur 5-9.

Vu de profil; médiocrement exécuté.

Une tête chauve d’homme a barbe, regardant en bas (St. Pierre). En haut, à droite :

J. Gautier.

4°. la planche bleue donne un ton verdâtre à tout l’ensemble. Franc Boucher.

Roslin pinxit.— Gaut. Dagoty, sculp.

En hauteur 9-6. — Largeur 7-9.

Dufreny, peint par Coypel, gravé en couleur par J. Gautier. Trop rouge, confus. Folio en forme de médaillon.

J. C. A. GAUTIER D AGOTY.

Madame du Barry.

Peint et gravé en couleurs par J. B. A. Gautier d’Agoty, fds aîné, En hauteur 15-8. — Largeur 11-8.

Elle est assise près d’une glace dans laquelle se reflète une partie

de sa tête ; elle boit dans une tasse dont un petit nègre tient la soucoupe. La dernière planche qui a imprimé les blancs est creusée très profondément. On lit au bas cinq vers par M. de la Beausnelle :

ÉDOUARD GAUTIER D’AGOTY.

Joseph et Putiphar.

Folio, en long. Trop rose, et d’un faire dur.

Bertseba.

Grand folio. Mêmes défauts que dans la planche précédente.

Même sujet, plus petit et de même grandeur.

Madonna della Sedia.

En rond, 1 8-5 de diamètre. Dur et sans expression; exécuté en 1783.

Saint François, — N° I, Galerie royale; dédié à S. A. monseigneur le duc de Chartres, prince du sang; peint par van Dyck, et gravé en couleur par Édouard d’Agoty, deuxième fils, avec privilège du roi, 1780.

Grand folio , même exécution. La suite est de douze planches.

Gilbert de Voisins.

Duplens pinxit.— Gaut. Dagoty filius sculps.

SüSANNE ET LES VIEILLARDS.

Folio, dans un ton indécis, jaune, vert et bleu.

Il a exécuté ainsi plusieurs tableaux de la Galerie royale.

LOUIS D’AGOTY.

L’enfant prodigue, d’après Le Guerchin.

En noir, mais hardiment touché.

En largeur 14-4. — Hauteur 13-2,

FAB. GAUTIER D’AGOTY.

Des planches de minéraux du cabinet de M. de Rome de Lisle.

Dessiné gravé et imprimé en couleur par Fab. Gautier d’Agoty, cinquième fils.

4°, médiocrement travaillé.

Après ces imitateurs 122 , on ne trouve plus personne qui ait osé aborder les difficultés de ce travail. Seuter appliqua la gravure au racloir à des dessins de botanique 123 , comme lavait fait Kirkall dix ans avant; mais ses procédés imparfaits coloriaient la planche pour l’imprimer, sans se servir de plusieurs rentrées, et les quelques gravures qui parurent en Angleterre et en Allemagne, imprimées de la même manière, sont tellemement imparfaites qu’il est inutile de s’y arrêter : je les citerai en leur lieu 124 . Il avait paru antérieurement des travaux de cet artiste anglais, dont je dois faire mention, parceque Walpole semble le mettre en avant comme un des précurseurs de l’invention de Le Blon. Ils n’ont aucune analogie , et n’avaient que peu de rapport.

122 Ticozzi, d’après lui Nagler, dans son Dictionnaire des Artistes, disent que J. F. Gautier mourut à Paris en 1785, tandis que son fils (ils semblent ignorer qu’il en eut jusqu’à cinq, pratiquant la gravure), Édouard d’Agoty aurait quitté Paris à la suite de mauvaises affaires, et serait mort à Milan en 1784.

133 Voici comment on annonçait cet ouvrage sur le titre : a J. w. Weinmanns Darslellung ein gertausend Bæume,etc.,etc.,in welchen die lebendigen Farben nach ihrer Natur, auf nett gestocliene Kupferplatten vermittelst « einer geheimen und noch niemahls erfundenen kunst » miihsam aufgetragen » und zu sehen sind mit grossen Unkosten von denen berühmten Künstlern in Augsburg Bartholomæo Seuter und J. E. Ridinger verlegt. Regensburg, folio 1738.

Cette souscription doit d’autant plus étonner que, dix ans avant, E. Kirkall avait publié une suite de planches de botanique exécutées exactement par le même procédé.— Elles se trouvent dans :

Joannis Martyn — Historia plantarum rariorum.

Londini, folio 1728.

La préface de l’auteur est’du 25 mars de la même année; il n'y parle nullement du graveur. Outre un paysage en titre et une grande S initiale imprimée en verd, il y a une suite de planches ainsi marquées:

I van Huysum pinx. — E. Kirkall fe. fecit ou sculpsit.

Si l’on veut connaître l’abus qu’il est possible défaire de la couleur employée à l’impression, il n’y a qu’à rechercher les planches des Kilian, Spitzel, etc., etc.

Edouard Kirkall (1690, Londres, 1760) avait une imagination trop active, et, par conséquent, dans ses travaux, une marche trop peu réglée ; le besoin de vivre, et la facilité de se prêter à toutes les commandes augmentèrent encore cette disposition à s essayer dans tous les genres; aussi, la gravure en creux, en relief, au burin ou au racloir, vinrent simultanément remplir ses journées. Entendant reprocher à la gravure au racloir trop de mollesse, à l’eau-forte trop de maigreur, à la gravure en bois trop de dureté, il eut l’idée de compenser les défauts de ces différents genres en unissant leurs qualités. Il associa alors l’impression de trois planches sur la même feuille; le délié de l’eau-forte pour les traits, la planche en bois pour les lumières vives, et la manière noire pour les demi-teintes. Çette combinaison, qui imitait le dessin, pouvait plaire, mais n’avait nul avenir; c’était un jeu qui devait avoir son temps. Walpole dit aussi : « This invention, for one may call it so, hadmucb succès much applause, no imitators. »

Il imprima aussi des planches gravées au racloir, en bleu, en vert et en brun; enfin il grava, pour l’ouvrage de Martyn , une suite de plantes, d’après van Huysum ; mais il n’y avait, dans l’exécution de ces travaux, rien que de très simple et, d’après leur date, rien de nouveau. Comme exécution, c’était une couleur d’une seule teinte, répandue sur toute la planche, ou quelquefois deux teintes appliquées ensemble dans différentes parties ménagées sur une et même planche; comme date, c’était de vingt-deux ans postérieur aux planches publiées par Le Blon.

Je ne parlerai pas des autres genres d’impressions en couleur ,2J ;

125 II avait paru, à cetle même époque, un autre genre de gravure (l’aquatinta), qui bientôt étendit son domaine jusqu’à l’impression en couleurs, et qu’on a confondu souvent avec les ouvrages de Le Blon ; il suffira de citer brièvement ces différents développements pour bien établir qu'il n’y a entre eux et la gravure au racloir en couleurs aucun rapport.

Vers 1730-1750, deux hommes de talent, A. Pond et C. Ivnapton, réunirent leurs travaux, et publièrent à Londres simultanément une suite d’imitations fidèles de dessins à la plume et au lavis. Ce nouveau moyen ou cette découverte, revendiquée par d’autres , fut mise pratiquement en œuvre par Le Prince et lui appartient. Elle eut de nombreux imitateurs en Angleterre, en France et en Italie. Il serait inutile de les citer, puisque ces artistes se contentèrent d’exécuter leurs dessins d’une seule couleur.. le ne mentionne pas davantage Hercule Zeghers dont les sin

c’est un travail qui reste à faire, mais qui est en dehors du cadre de cet ouvrage. D’ailleurs, ces essais, plus ou moins ingénieux, plus ou

guliers travaux de gravure , imprimés sur papier et sur toile , d'une teinte souvent plus pâle que celle du fond, ne sont exécutés qu’à la pointe, au burin, et avec une préparation s’approchant de l’aquatinte, le tout sur une seule planche.

C’est à Cornélius Ploos van Amstel ( 1732 Amsterdam 1799 ) qu’appartient l’honneur d’avoir étendu jusqu’à la couleur ce genre de gravure. Il publia une collection d’imitations excellentes; la seconde édition est la plus complète « Collection d'imitations de dessins, etc., etc.— Commencée par Ploos van Amstel et continuée par C. Josi. Londres, fol. 1821.» On trouve dans cette nouvelle édition les anciennes planches ; quelques-unes ont été refaites, d’autres ajoutées. — — Le baron Verstolk van Suelen possède un ceuv re de Ploos van Amstel unique. On y trouve des planches dans une suite d’étatsqui permettentde démêler les procédés de leur ingénieux auteur. Il fut rapidement suivi dans ce genre d’abord parH.Spilman (1738 La Haye, 1772 Haarlem), avec peu de succès, ensuite avec une complète réussite, par Janivet, Decourtis, G. Saint, Kootroyck, C. Brouwer, van Noorden , J. Aug, Leveillé, P. Frieselhem, P. M. Alix, Jubier, Benazech, etc., etc., etc.

L’influence de l’invention de Le Blon fut grande, puisqu’elle donna l’impulsion à toutes ces recherches. Aussi, à dater de cette époque, c’était à qui publierait en couleurs ce qui jusqu’alors avait paru en noir. On prit d’anciennes planches du seizième siècle , on remplit leurs tailles de plusieurs couleurs, et l’on offrit ainsi barbouillées les œuvres des grands maitres; des suites d’oiseaux , de fleurs , de fruits , des paysages ainsi traités sortirent de la Hollande. Plus lard , la manière pointillée se prêta à ce genre, L. Bonnet en tira un parti très ingénieux. Il était né à Paris en 1743 , et ayant appris à graver, il tourna toutes les facultés de son esprit inventif et toute l’adresse de ses mains vers l’imitation du genre de dessin alors à la mode. Nous avons vu, dans les premiers volumes de l’histoire des développements de l’impression , que cette découverte n’eut jamais d’autre but que de reproduire le genre de dessin ou d’ornement à la mode. Schoeffer imitait les initiales des manuscrits ; Ulrich Pilgrimm , Lucas Cranach, A. Durer, etc., etc., les dessins à la plume sur fond de couleur rehaussé de blanc :Vicentino, Andrea Andreani, etc., les immenses lavis des grands maîtres; les imprimeurs de tous temps, le genre d’écriture en usage à l’époque où ils vivaient.

C’est ainsi que Bonnet voulut multiplier par l’impression les dessins au pastel , aux trois couleurs , à la sanguine, etc., etc., qui étaient alors à la mode. Pour atteindre ce résultat , il employa évidemment les mêmes procédés que Le Blon ; mais , comme il ne s’agissait plus seulement de fondre les couleurs de la peinture , mais comme il devait, en meme temps, rendre le mouvement du crayon , il aida la manière noire d’un travail de pointillé , de roulette et d’aquatinte- Le succès le plus complet couronna ses efforts; il existe des reproductions de dessins du peintre Boucher et de pastels du temps qui sont très exacts , et la grande quantité de planches qu’il exécuta prouve assez la grande réputation qu’il s’était faite. Mais comme ce n’était que l’imitation d’un genre , cette manière de graver dut se ressentir des vicissitudes de la mode qui s’engouait ou se dégoûtait des originaux.

Bonnet consigna ses droits d’inventeur dans un ouvrage intitulé : Le pastel en gravure; inventé et exécuté par Louis Bonnet ; Paris, folio, 1769. Ce volume contient les huit épreuves successives d’un portrait de femme qui tient une corbeille de la main droite, et porte un bouquet

moins utiles, n’ont qu'une liaison indirecte avec l’art. Le Blon seul avait conçu un développement artistique; il l’avait mis à

sur l’épaule gauche. On lit en haut de la planche : « F. Boucher, 1757 », et au bas :« L. Bonnet; en hauteur 14-7, largeur 11-6. — Chaque épreuve offre l’addition de l’impression d’une planche; et la dernière qui , par conséquent, les réunit toutes, est d’un effet assez satisfaisant.

De nos jours, on a mis à contribution de nouveaux moyens pour résoudre ce difficile problème de l’impression en couleurs. La lithographie lui est venue en aide , et j'ai encouragé de tous mes moyens cette nouvelle application de ses procédés (Voir les dix premières livraisons du Voyage eu Orient). J’en parlerai plus bas dans l’histoire de sa découverte.

L’impression en couleurs par rentrées au moyen de la gravure en bois a été exercée depuis Le Maître aux bourdons croisés avec succès en Allemagne , plus tard en Italie, puis aussi en France et en Angleterre. De nos jours, Gubitz, à Berlin, est parvenu à des résultats (port, de la C. Voss, Lucas Chranach, etc.) très heureux et qui eussent fixé davantage l’attention, si le bon goût de l’artiste l’eùt mieux dirigé. En Angleterre, plusieurs graveurs s’en sont occupés; je ne mentionnerai que la tentative la plus récente. M. Baxter vient de publier onze peintures imprimées sous ce titre ; « The pictorial album or cabinet of paintings for the year 1837 , London 4°.» Le succès sera incomplet tant que les difficultés resteront aussi grandes que l’indication de ses moyens le fait supposer. Voici une courte citation ; après avoir passé en revue les faits connus de l’impression en camaieu , l’auteur de l’introduction aux procédés de M. Baxter : « It remain to notice its improvement and extension by M. Baxter, as displayed in the pictorial illustrations of the présent volume. Through his own unaided talent and bis indefatigable persévérance, for he is both the engraver and printer, itsboundaries hâve been so far extended, that the name, « chiaro-scuro engraving » cannot with propriety by applied to his copies in colours of paintings and dravings. To the art, as improved by M. Baxter — wich he almost may be said to hâve invented , and which he ccrtainly has been the first to practise with success — a distinctive name is wanting; and none appears to be more appropriate than that of Picture-Printing ; for to the skilful use of the press in communicating the colour from the engraved block to the paper, we are chielly indebted for the admirable fac-similé paintings which ornament the pictorial album.

In the execution of those imitative paintings , M. Baxter has availed himself of advantages, which are to be obtained by having certain parts of each subject engraved on Steel. The first failli; impression, forming a ground is from a stcel-plate, and above this ground, which is usually a neutral tint, the positive colours are impressed from as many wood blocks as there are distinct tints in the picture. Some idea of the difficully of picture painting may be concernai, when the reader is informed, that, as each tint has to be communicated by a separate impression , some of the subjectsare required not less than twenty blocks, and that even the most simple in point of colour, hâve required not less than ten. The very tint of the paper upon which each imitative painting appears to be mounled is communicated from a smooth plate of copper, which receives the colour, and is printed, in the same manner as a wood-block. Page xir.

On voit que ces nouveaux procédés n’ont, avec ceux de Le Blon, que l’idée commune de la peinture par le moyen de l’impression. Murr (Journ., tome II, page 251, 1776) divise, d’après G utile, l’impression en couleur en quatre époques ; mais ce n’est qu’une confusion de genres qui

exécution avec un rare succès; et, bien qu’il en ait publié lui-même les procédés , cependant personne ne fut en état de le suivre dans les perfectionnements qu’il projetait, et qu’il aurait réalisés , si la mobilité de son esprit ne l’avait détourné de ses poursuites 126.

Nous aurions ainsi atteintlafin du cercle que nous nous étions proposé de parcourir, en traçant l’Histoire de la Gravure en manière noire, ce cadre d’un siècle, quelque restreint qu’il soit, se remplissant exactement par l’invention de l’art et ses perfectionnements. En prenant devant nous le portrait d’Amélie par Siegen, la décollation de saint Jean par Rupert , quelques productions des Smith, Earlom, et des graveurs de nos jours, et enfin le portrait de Rubens par Le Rlon, nous demanderons hardiment à tous les amateurs des arts, s’il est juste de laisser tomber dans l’oubli celui qui fut l’inventeur de ce genre ingénieux de gravure, et ceux qui en étendirent la portée.

Nous passerons maintenant à l’histoire de la découverte de la Lithographie : c’est le plus nouveau et, jusqu’à présent, le dernier développement donné à l’impression : elle mérite toute notre attention à ce titre seul; nous examinerons si l’extension qu elle a portée dans les arts ne lui en donne pas d’autres.

doivent rester distincts ; il annonçait (tome I, page 389, 1798) une nouvelle chronologie dans laquelle il indiquerait quantité de choses inconnues (vieles unbekanntes); mais je n’ai rien trouvé dans le volume suivant, et l’on sait que cet homme, plus studieux et plus actif que critique habile , arrêta là son journal , dont nous n’avons pas aujourd’hui l’équivalent.

126 Cette question intéressante mériterait d’être traitée plus sérieusement que ne l’a fait l’auteur anonyme C. K. d'un article qui parut dans les « Philosophische Untherhaltungen (Leipzig année 1786 , vol. I , page 203) et fut répété par Meusel , dans son Muséum fur Künstler ( Manlieim 8”, 1789, huitième cahier, page 146). Il faudrait prendre , pour base de discussion , non de mauvais coloriages des sites de la Suisse , non tous ces essais , fds bâtards d’une idée féconde , mais les planches remarquables dans ce genre , et alors on arriverait , sans doute , à une autre conclusion que l’auteur qui termine : « Bey dem schwarzen Kupfer fællt dies ganz weg ; der Kupferstecher kann sein Werk mit allem Fleisse und vollkommen so schœn, aïs die Zeichnung ausarbeiten;bey dem bunten Kupfer hingegen wird Stich und Malerey unausgefiihrt gelassen, die lezteremechanisch behandet und zueinerartFabriquenarbeitgemacht (page 159) .Un autre ar* ticle sur des gravures en couleur se trouve dans les Miscellaneen du même J. G. Meusel ( Erfurt 8° 1779), mais il ne contient que des phrases vides sur quelques planches anglaises et françaises en couleur, et une erreur évidente concernant l’invention de Le Prince (premier cahier page 6) : voir pour cette erreur, Giittle (Kunst zu stechen.Nürnberg und Altdorf , 8°, 1795* tome I , chapitre xxv, page 273 ; tome II, chapitre i, page 5 ) ; et pour sa rectification Bartsch Kupferstichkunde , vol. I, page 282, note il.

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